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Depuis fin mai
Spectaculaire redressement de la conjoncture

En quelques mois, la conjoncture bovine a enregistré un rétablissement spectaculaire. Des hausses de tarifs à relativiser dans le contexte de hausse généralisée des charges.

Actuellement, les prix sont attractifs et la demande semble insatiable ! », expliquait fin mai Martial Tardivon, chef des ventes au cadran de Moulins Engilbert, dans la Nièvre. Le taux actuel d’invendus est assez révélateur du manque de marchandise d’autant qu’il se vérifie pour la plupart des catégories proposées.

«D’habitude, notre taux d’invendus en fin de marché avoisine un petit 10 %. En mai, ce chiffre était descendu à 3,5 %. Il était l’an dernier à la même période proche de 25 %! » Un rétablissement de conjoncture spectaculaire que les opérateurs interrogés expliquent avant tout par la forte contraction du nombre d’animaux disponibles.

Un phénomène valable pour la plupart des catégories. Avec plus de 3 € du kilo carcasse dans les vieux taureaux de réforme, même ces derniers bénéficient de l’embellie. La décapitalisation du cheptel français interroge tout autant qu’elle inquiète. Le premier mars dernier, le stock de femelles allaitantes de plus de 3 ans en BDNI, comptait 4,3 millions de têtes. Elles étaient 4,472 millions un an plus tôt.

La tendance est aussi à l’érosion pour le cheptel laitier avec un nombre de vaches de plus de 3 ans qui s’affichait à 3,3 millions à la même date, soit une perte de 67000 têtes en un an pour cette catégorie. Dans les cheptels allaitants cette décapitalisation est volontiers mise sur le compte de la sécheresse avec l’hiver dernier la nécessité de faire de la trésorerie pour honorer des factures d’aliments et de fourrages souvent conséquentes.

Après plusieurs années tendues côté conjoncture, bien des observateurs soulignent aussi le dégoût de certains éleveurs. Au moins dans les zones intermédiaires, la tendance a globalement été de donner un peu plus d’importance aux céréales quitte à réduire le nombre de vêlages. Une décapitalisation à terme inquiétante pour la production française de viande bovine. C’est d’abord du nombre de « moules à veaux » disponibles que dépendent les volumes de viande produits.

TENSIONS SUR LES PRIX

Production en baisse, volonté d’élargir la demande à d’autres pays que les membres de l’Union européenne…, la loi de l’offre et de la demande s’est mathématiquement traduite par des tensions sur les prix. « Il y a actuellement le feu dans les broutards avec des tarifs que l’on avait pas vus depuis bien longtemps », confesse volontiers Raphaël Colas, responsable de l’antenne de Villefranche d’Allier pour le groupe coopératif Feder. Et de prendre l’exemple de broutards charolais nés en début d’automne achetés pratiquement 3€du kilo à 400 kilos payables pour les meilleurs lots. Même son de cloche dans le Cantal où Pierre Charrade, négociant à Neussargue parle de 2,74 € dans des croisés Salers avec environ 30 centimes de plus en un an pour les principales catégories. Sur le marché au cadran d’Ussel, Baptiste Galland, chef des ventes évoque plusieurs lots de bons Limousins de 350 kilos vendus mi-mai à 3,10 € du kilo. Des tarifs encore jamais atteints depuis la mise en service de ce marché en décembre 2004. Quant aux premiers lots de taurillons d’herbe, ils se sont facilement et rapidement négociés dans la zone Charolaise. « Il y a moins de taurillons d’herbe cette année. Les prix attractifs du maigre en début de printemps et une météo soudainement redevenue humide lors des mises à l’herbe ont fait que des éleveurs ont préféré vendre leurs animaux avant même de les sortir », explique Martial Tardivon. Situation similaire dans le sud du Massif central où Pierre Charrade s’attend à un démarrage sur les « chapeaux de roues » pour le début de la campagne sur la zone Aubrac pour cette catégorie d’animaux.

MANQUE DE DISPONIBILITÉS

Pour les JB finis, le retour du débouché turc a rapidement été suivi d’effet. Fin mai, des Charolais de 750 kilos vifs étaient réglés sur la base de 2,45 € du kilo vif en Saône-et- Loire pour la Turquie. « Il n’y a fin mai aucune difficulté pour caser des taurillons de 730 à 750 kilos sur cette destination même pour des animaux dont le niveau de finition serait jugé un peu élevé pour les marchés européens. Mais ce qui va très clairement nous limiter pour développer ce marché, c’est le manque de disponibilités », précise Raphaël Colas.

L’autre intérêt de la récente émergence du marché turc serait de désengorger le marché italien de la viande finie. Cela permet aux engraisseurs italiens d’être plus à l’aise pour mieux défendre le prix de leurs taurillons gras avec un évident ricochet sur les tarifs qu’ils consentent ensuite sur leurs achats de maigre. Alors ces prix attractifs vont-ils permettre de redonner un nouveau souffle à l’élevage allaitant ? Se sont-ils déjà traduits par une progression du nombre de femelles mises à la reproduction ces derniers mois ?

Même s’il y a toujours quelques exceptions, ce n’est pas encore la tendance actuellement. « Je ne m’attends pas à une progression significative du nombre de vêlages l’an prochain. Au moins dans l’Allier et probablement dans une partie des départements limitrophes, si les prix du gras et du maigre se maintiennent aux tarifs actuels dans les mois qui viennent, cela permettra simplement d’éviter une nouvelle baisse du cheptel. Bien des éleveurs ont été quasi ‘traumatisés’ par le fait de devoir acheter de la paille autour de 120 euros la tonne l’an dernier.

AMELIORER L'AUTONOMIE

Le message sur la nécessité d’arriver à un meilleur niveau d’autonomie alimentaire a été vite perçu. Dans beaucoup d’exploitations, la tendance est d’avoir 10 hectares de céréales en plus et 10 vaches en moins plutôt que l’inverse ! Surtout avec du grain à 200 € la tonne et de la paille à 120 ! », analyse le très pragmatique Raphaël Colas. «Tous les éleveurs sont bien conscients du manque de marchandise sur le marché mondial. On sent que le moral des éleveurs a nettement progressé, mais toutes les trésoreries ne sont pas pour autant remises à flot », ajoute Martial Tardivon.

Avec les fortes progressions des prix pour les intrants, l’amélioration des prix du bétail est le plus souvent qualifiée de « juste et nécessaire rattrapage », estime Emmanuel Bernard, président de la section bovine de la FDSEA de la Nièvre.Avec des céréales à 200 € la tonne, il faut de la viande finie à 4 € du kilo de carcasse si on ne veut pas que dans les zones intermédiaires, la charrue continue à transformer silencieusement mais sûrement les parcelles herbagères en zones céréalières.

 

INQUIÉTUDES DE L’AVAL

La viande française, trop rare et trop chère !

«Pour les vaches, on avait l’impression ces dernières semaines que si on avait eu un doublement ou un triplement des apports on les aurait de toute façon écoulés sans difficultés », estime Baptiste Galland, chef des ventes du marché au cadran d’Ussel, en Corrèze. Un mieux sensible dont ont tout particulièrement bénéficié les réformes laitières et les allaitantes de second choix.

Pour ces catégories, les campagnes sont ratissées en tous sens par les acheteurs en quête de marchandise. « Dans plusieurs régions, la sécheresse 2011 s’est traduite par des abattages conséquents pour ces catégories. C’est pour elles que les volumes disponibles ont le plus fortement chuté.

On s’attend à un gros creux de production au second semestre », explique en Haute-Vienne Thierry Laage, de Sofrelim. La raréfaction de la ressource serait moins flagrant pour les génisses de boucherie.« En Limousin, nous n’avons pas trop de soucis pour le moment pour ces génisses lourdes de 30 à 36 mois, essentiellement destinées au secteur de la boucherie traditionnelle. Nous n’avons pas non plus de très gros besoins pour ces catégories. On peut au besoin assez facilement les substituer par de bonnes vaches bouchères réformées après un ou deux vêlages. »

Si cette hausse du prix de la viande redonne le moral à l’amont, l’aval ne camoufle pas ses inquiétudes avec des hausses qui deviennent difficiles à répercuter. « Face à cette pénurie d’animaux, les industries d’abattage-transformation françaises se voient dans l’obligation de répercuter la hausse du prix de leurs produits, expliquait mi-mai le SNIV. Les conséquences en sont d’ores et déjà visibles : trop rare et trop chère, la viande française intéresse moins nos voisins et les exportations de viande bovine sont en baisse de 14 % sur les trois premiers mois de l’année.

Même phénomène sur le marché intérieur : le dernier panel de consommation FranceAgriMer/Interbev, arrêté au 15 avril, souligne que, avec des prix en hausse de 2,9 %, les volumes de viande bovine chutent de 3,8 %. »

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