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Bovins Viande
Un élevage biologique expérimental alliant autonomie fourragère et bonnes performances

Concilier autonomie alimentaire et performances zootechniques de niveau élevé en élevage biologique est la ligne directrice de la ferme expérimentale de Thorigné d´Anjou.


« Notre objectif est d´être totalement autonomes pour l´alimentation du troupeau, explique Jean-Paul Coutard, responsable de la ferme expérimentale bio de Thorigné d´Anjou, dans le Maine-et-Loire. Et nous nous attachons en même temps à vendre des carcasses dont la qualité bouchère est équivalente à celle d´une filière qualité, afin de ne pas `casser les marchés´ de la viande biologique ». Ces objectifs pouvaient paraître ambitieux de prime abord mais après quatre ans d´adaptation, ils semblent atteints et l´élevage peut désormais être considéré comme une réussite. Le système de production respecte le lien au sol, assure la sécurité alimentaire et permet de se passer de concentrés « bio » dont le prix est élevé.
Le potentiel agronomique des terres étant très modeste, le système fourrager a été basé sur l´herbe. Les prairies occupent 85 % de la SAU de cent dix-sept hectares. « Pour parvenir à l´autonomie fourragère, nous nous sommes donc fixé un chargement technique de 1,10 UGB par hectare, si l´on fait la moyenne entre les bonnes et les mauvaises parcelles », explique Jean-Paul Coutard.
©SB Adopter un chargement adapté au potentiel du milieu

Le pâturage est planifié en début de printemps
Les prairies naturelles sont en grande majorité utilisées pour le pâturage de génisses et de boeufs qui y réalisent des croissances médiocres, et pour la récolte d´un foin à faible valeur énergétique (0,6 UFL/kg de MS) et très faible valeur azotée (environ 40 g PDIN/kg MS). Les prairies multi-espèces et les associations ray-grass anglais-trèfle blanc sont utilisées en pâturage tournant pour les autres catégories d´animaux. Le pâturage est planifié en début de printemps : 8 parcelles sont définies pour chacun des 2 lots principaux de vaches (un lot en vêlage de printemps et un lot en vêlage d´automne), dont 3 sont a priori destinées à la fauche et cinq au pâturage de printemps. « L´an dernier, sept sur huit ont dû être pâturées. Par contre en 2001, trois seulement l´ont été et cinq ont été récoltées. » L´objectif est d´offrir l´herbe en quantité suffisamment abondante pour obtenir de bonnes croissances des veaux et des vaches en bon état pour que leur durée de finition à l´auge soit limitée. Les veaux nés au printemps affichent, sans recevoir de complémentation énergétique, des GMQ de 1160 g pour les mâles et 1050 g pour les femelles. « Les objectifs de croissance sont atteints. »

Les stocks sont en grande majorité constitués sous forme de foin et les ensilages représentent une proportion modérée de l´ensemble du volume des stocks récoltés. De l´ensilage préfané de prairies multi-espèces est récolté fin mai sur six hectares, il fournit en moyenne six tonnes de matière sèche à l´hectare. Cinq hectares de maïs sont aussi ensilés, avec un rendement pouvant varier fortement d´une année à l´autre, en moyenne de 9,5 tonnes de matière sèche. Les ensilages sont pour l´essentiel utilisés pour le troupeau en vêlage d´automne.
©SB La rotation suivie généralement est lupin-tricticale

Face à la variabilité des rendements, des stocks de sécurité
La complémentation protéique des rations hivernales repose sur la culture de pois et de lupin. « Nous obtenons jusqu´à présent des résultats très aléatoires avec les protéagineux, car nos terres hydromorphes rendent difficiles un semis précoce au printemps, l´anthracnose sur le lupin nous pose des problèmes et les protéagineux d´hiver sont exposés au gel. » Les rendements moyens sont de 31 quintaux en pois et 18 quintaux en lupin avec de très fortes variations annuelles. Quant à la complémentation énergétique, elle est constituée de triticale (45 quintaux et 4 tonnes de paille par hectare). « L´association avec des pois Assas permet de conforter la valeur azotée de la céréale. Pour avoir une valeur nutritive du mélange équilibrée, il faut viser une proportion dans la récolte de 30 % de pois. » Une autre règle pour pallier la variabilité des rendements qui est plus importante en agriculture biologique est de constituer des stocks de sécurité.
Le relativement faible chargement technique n´empêche pas que le troupeau soit conduit pour tourner vite et bien. Les vêlages des Limousines sont répartis sur deux périodes, ce qui permet de faire vêler les neuf dixièmes des génisses à trente mois. Le tri principal des mères a lieu à l´issue du premier allaitement. Les vaches de réforme sont sinon essentiellement choisies parmi celles qui ne sont pas pleines en temps voulu pour maintenir les périodes de vêlage : entre mi-août et la Toussaint et entre début mars et mi-mai. L´an dernier l´intervalle vêlage-vêlage moyen a été de 359 jours. Le taux de perte des veaux nés avant sevrage est maîtrisé en 2003, à 6 %. « Nous n´avons pas eu cette année-là de problèmes sanitaires majeurs. »
Le troupeau d´origine avait déjà un bon niveau génétique et la pression de sélection a été maintenue depuis qu´il est arrivé à Thorigné d´Anjou. Actuellement l´Ivmat moyen sur ascendance maternelle est de 107,4 soit 10 points de plus que la moyenne de la race. La moitié des veaux nés sont issus d´IA : toutes les femelles sont inséminées et les taureaux assurent les retours en chaleurs. Les poids moyens des femelles abattues, vaches et génisses confondues, sont de 400 kg de moyenne. Les vaches de réforme ont été vendues en moyenne sur 2003 à 3,83 E par kilo pour 404 kg de carcasse. La moitié des mâles sont castrés et vendus à trente mois. Les premiers lots avaient alors atteint le poids moyen de 422 kg de carcasse. Jusqu´à présent, les autres mâles sont conduits en veaux sous la mère, abattus à cinq ou six mois. Ceux qui ne peuvent trouver une place dans la filière veau sous la mère biologique faute d´un développement suffisant des débouchés partent en broutards conventionnels.
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