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Prévention des maladies
Observer les vaches pour détecter les déséquilibres alimentaires

Une équipe de vétérinaires propose une méthode appelée Obsalim qui consiste à observer les animaux pour détecter des signes de déséquilibres et les corriger avant l´apparition de maladies.


On les savait habitués à manier avec dextérité les analyses de fourrages et les logiciels de rationnement pour établir des plans d´alimentation adaptés aux besoins de chaque troupeau, les techniciens vont-ils désormais intégrer à leur musette une petite passoire de cuisine pour « faire parler » les bouses ? C´est ce que semble vouloir faire l´équipe Bovins croissance de l´Aveyron qui s´est récemment formée, avec plusieurs groupes d´éleveurs, à la méthode du réglage alimentaire proposée par huit vétérinaires regroupés autour du docteur Bruno Giboudeau, son concepteur. Cette volonté de dépasser les normes et les calculs théoriques est née d´une insatisfaction ressentie face à des troupeaux en difficulté (reproduction, diarrhées des veaux.) malgré un rationnement a priori correct et de nombreuses investigations sanitaires.
Mais revenons à nos bouses. Elles ont beaucoup à raconter affirment les promoteurs de la méthode Obsalim. Ce jour-là, dans la stabulation de Stéphane et Yannick Barnabé, éleveurs à Salles-Coubatiers (Aveyron) avec un troupeau de 120 vaches et une centaine de broutards à repousser, le docteur Joseph Dabeux a fait une démonstration assez spectaculaire en lavant sous le robinet des bouses récoltées dans la passoire. Lorsque les déjections sont complètement lavées, il reste normalement « un tiers » du volume initial. Pour les vaches en lactation, nourries à base d´ensilage de maïs et d´ensilage d´herbe, il en restait bien plus, des fibres fines notamment, signe que « les vaches ne digèrent pas bien et sont en acidose ».
Identification de 142 symptômes alimentaires
Davantage de fibres encore mais aussi des grains dans les bouses des vaches à l´engrais, également plus claires et d´odeur plus désagréable, tandis que celles des taries, moins sollicitées, montraient une digestion plus harmonieuse.
« La vache donne son avis sur le rationnement », expliquent les vétérinaires. Ils ont ainsi identifié « 142 symptômes alimentaires » révélateurs de déséquilibres générant des dysfonctionnements digestifs. « Les problèmes alimentaires sont à l´origine de plus de 50 % des pathologies », argumente Joseph Dabeux. Mais, avant de montrer des signes de maladies, c´est-à-dire de franchir leur seuil de tolérance aux déséquilibres alimentaires, les animaux passent d´abord par une phase dite de sensibilité où ils ont encore la capacité à s´y adapter tout en commençant à prévenir de leur embarras par de nombreux signes.
La méthode de réglage alimentaire, complémentaire des normes classiques de rationnement, consiste donc à repérer ces signes pour identifier les déséquilibres en énergie, azote mais aussi en fibres, sans oublier l´effet du mode de distribution sur l´efficacité de la ration, puis à apporter les corrections nécessaires avant que ne surviennent les maladies.
Les sites d´observation sont nombreux. Carences et excès s´expriment au niveau des muqueuses (yeux, nez) par leur aspect congestif, de la robe, de la peau, des poils de l´échine et de l´épaule, des sabots. Les bouses donc ainsi que les urines sont autant de signaux à observer également. Pour être significatifs, les symptômes doivent être exprimés par au moins deux tiers des animaux et se conforter entre eux.
L´interprétation n´est cependant pas évidente et doit être abordée avec méthode. Pour démarrer la visite des animaux, Joseph Dabeux a d´abord invité éleveurs et techniciens à observer les vaches sans les déranger pour « s´imprégner de l´ambiance du lieu et du troupeau ». Est-il homogène ? Quelle est la tendance corporelle des animaux (gras, maigres, lourds, légers), leur vitalité (port de tête, ligne du dos) ? La deuxième étape consiste à orienter le diagnostic en regardant où les animaux sont les plus sales selon deux lignes se croisant sur le pli du grasset (rotule du membre postérieur). Selon que les adhérences se situent plutôt à l´arrière, à l´avant, sur la moitié supérieure, sur la moitié inférieure, sont respectivement plutôt en cause le logement (longueur des stalles, surface insuffisante.), une pathologie interne, l´environnement (aération.) ou l´alimentation. L´animal qui émet des bouses molles du fait d´une mauvaise digestion, a tendance à se salir davantage sous le ventre.
S´intéresser aux signes émis par les vaches
Si un problème alimentaire est mis en évidence, ce qui était le cas de l´élevage visité, la troisième étape consiste à s´intéresser aux différents signes émis par les vaches. Zones de léchage derrière l´épaule, croûtes aux yeux, nez sale dû à des écoulements et bien sûr les bouses qui ont révélé une « instabilité ruminale ». Reste alors à revenir à la ration pour comprendre l´origine de l´instabilité et corriger, dans la mesure du possible, le tir. Les frères Barnabé distribuent 3 kg de foin en tête de repas comme conseillé, mais seulement le matin ; le soir, ils repoussent juste l´ensilage. « Le repas du soir met les vaches en acidose, ce qui empêche les bactéries d´attaquer les protéines végétales du repas du matin, d´où la grosse quantité de fibres dans les bouses », analyse le docteur Dabeux. Il insiste d´ailleurs sur la nécessité de stabiliser d´abord le rumen avant de vouloir corriger excès ou carences. C´est-à-dire régler d´abord le moteur avant de fignoler le carburant.

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