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L’exportation reste un vrai relais de croissance

La consommation de viande bovine est mal orientée dans la vieille Europe. Les relais de croissance pour la demande se situent au-delà de ses frontières.C'est ce qui ressort des débats qui ont eu lieu au congrès de la FNB.

Camion de taurillons charolais dans le port de Sète pour l'exportation vers la Turquie.
Camion de taurillons charolais dans le port de Sète pour l'exportation vers la Turquie.
© F. d'Alteroche

M ême si toutes les mesures de la nouvelle PAC sont loin d’être connues dans les détails, les déclarations de Stéphane Le Foll à l’occasion du dernier congrès de la Fédération nationale bovine (FNB) laissent à penser que le salut des producteurs ne viendra pas d’une revalorisation significative des aides compensatrices destinées à accompagner ce secteur de production. C’est avant tout par un prix des carcasses ou du bétail vivant suffisamment attractif qu’il sera possible d’insuffler une dynamique.
C’est donc cette question du prix qui a cristallisé l’essentiel des débats à l’occasion de la table-ronde organisée lors de ce congrès. « On ne supporte plus le discours de certains représentants de l’aval disant que les éleveurs ne sont pas assez productifs. Nous avons gagné en moyenne 3 % de productivité annuelle depuis le début des années 2000 sur nos exploitations. Je connais beaucoup de chefs d’entreprise qui auraient aimé avoir des évolutions similaires pour leur activité. S’il nous manque du revenu, c’est avant tout, car il nous manque des prix », s’agaçait Jean-Pierre Fleury, alors secrétaire général de la FNB.


Les pays tiers pour redonner une dynamique


Face à un aval qui, dès que l’on parle prix du produit, tend à se réfugier derrière les négociations commerciales toujours aussi ardues avec les ténors de la grande distribution, c’est encore une fois l’exportation qui a été mise en avant comme planche de salut à même de redonner de l’oxygène à la production. Les clients historiques ont bien entendu toute leur importance compte tenu des volumes concernés, mais le véritable appel d’air serait à rechercher bien au-delà des rives nord de la Méditerranée.
« Nous exportons 6 à 7 000 carcasses de jeunes bovins (JB) par semaine, principalement en Italie et en Grèce. Ce sont des débouchés lourdement impactés par la crise économique », expliquait Jean-Marie Joutel l’un des cadres dirigeants du groupe Bigard. Propos confirmés par l’italien Luigi Crémonini, dirigeant fondateur du groupe éponyme, lui-même engraisseur et surtout à la tête d’Inalca, poids lourd de l’abattage italien. « Chez nous, la consommation moyenne de viande bovine a baissé d’environ deux kilos/habitant/an, ces dernières années. Pourquoi ? Car la situation économique est mauvaise. Les 330 000 chômeurs supplémentaires expliquent pour l’essentiel cette baisse de la consommation. »
Pour autant, ce chef d’entreprise n’a pas manqué de dénoncer la guerre commerciale que font les abatteurs français avec la viande de JB exportés sur l’Italie. En cassant les prix entre eux pour emporter des marchés, ils tirent vers le bas le prix des taurillons engraissés dans la plaine du Pô, lesquels sont en grande partie issus d’animaux maigres eux aussi importés de France.
Face à la saturation des débouchés habituels, l’arrivée de nouveaux clients est jugée souhaitable pour ne pas dire indispensable. « Notre premier marché ce sont les consommateurs français, le second, ce sont ceux des autres pays de l’Union européenne. On sait que ces deux débouchés seront au mieux stables, mais plus vraisemblablement en lente érosion dans les années à venir. Soit on accepte une décroissance avec les risques de récession que cela comporte pour notre secteur, soit on cherche de nouveaux débouchés pour au contraire lui redonner de l’élan. La seule possibilité de croissance est liée aux pays tiers. Cela ne représente pas forcément des tonnages très importants, mais ce sont eux qui permettront de redonner une dynamique à notre production », estimait Guy Hermouet, à la fois local de cette étape vendéenne, mais s’exprimant surtout avec sa casquette de président de la section gros bovins d’Interbev.
« L’export est une solution, même si ce n’est pas la seule. Pendant que la vieille Europe souffre, d’autres régions du monde sont en croissance. Nous devons nous tourner vers ces pays », confirmait Patrick Bénézit, vice-président de la FNB. Et de désigner comme principales cibles le Maghreb, les autres pays du pourtour sud de la Méditerranée et certains pays d’Asie où la consommation va croissante, favorisée par une population jeune associée à une démographie dynamique. Elle attise forcément la demande et bien évidemment les prix. Pendant que le taurillon allaitant français franchit péniblement le seuil des 4 ? du kilo carcasse, le prix réglé aux éleveurs du Maghreb avoisine et dépasse même parfois les 6 ?. Chiffre confirmé par Ezzeddine Ben Mustapha, producteur laitier tunisien, mais également engraisseur. Ce dernier a mis en avant l’antériorité des relations entre la France et les pays du Maghreb comme un atout pour favoriser les partenariats économiques entre les rives nord et sud de la Méditerranée.
Un optimisme qui demande à être tempéré. La France est loin d’être la seule à avoir ces pays pour cible. « Nous exportons actuellement chaque semaine de la viande sur les pays du Maghreb. Nous avons récemment répondu à un appel d’offres proposé par l’armée marocaine, mais ce sont des opérateurs argentins et australien qui ont emporté le marché », précisait par exemple Jean-Marie Joutel et d’ajouter que le lourd héritage lié à l’ESB continue à nous interdire l’accès à certains marchés de taille, la Chine par exemple.


« Mettre en avant la traçabilité de nos animaux et de nos viandes »


« La majorité des décideurs tunisiens ont été formés en France. Nous avons une culture commune. Pourtant en 2013, deux tiers des animaux vifs importés par la Tunisie proviennent d’Uruguay. Cela me fait mal au cœur, car je n’ai aucun lien affectif avec ce pays », ajoutait Ezzeddine Ben Mustapha en abordant la question du bétail maigre. À côté des exigences tunisiennes sur le poids des broutards importés (moins de 330 kilos), c’est une différence de 50 centimes du kilo vif qui a ces derniers mois favorisé les échanges avec l’Amérique latine. « Mais les broutards uruguayens n’ont aucune traçabilité et leurs performances n’ont rien à voir avec le bétail français », confirmait le responsable professionnel tunisien.
Dans ces conditions, il est important de transformer comme autant d’atouts, la traçabilité, les garanties sanitaires et le bon potentiel génétique du maigre français. « Mettons en avant la traçabilité de nos animaux et de nos viandes face à nos concurrents. Arrêtons de parler seulement de prix au kilo. Proposons aussi notre savoir-faire en matière de traçabilité et découpe des carcasses. Nos animaux ont un meilleur potentiel de croissance. Il leur permet d’atteindre plus rapidement le poids objectif d’abattage souhaité. Il y a belle lurette que les Italiens le savent », soulignait Guy Hermouet. Quelques instants auparavant, Luigi Cremonini, avait vanté la qualité des races françaises, ne tarissant pas d’éloges pour nos Charolaises, Limousines et Aubracs.

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