Aller au contenu principal

Commerce des broutards
Un marché subitement engorgé

En septembre dernier, l’avancée rapide de la zone de protection contre le sérotype 1 de la fièvre catarrhale a généré un vent de panique sur le marché du broutard. L’afflux massif d’animaux a fait plonger les prix dès le début de la campagne.

Purement et simplement scandaleux. C’est une honte ! Voilà les mots qui reviennent le plus souvent dans la bouche des éleveurs et des opérateurs du commerce de bétail maigre lorsque l’on évoque l’énorme erreur qui a amené l’administration à déclarer un cas de fièvre catarrhale découvert en Dordogne comme étant de sérotype 1, alors qu’il s’agissait d’un cas de sérotype 8.

Un mouvement de panique

Dans la zone comprise par l’extension de la zone 1-8, les éleveurs se sont vus une nouvelle fois bloquer les exportations vers l’Italie alors même que ces exportations venaient juste de reprendre après la campagne vaccinale concernant le sérotype 8. Les animaux destinés à l’export ont donc dû être alimentés pendant 15 jours supplémentaires alors que les trésoreries sont déjà dans le rouge. De plus, la crainte de voir la zone 1-8 s’étendre à nouveau très rapidement a immédiatement provoqué un afflux considérable d’animaux provenant de toutes les zones d’élevage proches encore en zone 8. « 15 jours durant, cela a fait un dégât terrible. Les éleveurs ont paniqué. Beaucoup ont précipité leurs ventes par crainte d’avoir leurs animaux bloqués. L’épisode de la fermeture de la frontière italienne début mars dernier était dans la mémoire de tous. On a commercialisé entre 1000 et 1100 têtes certaines semaines de septembre contre 700 à 800 en temps normal à la même époque », explique Gérard Delage, responsable commercial de SoFreLim, une société en charge de l’exportation pour plusieurs Organisations de producteurs commerciales d’une large moitié Ouest du Massif central. « De la semaine 35 à la semaine 37 (dernière semaine d’août à la seconde semaine de septembre), j’ai fait une moyenne de 250 broutards par semaine soit deux fois les chiffres d'une année « normale » à cette saison. La psychose avait gagné les éleveurs qui ne voulaient pas revivre ce qu’ils ont connu l’an dernier. Certains ont fait partir précipitamment des broutards à 300 kilos alors qu’initialement, ils avaient prévu de les vendre autour de 400 kilos », ajoute Jean- Baptiste Auclair, négociant dans la Creuse.

Animaux trop légers pour l'Italie

Face à cet afflux soudain d’animaux qui leur était proposé, les Italiens ont donc rempli de nombreuses cases d’engraissement, mais avec des animaux pas toujours bien préparés, souvent un peu trop légers et ne correspondant pas toujours à leur coeur de cible davantage centré, pour les mâles, sur des animaux de 380 à 400 kilos. Ce remplissage accéléré a aussi été motivé par la crainte de voir le flux des animaux entre la France et l’Italie à nouveau bloqué compte tenu de l’extension rapide de la zone de protection du sérotype 1. Beaucoup d’Italiens avaient eux aussi la crainte de revivre, à quelque chose près, le même mauvais scénario du printemps dernier. Bon nombre de leurs ateliers seraient d’ailleurs actuellement « engorgés » par ces veaux légers qu’ils n’avaient pas prévu de rentrer. Puis, lorsqu’ils ont appris que le cas de Dordogne était finalement un sérotype 8 et non un sérotype 1, nombre d’engraisseurs italiens, furieux d’avoir rempli certaines de leurs cases avec des animaux ne correspondant pas parfaitement à leurs attentes n’ont pas manqué de faire part de leur mécontentement aux opérateurs français sans oublier d’égratigner au passage nos services administratifs pour leur grosse bévue. L’épisode a donc été d’autant plus amèrement vécu par les exportateurs que si l’administration sait se montrer tatillonne quand ils font quelques erreurs ou oublis concernant les documents administratifs nécessaires pour l’export, la réciproque est semble-t-il moins vraie quand il s’agit d’une erreur de ses propres services.

L'offre se contracte fin septembre

Après ce vent de panique de début septembre, l’offre est devenue plus étroite dès la fin du mois. « Après trois semaines très chargées début septembre, la semaine 38 (du 15 au 19 septembre) on avait un peu d’avance sur le calendrier habituel, puis ça s’est bien calmé la semaine 39 (du 22 au 26 septembre). Mais maintenant, les animaux charolais de 400 kilos que l’on achetait un peu plus de 2,5 € le kilo avant que tout le monde ne s’affole ont perdu pratiquement 25 centimes d’euro. Seuls les très très bons lots sont achetés sur une base de 2,35 € alors que le seuil de 1 000 € le broutard a longtemps été un critère de vente pour bien des éleveurs. Et de plus, désormais les Italiens ne prennent que les très bons. Quant aux veaux plus ordinaires, on ne se bouscule pas pour les acheter », expliquait la dernière semaine de septembre Raphaël Colas, responsable production bovine de Socaviac, dans l’Allier. La plupart des intervenants interrogés cette même semaine soulignent que les Italiens sont désormais « bien couverts » et semblent moins pressés de rentrer des animaux. « Là-bas actuellement, les ateliers sont pleins », ajoute Thierry Coppens du Centre Parma France de la Vitarelle, dans le nord Aveyron.

Ne pas vendre à moins de 380 kilos

Côté français, dans la mesure où les trésoreries le permettent, les conseils sont désormais de ne surtout pas précipiter les apports. « On dit aux éleveurs vendez quand c’est bon à vendre, sans attendre si ce sont des broutards de 380 à 400 kilos correspondant bien à la demande italienne, mais n’accélérez pas les dates de départ. On leur conseille surtout de ne pas changer leur système de production. S’ils ont l’habitude de vendre des animaux de à 300 kilos en septembre-octobre », explique Martial Tardivon chef des ventes du marché au cadran de Moulins Engilbert, dans la Nièvre. « On conseille de ne pas vendre à moins de 380 kilos. Dans l’établissement du prix d’achat, actuellement ce n’est pas le poids de l’animal qui fait son prix au kilo. La semaine 39, les bons Charolais valaient autour de 2,35 € du kilo qu’ils pèsent 350 ou 400 kilos », ajoute Raphaël Colas. Cette orientation vers du maigre lourd sans excès est confirmée par Thierry Coppens. « Actuellement, les Italiens préfèrent des broutards de 380 à 420 kilos que ceux de 330 à 340 kilos. Ils veulent pouvoir les sortir rapidement. Dans ces gammes de poids privilégiées et pour de bons animaux qui ont du potentiel on est aujourd’hui autour de 2,35 € pour les croisés Charolais-Aubrac et 2,1 € pour les Aubracs. »

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout Réussir Bovins Viande.

Les plus lus

Maïs « coupe haute » : un fourrage plus concentré à bien rationner
Alors que les ensilages de maïs sont prometteurs cette année, Arvalis fait le point sur la technique de récolte de l'ensilage de…
Bruno Dufayet, président de la Fédération Nationale Bovine
Bruno Dufayet, Fédération nationale bovine : « Des signaux de marché au vert, les prix doivent sortir du rouge »
A quelques jours du Sommet de l’Elevage, le président de la Fédération nationale bovine estime que toutes les planètes sont…
Profiter d’une conjoncture plus favorable à la viande bovine pour bâtir un vrai projet de filière
Face à des volumes de production qui s’étiolent et à une pyramide des âges des éleveurs devenue préoccupante, les participants au…
Plusieurs paramètres entrent en jeu pour analyser la différence de rentabilité des systèmes, à commencer par le coût de production.
Les systèmes d’avenir existent déjà en élevages bovins viande !
Après avoir mis en avant les facteurs de variabilité de la rentabilité des exploitations bovins viande des Pays de la Loire et…
Génisses ayant vêlées à deux ans - archives. La stratégie « vêlages à deux ans » stricte ne concerne que 1,3 % des troupeaux allaitants.
Vêlage à deux ans : une piste d’intérêt en bovins viande
En France, le vêlage à deux ans est très peu pratiqué en élevage allaitant. Pourtant, il permet d’améliorer l’efficience des…
David Lachassagne a apprécié la rusticité et le rendement en grain et paille de l'orge hybride.
« J’ai choisi de ne récolter l’orge hybride qu’en grain et paille »
David Lachassagne, éleveur de charolais à Givarlais dans l’Allier, a testé cette année l’orge hybride sur trois hectares. Vu son…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 100€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site bovins viande
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière bovins viande
Consultez les revues bovins viande au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière bovins viande