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Ne pas suivre le scenario britannique pour la tuberculose

Fin juin, GDS France a conduit une mission d’étude en Angleterre pour faire le point sur l’évolution de la tuberculose dans ce pays et sur le dispositif de lutte mis en place.

© source : defra

Il faut tout mettre en oeuvre afin d’éviter que l’élevage français se trouve confronté à moyen terme à un scénario catastrophe identique à celui que vivent les éleveurs anglais aujourd’hui », estimait Michel Combes, président de GDS France, suite à un déplacement réalisé fin juin en Angleterre. Il était à la tête d’une délégation composée d’une dizaine de représentants.

Le groupe s’est notamment rendu sur le terrain afin de rencontrer les éleveurs et vétérinaires praticiens confrontés à la maladie. Ce déplacement a été décidé pour éclairer les réflexions de GDS France et des GDS de Côte-d’Or et de Dordogne sur la lutte contre la tuberculose bovine. Depuis plusieurs années, la France (en particulier ces deux départements) connaît des résurgences préoccupantes de la maladie.

Résurgences préoccupantes

En dépit des mesures strictes adoptées et des efforts des éleveurs, la tuberculose apparaît d’autant plus difficile à maîtriser que la faune sauvage semble désormais jouer un rôle dans sa persistance. Le statut « officiellement indemne » de la France au regard de cette maladie n’est pas menacé pour l’instant mais pourrait l’être à terme si la tendance à l’expansion devait se confirmer. Dans ce contexte, un voyage d’étude en Angleterre s’imposait.

En effet, l’élevage britannique est confronté depuis plus de 25 ans à une forte recrudescence de la tuberculose bovine. L’administration britannique a présenté en détail la situation, les dispositions adoptées et leurs évolutions en cours. Un programme de lutte renforcé vient d’être présenté par les autorités britanniques le 19 juillet dernier. Maladie quasiment éradiquée fin des années 70, la situation épidémiologique n’a cessé de se dégrader depuis. Désormais son incidence s’élève à 4,88 % en Angleterre et à 4,07 % pour l’ensemble des îles britanniques, c’est-àdire 135,66 fois plus qu’en France. Plus de 6000 élevages sur un total de 80 000 étaient sous restriction de mouvement.

Le rôle des blaireaux

Le programme d’éradication est fondé sur les dispositions suivantes : tests de routine et surveillance renforcée des exploitations infectées, tests préalables aux mouvements, restrictions de mouvements, retrait et abattage des animaux infectés. L’un des volets importants de la lutte porte sur les autres espèces. Ce problème a été particulièrement souligné par le Defra (Department for Environment, Food and Rural Affairs) équivalent du ministère de l’Agriculture. C’est le cas des ovins en raison des nombreux élevages mixtes présents dans le Sud-Ouest de l’Angleterre, mais aussi des porcs et des camélidés (lamas, alpagas) qui sont fréquemment détenus par des particuliers.

Contrairement à la France, les sangliers et les cerfs ne sont pas vraiment concernés par la tuberculose en Grande-Bretagne, en raison de leurs faibles densités. En revanche, la prévalence chez les blaireaux atteint 17 % en moyenne et cet animal a une densité de 20 à 25 individus/ km2 (soit 5 à 10 fois plus qu’en France). Leur rôle est considéré par les experts et les éleveurs comme déterminant dans la propagation de la maladie. Mais cette espèce jouit d’un statut sentimental fort auprès de la population et elle est très protégée par la réglementation ce qui complique fortement la lutte contre la tuberculose.

En effet, il y a une très forte imbrication entre l’habitat des blaireaux et les exploitations d’élevage. Pour réduire leurs effectifs, aucune mesure n’a été retenue à ce jour même si, d’après les scientifiques, une baisse significative de la population de cette espèce réduirait significativement l’incidence de la tuberculose dans les régions les plus atteintes. Les autorités viennent cependant de lancer une consultation publique sur un projet d’abattage dans des zones de 150 km2, basé sur l’octroi aux fermiers et propriétaires terriens de permis de piégeage.

Fatalisme sur le terrain

Si ces mesures vont dans le bon sens pour les éleveurs britanniques, elles n’apportent pas une réponse rapide. Il y a un certain fatalisme sur le terrain. « Ici, dans le Devon, il y a trois sortes d’élevages : ceux qui ont eu la tuberculose, ceux qui l’ont et ceux qui l’attendent… », a par exemple indiqué un responsable professionnel anglais. Il est vrai que certains élevages demeurent infectés pendant de très longues périodes. Parfois plus de 10 ans! Cette situation crée des problèmes économiques graves et accélère les cessations d’activité.

Au plan financier, la tuberculose a un impact considérable: la maladie a coûté 90 millions de Livres Sterling à l’État anglais en 2010. Une large part de ce montant a servi à indemniser les éleveurs pour les 25 000 animaux abattus. L’Union européenne participe au financement de ce plan de lutte à hauteur de 27 millions d’euros en 2010 et de 23 millions d’euros en 2011. Mais pour les éleveurs, les indemnisations demeurent en dessous des pertes. À la lumière de ce déplacement, des échanges et des informations collectées, il semble que la situation de la France aujourd’hui soit comparable à celle que la Grande- Bretagne a connu il y a 30 ans.


Aussi, GDS France insiste sur la nécessité de mobiliser et responsabiliser l’ensemble des parties prenantes. Il est clair, que la situation n’est pas comparable à celle que la France rencontre aujourd’hui mais il est bon d’en tirer des leçons. Trois pistes prioritaires semblent s’imposer et aboutiront à des propositions concrètes d’ici la fin de l’année : agir avec détermination sur la faune sauvage dans les zones à risque afin de ramener les densités à des niveaux garantissant le succès de la lutte ; proportionner les contrôles en fonction de l’intensité des risques et constituer des stocks suffisants de tuberculine afin de garantir la réalisation rapide des contrôles nécessaires, notamment à l’introduction.

Trois aspects clés pour maîtriser la situation


En matière de prospectives, le gouvernement anglais investi plus particulièrement sur :


1 - L’évaluation de l’efficacité des mesures d’abattage chez le blaireau : le résultat s’est avéré concluant pour un abattage massif en périphérie de foyers pendant 4 ans.

2 -L’élaboration d’un vaccin pour les blaireaux : aujourd’hui un vaccin injectable a été mis au point, mais son coût (dû notamment aux contraintes pratiques de mise en oeuvre d’une vaccination massive) reste très importants (22500 £/km2). Cette solution est donc, pour le moment, difficilement réalisable.

3- L’élaboration d’un vaccin pour les bovins qui devrait être disponible en 2012. Mais l’Angleterre se heurte à la réglementation européenne qui ne permet pas le recours à la vaccination contre la tuberculose.

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