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Retour prévisible de la fièvre catarrhale avec le printemps

L’arrivée des beaux jours va se traduire par une réactivation du vecteur du virus de la fièvre catarrhale ovine. Une résurgence de cette maladie est plus que probable dans les semaines et mois à venir.

En l'absence de besoin de certification de la vaccination pour les animaux destinés à l'exportation , la vaccination peut être réalisée par l'éleveur.
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« On a pas eu de chance l’hiver dernier. Sa clémence a retardé la période d’inactivation du vecteur du virus de la fièvre catarrhale ovine. Il a fallu attendre la première semaine de janvier pour avoir la reconnaissance d’inactivité vectorielle dans la zone réglementée », soulignait Didier Guériaux sous-directeur de la santé et de la protection animales au ministère de l’Agriculture, à l’occasion d’une rencontre au SIA avec la commission « jeune » de la Fédération Française des Commerçants en Bestiaux. Si les cullicoïdes ont été actifs jusqu’à la fin de l’automne, le nombre d’animaux malades n’a pas véritablement flambé comme lors des précédents épisodes de cette maladie entre 2006 et 2009. Un peu plus de 200 foyers ont été recensés à la mi-mars avec une extension géographique régulière de la zone réglementée. « Le nombre de cas cliniques n’a pas 'explosé', mais le virus n’en est pas devenu plus sympathique pour autant ! On pense surtout qu’il reste encore pas mal d’animaux qui ont conservé un bon niveau d’immunité. Cela a très probablement eu un impact non négligeable pour agir comme un frein à l’extension de la maladie. » Une aptitude qui découlerait des précédentes campagnes de vaccination. « Si on avait été sur une population jamais été confrontée à ce virus, la situation aurait peut-être été plus grave à l’automne dernier. » ajoutait Didier Guériaux.

Les acquis des précédentes campagnes de vaccination

En 2006, les premiers foyers cliniques se sont manifesté essentiellement sur les ovins et très peu sur les bovins. « En 2007 et 2008, avec la montée de la pression virale, des symptômes sont apparus sur les bovins, pourtant réputés peu sensibles, mais qui étaient complètement naïfs sur le plan immunitaire par rapport à cette maladie qu’ils n’avaient jamais rencontrée », précise la FRGDS de Bourgogne. L’arrivée au cours de l’été 2008 des vaccins, fabriqués en urgence et en masse pour faire face à ce sérotype inconnu à l’époque dans l’hémisphère nord, a permis une première campagne de vaccination malheureusement un peu tardive par rapport à la reprise d’activité du virus. « L’effet protecteur a donc été partiel et une étude rétrospective menée dans la Nièvre en 2009 avait montré que la protection vaccinale avait été surtout observée chez les éleveurs ayant vacciné le plus tôt (avant le 1er août 2008). Par la suite, les deux campagnes de vaccination généralisée conjuguées à l’immunité naturelle très forte ont conduit à une quasi extinction du virus et en tout cas de ses effets cliniques. Ce qui a permis à la France et à d’autres pays européens de recouvrer leur statut officiellement indemne de FCO en décembre 2012 après deux ans sans foyer observé », souligne la FRGDS Bourgogne.

Pour autant des éleveurs ont suspecté la vaccination d’être à l’origine d’une détérioration de la fertilité dans leurs cheptels. Mais lors du précédent épisode de FCO, les vaccins avaient été utilisés en période de pleine circulation virale, entraînant une confusion entre l’effet du virus et du vaccin.  Des études avaient été conduites pour évaluer l’importance de ce problème (voir Réussir Bovins/viande n° 231 de novembre 2015). Elles avaient montré un effet assez faible au moment de l’insémination et pas d’effet significatif sur le plan statistique lorsque la mise à la reproduction avait lieu en monte naturelle. Pour autant les auteurs de ces études conseillaient par précaution d’éviter de vacciner vaches et génisses dans les sept jours suivant et précédant la mise à la reproduction. Ces études, qu’il est possible de consulter sur le site fcoinfo.fr, confirment l’intérêt de la vaccination pour limiter l’impact de la maladie.

Présence d’un « matelas immunitaire » résiduel

Actuellement, la dernière génération de bovins vaccinés lors du précédent épisode de FCO sont peu ou prou âgés de sept ans. Autant d’animaux qui disposent encore d’une immunité sans doute valide. Ils représentent cependant des effectifs de plus en plus réduits au sein du cheptel bovin français. Afin de pouvoir attribuer le statut de « zone saisonnièrement indemne », le ministère a diligenté des enquêtes sérologiques par zone dans des élevages tirés au sort pour montrer l’absence simultanée de circulation virale et d’activité vectorielle. Les résultats permettent d’une part de savoir si le virus a récemment circulé sur les jeunes générations et d’autre part de déterminer quel est le niveau résiduel de la couverture immunitaire de la population bovine. En Bourgogne, ces enquêtes ont par exemple montré une très faible circulation virale sur les jeunes animaux (moins de 3% positifs) et une séroprévalence proche de 100% pour ceux de plus de sept ans. Ces animaux âgés ont donc conservé une immunité qui durera probablement tout au long de leur existence.

Inexorable résurgence du virus

Compte tenu de la frange de la population bovine concernée, ce matelas immunitaire résiduel est considéré comme trop faible pour, dans les semaines à venir, enrayer la propagation du virus quand des températures régulièrement supérieures à 10° C permettront une reprise d’activité des cullicoïdes vecteurs de la maladie. Toutes les conditions semblent donc réunies pour qu’il y ait une reprise de la transmission du virus. Le 18 mars, 72 départements étaient déclarés en zone réglementée. Cette dernière devrait donc continuer à s’étendre, accompagnée d’une probable recrudescence du nombre de cas dans les élevages sans qu’il soit possible d’en prédire l’importance. « Pour les ovins, très sensibles à cette maladie, le risque est donc majeur et la vaccination vivement recommandée », explique la FRGDS Bourgogne. « Pour les bovins, le risque paraît plus nuancé et surtout difficilement prévisible. Si le biotope local est favorable à la pullulation des vecteurs et si la maladie s’était exprimée cliniquement lors de l’épisode 2007-2008, la vaccination devient hautement recommandée », précise la FRGDS de Bourgogne. « Dans ce cas, la priorité doit être donnée aux jeunes reproductrices. Pour les autres situations, et en dehors des exigences de vaccination pour la commercialisation, il appartient à chaque éleveur d’analyser ses risques et ses possibilités techniques et financières en lien avec son vétérinaire qui pourra l’éclairer sur la situation locale." Malheureusement le facteur le plus bloquant reste la disponibilité limitée des vaccins pour les semaines à venir et la mise à l’herbe des animaux qui compliquera la mise en œuvre de la vaccination.

Bétail destiné à l’exportation : vaccination prioritaire

Les doses nécessaires à la vaccination de 2,5 millions d’ovins et 8 millions de bovins sont disponibles. Les départements en zone réglementée ont été prioritaires pour l’attribution de ces doses et les animaux prioritaires pour être vaccinés sont les bovins destinés à l’exportation de façon à préserver le maintien des principaux flux commerciaux pour les animaux vivants. Ces animaux destinés à l’export doivent être vaccinés par un vétérinaire pour pouvoir certifier qu’ils l'ont bien été.

Pour les cheptels allaitants, cela concerne autour de 2,3 millions de bovins qui auront entre 2,5 et 12 mois ce printemps. Chaque élevage situé en zone réglementée s’est vu attribuer un nombre de doses permettant de vacciner 80% de cette classe d’âge sans que cet usage soit exclusif. Ces doses peuvent donc être utilisées pour vacciner une autre catégorie dans le respect du quota attribué pour chaque exploitation.

Dans ce cas la vaccination pourra être réalisée par l’éleveur qui l’enregistrera lui-même dans son registre d’élevage. Depuis le 1er mars, les actes de vaccination sont à la charge des éleveurs. Seul l’achat des doses est pris en charge par l’État jusqu’à l’épuisement des doses du marché public.

Quid de l’arrivée soudaine de la maladie

Pourquoi l’arrivée d’un cas de FCO au cœur du territoire français en septembre dernier alors que la logique aurait été de voir ce virus diffuser depuis un pays frontalier ? « L’Anses est saisie pour essayer de faire la lumière sur ce sujet, mais il est vrai que cette réapparition soudaine au beau milieu de la France a quelque chose de mystérieux. Surtout dans la mesure où la France est pour l’instant le seul pays concerné » soulignait Didier Guériaux. Dans l’attente de l’avis de l’Anses, l’origine souvent évoquée pour cette résurgence de la maladie serait une persistance de la circulation virale à bas bruit dans les cheptels.

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