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Génétique
Les semences sexées, un atout pour la Salers

L'utilisation de semences sexées fait ses premiers pas en allaitant. Une nouvelle technique bien adaptée aux élevages Salers où cela permet de mieux doser la répartition entre race pure et croisement.

La Salers est plus appréciée pour les qualités maternelles de ses vaches que le développement musculaire de ses broutards. Pour ses adeptes, la rançon des nuits sereines et des vêlages sans difficultés se traduit par des mâles moins bien valorisés. Des données qui doivent être analysées en mettant aussi en parallèle des coûts de production, généralement peu élevés. Reste que jusqu'à présent, pour avoir le nombre souhaité de génisses de renouvellement, il fallait faire naître autant de mâles « rouges » ! Cette évidence n'est plus vraie depuis l'automne 2011 avec la mise à disposition des semences Salers sexées femelles.


Lesquelles gagnent à être associées avec des semences sexées mâles de Charolais à fort développement musculaire. Un mode de conduite qui permet de profiter au mieux des qualités maternelles des vaches Salers et de leurs aptitudes pour le croisement. En dosant les IA sexées mâle ou femelle de chacune des deux races, cela permet de faire naître un minimum de velles croisées et de broutards salers et surtout le plus possible de broutards croisés. Voilà pour la théorie. Si on passe à la pratique, les éleveurs ont vite analysé les possibilités offertes par cette technique.


La demande a été supérieure à l'offre


« On a été surpris par l'ampleur de la demande, tant dans le berceau de race que dans les zones extérieures », reconnaît Dimitri Octavie, animateur génétique à l'UALC, l'un des acteurs du programme de sélection en race Salers. L'offre a même peiné pour être en phase avec la demande au cours des deux dernières campagnes d'insémination. En 2011-2012 environ 1 500 doses ont été produites avec deux taureaux (Bronson et Django) déjà disponibles en semences conventionnelles ; 1 200 ont été mises en place. Pour la campagne qui s'achève, tous les chiffres ne sont pas encore connus, mais le succès ne se dément pas.


« On a été en rupture de stock sur Django. Bronson n'a été utilisable qu'au cours des premiers mois de la campagne. Quant à Variégeois, le troisième taureau mis en production, ses premières doses sexées n'ont été diffusées qu'en janvier », précise Dimitri Octavie. D'après ce qui est constaté dans les élevages, le taux de femelles pleines 90 jours après la première IA est en phase avec ce qui est annoncé. Il oscille le plus souvent entre 55 % et 65 %, soit un pourcentage de réussite inférieur de 5 % à 10 % aux chiffres habituels avec des paillettes non sexées. Ce taux dépend beaucoup des résultats obtenus en semence « conventionnelle ».


Dans les élevages où ce chiffre est déjà médiocre, la baisse de fertilité risque d'être plus marquée en cas d'utilisation de semence sexée. C'est ce qui incite à ne conseiller ces paillettes que si les résultats sont déjà satisfaisants en semence conventionnelle pour limiter tout risque de déception puisque l'intérêt économique de ces paillettes sexées dépend de la bonne fertilité des femelles inséminées. « On conseille d'utiliser les paillettes sexées sur génisses ou sinon sur des vaches qui habituellement 'retiennent' bien. Il faut absolument éviter les animaux peu fertiles. » En plus du coût des paillettes, inutile de prendre le risque de pénaliser la productivité numérique en accentuant la probabilité de dégrader l'IVV.


D'après les résultats constatés, pas de surprises pour le sexe des veaux. Conformément à ce qui est annoncé et qu'il s'agisse de semence Salers sexée femelle ou Charolaise sexée mâle, le taux de veaux du sexe souhaité avoisine 90 %. Côté tarifs, le surcoût est conséquent avec un prix unitaire de 45 euros la dose sexée salers contre 11 à 16 euros la dose selon le taureau s'il s'agit de semence conventionnelle Salers. Pour la coopérative d'insémination Les éleveurs du Pays vert, ces tarifs dépendent du nombre de doses achetées avec une remise de 5 % pour 5 doses,10 % pour dix doses et 20 % au-delà de 20 doses. Et il est peu probable que le prix de ces semences soit plus attractif dans les années à venir.


Élargir l'offre proposée en semences sexées


Pour la campagne d'insémination à venir, l'objectif est d'élargir l'offre en travaillant avec des taureaux déjà disponibles au catalogue mais uniquement en conventionnel. En plus de Variégeois, Acajou et Baron sont actuellement prélevés dans ce but. Ils seront disponibles en paillettes sexées à partir de l'automne. « Pour sexer la semence, il est nécessaire que le taureau soit vivant. La production n'est possible qu'à partir d'un éjaculat frais », rappelle Dimitri Octavie. Ce facteur limitant complique la possibilité d'élargir le panel des taureaux proposés. Quand on connait pour les avoir jugées et mesurées sur le terrain les qualités maternelles qu'un taureau a été en mesure de transmettre à ses filles, ce dernier est soit âgé, soit déjà mort. Cela restreint les possibilités de choix.


Pour y remédier, l'UALC a pris la décision de modifier sa stratégie de prélèvement. Le stock de doses en semences conventionnelles sera réduit et environ 2 000 doses sexées seront produites pour tous les taureaux si la semence le permet. « Pour nous, cela représente un risque. En particulier pour les jeunes taureaux achetés puis prélevés à l'issue de leur passage en station d'évaluation. On a aucune certitude sur les aptitudes laitières de leurs filles. On a juste les performances des ascendants du taureau sur ce volet et en particulier de sa mère et de ses deux grands-mères. » Ces données sont analysées avec attention mais elles ne permettent pas d'anticiper sur les réelles aptitudes de ses filles.


En faisant évoluer ce dispositif, la volonté est de satisfaire à la demande des éleveurs qui demandent un plus large panel d'origine pour les taureaux disponibles en semences sexées.


Domino et Usufruit, les deux prochains Charolais proposés


Côté croisement, la volonté d'élargir la gamme est moins pressante puisque tous les croisés sont abattus à brève échéance. Les exigences portent avant tout sur des veaux pas trop lourds à la naissance, mais qui extériorisent par la suite le plus possible de croissance et de conformation. Pour la campagne à venir, les deux Charolais proposés en semences sexées mâle pour une utilisation sur races rustiques sont Domino et Usufruit. « À côté des caractéristiques que le taureau va léguer à sa descendance, la difficulté est d'avoir des animaux dont la qualité de semence soit suffisante pour être sexable », précise Hugues Dauzet, directeur de l'Ucear, l'une des deux entreprises de sélection en charge de la conduite du programme Excellence Charolais.

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