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Dans les Pays de la Loire, redécouvrir les prairies semées sous couvert de céréales

La technique du semis sous couvert d’une céréale ou d’un mélange céréalier permet de gagner six mois
sur l’exploitation de la prairie et d’améliorer sa portance. Un réseau d’essais mis en place entre 2011 et 2013 dans les Pays de la Loire livre ses premiers enseignements.

Le groupe « prairies et fourrages » des Pays de la Loire s’est penché sur la technique du semis sous couvert, car les conditions climatiques se révèlent de plus en plus limitantes pour l’implantation des prairies de longue durée. « À l’automne, une sécheresse perdure début septembre, et au printemps elle peut se manifester dès juin. Si les semis n’ont pas atteint le stade trois feuilles avant ces périodes de sécheresse, leur installation est mise à mal », explique Patrice Pierre, de la chambre d’agriculture de Mayenne et du Maine-et-Loire, pour le groupe. La technique du semis de prairies sous couvert d’une céréale ou d’un mélange céréalier présente aussi l’avantage de pouvoir gagner près de six mois sur l’exploitation du couvert. Un réseau d’essais en fermes expérimentales (Thori- gné d’Anjou, Derval, Les Établières, Brain-sur-l’Authion) et dans 15 élevages suivis par les chambres d’agriculture et par Terrena a été mis en place entre 2011 et 2013. Une seconde série d’essais est en cours,  les résultats seront connus en 2015.
Les premiers résultats montrent que cette technique fonctionne. Deux solutions ont été étudiées. On peut semer le même jour, début octobre, une céréale et une prairie. Cela revient donc à avancer la date de semis de la céréale et retarder celle de la prairie par rapport à une situation classique. Il faut bien respecter la profondeur : semer la céréale à 2-3 centimètres de profondeur et la prairie dans le premier centimètre, dans l’entre-rang de la céréale. Ceci nécessite un semis en deux passages le même jour. « Nous sommes à la recherche d’un semoir qui permettrait de faire ces deux opérations en un seul passage, mais jusque-là nous n’avons pas trouvé l’équipement idéal », explique Patrice Pierre.

Respecter les doses d’un semis classique

 

L’autre technique consiste à semer normalement la céréale à l’automne, puis de revenir sur la parcelle au printemps avec un outil (herse étrille par exemple) qui ouvre le couvert, puis d’y installer la prairie en sursemis. Dans ce dernier cas, le tallage de la céréale peut pénaliser le sur-semis. Et si l’on vise une récolte en grain de la céréale, les risques de perte de rendement semblent plus importantes d’après les résultats des essais. Mais pour une récolte en ensilage de la céréale, cette technique peut donner des résultats intéressants.
« Pour les deux techniques, le point le plus important est de bien marier la céréale et la prairie selon leur force de concurrence potentielle », estime Patrice Pierre. Les fourragères à implantation lente comme le dactyle, la fléole, la luzerne sont à distinguer de celles à implantation rapide comme le RGI, le trèfle violet. Et un mélange blé-pois protéagineux est moins agressif qu’un mélange triticale-pois fourrager.
Dans le cas d’un semis à l’automne, les techniciens ont pu observer que si la prairie est bien là après récolte de la céréale, les équilibres entre espèces peuvent être modifiés du fait du recul de la date de semis. Les légumineuses et le dactyle ou la luzerne semblent en particulier pâtir de leur plus grande sensibilité au froid si elles n’atteignent pas un stade de développement suffisant avant l’arrivée de l’hiver, et ces espèces risquent d’être moins présentes dans les couverts au printemps suivant.
Les premiers résultats portent d’autre part à conseiller de respecter les doses de semis d’un semis classique pour la céréale comme pour la prairie. « C’est probablement une mauvaise idée de semer plus clair la céréale en pensant que cela va laisser de la place à la prairie, car celle-ci peut prendre le dessus », remarque Patrice Pierre. C’est avec le mélange trèfle violet et ray-grass hybride, qui est agressif, que ce risque semble important. Le sur-semis de printemps serait plus favorable pour cette association. La technique dans son ensemble semble d’ailleurs plus intéressante pour les prairies de longue durée que pour celles destinées à durer deux à trois ans.

Peu de risque si la céréale est ensilée

 

« Il apparait que cette technique est la plus sûre dans le cas d’un semis des deux cultures, à l’automne, avec une récolte en ensilage de la céréale », résume Patrice Pierre. Cela permet de gagner six mois sur l’exploitation de la prairie, car on obtient un couvert bien installé et bien composé, et un rendement normal à l’automne. Cela permet en plus d’avoir une parcelle portante, sans avoir besoin d’attendre un bon ressuyage pour une exploitation avant l’hiver. Dans le cas d’un sursemis de printemps de la prairie dans la céréale récoltée en grain, il faut accepter de prendre le risque d’une perte potentielle du rendement en grain. Le pois protéagineux en particulier pourrait pâtir du passage de l’outil d’ouverture du sol.

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