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L’insémination charolaise à l’heure génomique

La génomique arrive en force dans le choix des taureaux d’IA charolais. Gènes diffusion et Charolais Univers proposent un panel de jeunes taureaux dont l’évaluation repose sur les seules valeurs de leur évaluation génomique.

Pas forcément facile de se retrouver dans la gamme des taureaux d’insémination Charolais proposés cette année dans les catalogues de Gènes diffusion et Charolais Univers. « On nous a longtemps conseillé de nous cantonner sur un élevage à quatre ou cinq taureaux d’IA. Et désormais, on nous propose en plus des taureaux testés sur descendance de jeunes reproducteurs actuellement âgés de plus ou moins deux ans, donc forcément évalués par des tests génomiques et non sur descendance. Au moins pour cette campagne, qui marque une vraie transition, c’est un peu perturbant. On gagne à être épaulé et conseillé par un technicien », préconise Pascal Langevin, président du herd-book.

Cette évolution découle des évaluations génomiques, lesquelles font une arrivée en force pour le tri et le choix des jeunes taureaux. Déjà l’an dernier, Gènes Diffusion avait eu recours à cette technique via la plateforme GD Scan, laquelle se traduisait par l’arrivée de dix prédicteurs génomiques. Cette année, les deux entreprises de sélection ont eu recours aux avancées permises par Gembal, le programme national de génomique multiracial qui regroupe l’Inra, l’Institut de l’élevage, Allice et Races de France. Gènes diffusion et Charolais Univers ont donc eu largement recours à l’évaluation génomique pour évaluer, trier et choisir les animaux de leur nouvelle gamme. Cela se traduit aussi par des évolutions dans le mode d’évaluation des animaux. « Cet hiver une série est encore évaluée en contrôle individuel à Montrond-les-Bains (Loire), mais ce sera la dernière. Désormais, après achat chez leurs naisseurs, les jeunes taureaux entreront directement en quarantaine puis seront prélevés si le sanitaire ne pose pas de problème. Pour autant, on étudiera toujours avec attention les catalogues de vente des taureaux évalués dans les différentes stations d’évaluation pour quelques achats complémentaires », explique Sébastien Landemaine, responsable technique et génétique charolais de Gènes diffusion.

Prémium chez Gènes Diffusion, Avenir chez Charolais Univers

Chez Gènes Diffusion, proposer de nouveaux taureaux évalués via la génomique, et non sur les seules performances en ferme de leur descendance, a été initié l’an dernier. Ce fut la gamme dite Prémium. Elle comportait cinq taureaux (Fédéral, Hulk, Honorable, Hispanic et Flabas). Pour la campagne en cours, cette gamme est plus largement mise en avant en début de catalogue. Elle se compose de seize taureaux dont trois déjà proposés l’an dernier. Tous évalués via GD Scan et Gembal.

Pour Charolais Univers, la stratégie est un peu différente. Les jeunes taureaux de deux ans choisis sur des critères origine/morphologie et index génomique Gembal font partie des taureaux de la gamme dite Taureaux avenir. Et surtout ces nouveaux reproducteurs n’apparaissent pas dans le catalogue, hormis deux animaux (Impérator SC et Impala SC) jugés particulièrement intéressants pour élargir dès à présent la gamme des taureaux génétiquement sans cornes de cette entreprise de sélection. Les informations relatives aux 10 autres nouveaux taureaux (origine, photos, niveau d’indexation Gembal) sont rassemblées dans une plaquette tirée à part. Ils sont donc nettement moins mis en avant.

« Notre objectif est qu’ils puissent être évalués et confirmés sur descendance le plus rapidement possible, détaille Pascal Soulas, responsable du programme Charolais Univers. Ils sont pour cela proposés sur la zone géographique correspondant aux coopératives de mise en place adhérentes de Charolais Univers. » Sans forcément exclure leur diffusion aux adhérents de ces coopératives qui ne font pas de contrôles de performance l’objectif n’est pas forcément d’en faire à tout prix une très large diffusion. Le premier objectif est d’arriver à avoir au moins 250 à 300 IAP dans des élevages en contrôles de performances en VA4 pour qu’ils puissent être évalués en ferme sur descendance le plus rapidement possible.

Pour Gènes Diffusion ces jeunes taureaux doivent pouvoir être plus largement utilisés dès cette première année de diffusion dans tous les élevages. « L’objectif est que les animaux de cette gamme puissent totaliser 15 à 25 % des IA dans les exploitations. » Les retours sur les conditions de naissance des veaux nés depuis la fin de l’été 2015 et issus des premières IA réalisées des taureaux de cette gamme Prémium l’hiver dernier se traduisent pour leurs promoteurs par des conditions de naissance sans grosses surprises par rapport à ce qui avait été prédit via les prédicteurs génomique GD Scan.

« Les dernières générations de taureaux sont logiquement supérieures à celles de leurs aînés du fait du cumul de progrès génétique », précise Patrick Desbrosses, président de la section charolaise de Gènes Diffusion, et d’inciter de ce fait les éleveurs à utiliser sans craintes ces 15 à 25 % de taureaux génomiques préconisés sur le total de leurs IA. Lesquelles doivent permettre d’arriver sans trop de difficultés au minimum de 250 IAP par taureau pour permettre l’évaluation en ferme sur descendance.

Dans un proche avenir, Charolais Univers n’exclut pas non plus de proposer sa gamme des taureaux Avenir directement dans le catalogue principal. Tout dépendra des évolutions des CD associés aux index Gembal et donc de leur degré de précision. Plus le CD de l’index est faible, plus le risque de se tromper en faisant cette estimation est important, et plus la valeur génétique vraie de l’animal peut être éloignée de la valeur de l’index. À l’inverse, plus le CD est élevé, plus on est certain que la valeur génétique vraie de l’animal est proche de l’index estimé. « Si on gagne 0,2 point sur le CD par rapport aux valeurs actuelles, alors on pourra les inclure sans souci au catalogue pour une large diffusion dès la première année », annonce Pascal Soulas.

"P" et non plus « SC »

Pour indiquer le statut de ses taureaux pour le gène sans cornes, Gènes Diffusion utilisait jusqu’à l’an dernier le suffixe SC derrière le nom du taureau concerné s’il était génétiquement sans cornes. Il est depuis cette année remplacé par la lettre P, correspondant au mot anglais polled, terme anglais pour désigner les bovins génétiquement sans cornes. Une nomenclature plus facile à mettre en avant (P pour un hétérozygote et PP pour un homozygote), pour la commercialisation des doses à l’international.

Paroles d’éleveurs

Comme chaque année, la coopérative de mise en place, Elva Novia a organisé différentes « soirées génétiques » pour faire la présentation d’une partie des reproducteurs mis en avant pour cette nouvelle campagne avant de répondre aux interrogations des éleveurs. C’était le cas le 9 décembre dernier, à Neuvy-Grandchamp, dans l’ouest de la Saône-et-Loire. L’intérêt du recours à la génomique pour trier les futurs taureaux d’IA n’a pas été remis en cause. Bien au contraire. En revanche, la complexité du sujet et son côté novateur font que toutes les subtilités de GD Scan et Gembal peinent à être parfaitement maîtrisées. Le fait de programmer 15 à 25 % des IA avec de jeunes taureaux « génomiques » au moment de l’établissement du planning d’accouplement ne suscitait pas de réticences particulières de la part des éleveurs participants. Si réticences il y a, elles concernent davantage le prix auquel ces taureaux sont proposés. « Les doses de jeunes taureaux « génomiques » sont pratiquement au même prix que celles de « vieux » taureaux évalués sur descendance, déjà largement diffusés, dont les caractéristiques de la production sont bien connues. On est à une moyenne de 19 €. Auparavant, je faisais du testage et je le faisais volontiers, tant par intérêt pour ce travail d’évaluation collective en ferme, que pour la possibilité d’utiliser des taureaux, qui l’un dans l’autre permettaient d’obtenir des veaux corrects avec des doses à 6 €. 13 € d’écart avec les nouveaux tarifs, cela n’a rien d’anodin », relatait un des participants.

Plus large recrutement

Pour justifier le prix de ces jeunes taureaux, les responsables de la coopérative ont mis en avant un nombre conséquent de tests génomique réalisés sur un large panel d’animaux de façon à élargir le plus possible le recrutement afin de se donner le maximum de chance de repérer les taureaux les plus prometteurs. « Avant le recours à la génomique, 400 à 500 veaux faisaient l’objet d’un pré-tri en ferme. Cela permettait d’en retenir 80 à 90 pour le contrôle individuel, à l’issue duquel seuls les meilleurs étaient retenus pour être prélevés afin de réaliser les IA de testage pour l’évaluation en ferme. Désormais, pour retenir une douzaine de taureaux de cette gamme Prémium, on génotype plus de 1 000 veaux. »

Les utilisateurs ont aussi fait observer que certaines origines (Pinay…) étaient, à leur goût, trop largement présentes dans la nouvelle gamme et ce pour les deux entreprises de sélection. « On propose régulièrement des veaux que l’on considère comme issus de nos meilleures souches et en particulier celles qui ont fait leurs preuves côté qualités maternelles dans nos exploitations. Les tests génomiques gagneraient à être étendus à ce type d’animaux, surtout si l’objectif est d’élargir la gamme des souches disponibles ! »

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