Maïs fourrage : que faire des maïs desséchés par la canicule ? Ensiler maintenant ? Pâturer ? Affourager ?
Les températures au-dessus de 36 °C et le stress hydrique mettent à dures épreuves les maïs fourrage, surtout dans les régions qui présentaient déjà un bilan hydrique déficitaire avant la canicule de juin. Pâturage, affouragement en vert et ensilage d’urgence : Arvalis propose des recommandations.
Les températures au-dessus de 36 °C et le stress hydrique mettent à dures épreuves les maïs fourrage, surtout dans les régions qui présentaient déjà un bilan hydrique déficitaire avant la canicule de juin. Pâturage, affouragement en vert et ensilage d’urgence : Arvalis propose des recommandations.
Le maïs est une plante tropicale qui aime la chaleur certes, mais pas caniculaire. « Au-delà de 36 °C, le fonctionnement de la plante est altéré d’autant plus que la canicule est associée à du déficit hydrique », rappelle Arvalis, l’institut du végétal. En l’absence d’irrigation, les maïs implantés en sols superficiels sont bloqués et risquent de ne pas donner d’épi si la pluie ne revient pas rapidement. Pour les maïs les plus avancés (semis de début avril) qui sont à floraison, la fécondation est menacée et les grains peuvent avorter. Passé le stade floraison, plus précisément 250 degrés-jours après la floraison femelle, soit une quinzaine de jours plus tard, le risque d’avortement des grains diminue mais un manque de précipitations peut conduire à anticiper la récolte, car les grains risquent de moins se remplir et les feuilles et tiges de dessécher rapidement.
Avant la canicule de la mi-juin, les bilans hydriques étaient déjà déficitaires au sud des Pays de la Loire, au nord de la Nouvelle-Aquitaine, en Centre Val de Loire, en Auvergne, en Bourgogne et en Lorraine. Les trois premières zones citées ont aussi subi plusieurs jours de très fortes chaleurs. Ce sont les premières régions concernées par cette question : faut-il récolter en urgence le maïs fourrage ou lui laisser encore une chance ? Et malheureusement, avec la canicule prévue cette semaine, d’autres régions se la poseront à leur tour.
Rentrer dans la parcelle pour évaluer l’état du maïs
Pour répondre à cette question, l’antenne Arvalis de Pays-de-la-Loire a publié le 2 juillet un article de recommandations. Avant de déclencher une récolte d’urgence ou un pâturage des maïs fourrages, la première étape est d’évaluer l’état de la culture et sa capacité à repartir avec le retour de la pluie. Pour poser le bon diagnostic, Arvalis rappelle qu’il faut évaluer chaque parcelle et entrer au cœur des parcelles pour évaluer l’état de l’appareil végétatif.
En état de stress hydrique, « la plante se protège par enroulement des feuilles. La culture présente alors un feuillage vert - gris au port dressé, mais celui-ci n’est pas pour autant détruit. À ce stade, les parcelles comportent souvent des zones sèches et des zones encore vertes. Il faut donc établir le ratio entre la surface desséchée, dont le rendement n’augmentera pas, et la surface encore verte dont on peut encore attendre quelque chose, ainsi que le volume de biomasse en place », détaille l’article.
Faut-il récolter en urgence ?
Arvalis distingue trois types de situations :
1 - Peu de feuilles marron : attendre la floraison
Une situation où le maïs est encore peu pénalisé, en sols moyennement profonds : « Les feuilles sont enroulées et ont une teinte vert grisé, avec seulement quelques feuilles du bas gris-marron. » Le maïs conserve une capacité à redémarrer si la pluie revient, mais sa taille sera réduite. « Il est recommandé d’attendre la floraison, si elle a lieu, et d’évaluer la production d’épis et de grains pour prendre la décision d’une récolte anticipée. En l’absence de pluie, on se retrouvera rapidement dans le second cas », prévient l’Institut.
2 - Encore suffisamment de feuilles vertes : à raisonner en fonction de la météo, pâturage possible
Le cas intermédiaire est celui où plus de 30 % des feuilles sont de couleur marron. « Les dernières feuilles émises prennent une teinte marron à leur extrémité et blanchissent. Là encore, les feuilles vertes restantes sont capables de repartir si la pluie revient », estime Arvalis, qui préconise de suivre de près l’évolution de la parcelle et la météo. Si la pluie revient rapidement, il faudra attendre la floraison et suivre de près la qualité de fécondation après la floraison, si elle a lieu.
Si des pluies significatives ne sont pas prévues les jours suivants, l’Institut préconise de pâturer la parcelle : c’est le mode de récolte le plus économique. S’il n’est pas possible de faire pâturer la parcelle, il est possible d’affourager en vert avec ce maïs. C’est préférable comparé à l’ensilage, « car la teneur en matière sèche est probablement trop basse pour ensiler (autour de 22 %) ».
3 - Moins de deux feuilles vertes : récolter en urgence
Les situations les plus préoccupantes sont celles où il reste moins de deux feuilles vertes, car même s’il pleut beaucoup, la plante ne pourra plus redémarrer. Autant donc la récolter, mais comment ? « Il faut estimer la pertinence d’engager des frais de récolte au regard de la biomasse récoltable », indiquent les auteurs Silvère Gelineau et Anne-Monique Bodilis. Le bilan fourrager et le coût rendu auge vont orienter le choix de l’éleveur entre pâturage, affouragement en vert et ensilage. L’institut conseille de privilégier une valorisation en vert à la conservation. Et d’adapter la chaîne de récolte pour limiter les coûts et préserver la qualité. « Sur pied, la teneur en MS est aux alentours de 30 %, évalue Arvalis. Et si en pleine chaleur, elle peut dépasser 40 %, elle peut brusquement chuter en dessous de 20 % en cas de retour des pluies ou de forte rosée. »
Limiter le coût de récolte et les risques de mauvaise conservation
Si la biomasse dans le champ est très faible, mieux vaut opter pour du pâturage. Si c’est possible, c’est la solution la plus économique.
S’il y a suffisamment de biomasse pour couvrir des frais de récolte, l’affouragement en vert permet d’esquiver les risques de conservation liés à un fourrage trop humide ou, au contraire, trop sec. Si l’on opte pour l’ensilage, Arvalis conseille « d’utiliser l’ensileuse avec les becs à maïs. L’éclateur pourra être retiré en l’absence d’épis. La mise en œuvre d’une chaîne de récolte de type herbe (fauche, andainage, ensilage) ne semble pas adaptée : elle peut entraîner l’incorporation de terre, voire la production d’étincelles avec un risque d’incendie dans les conditions chaudes et sèches actuelles. »
Pour la confection du silo, Arvalis estime que ce type de fourrage, même s’il paraît desséché, contient encore « suffisamment d’eau dans les tiges, ainsi qu’un taux de sucres fermentescibles permettant une activité biologique favorable à la conservation. L’utilisation de conservateurs ne paraît donc pas prioritaire pour ce type de fourrage. »
Suivre la floraison et l’état des feuilles pour décider de la date de récolte
Dans les cas les plus favorables, on va attendre la floraison pour réaliser le diagnostic de l’état des maïs et éventuellement avancer les dates d’ensilage afin de valoriser au mieux la valeur alimentaire de la plante, rappelle Arvalis.
L’Institut distingue alors deux situations :
Une fécondation hétérogène : récolter d’urgence
La proportion de feuilles encore verte est inférieure à 50 % et toutes les pointes des feuilles sont grises, voire jaunes : la floraison ne s’est pas déroulée normalement. Par conséquent, « même avec un retour significatif des pluies, la fécondation des épis est très hétérogène et la formation des grains est fortement compromise. Dans les situations les plus sévères, les plantes sont dépourvues d’épi. La récolte est à prévoir très rapidement. »
Fécondation réussie : attendre le SLAG
La majorité des feuilles est encore verte et la floraison a pu se réaliser. Il faut alors attendre le SLAG (stade limite d’avortement des grains) qui intervient 250 degrés-jours base 6°C après la floraison femelle, soit environ 15 jours après la floraison femelle. « C’est à ce stade que le nombre de grains est définitif. Finalement, c’est en fonction de l’état d’avancement du grain, du nombre de grains viables par m² et de l’état de l’appareil végétatif (nombre de feuilles vertes) que l’on prendra la décision d’attendre ou d’ensiler », indique Arvalis.
Costie Pruilh d’après Arvalis Institut du végétal