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Prairies naturelles
Les étapes d´un diagnostic

Etre en mesure d´établir un diagnostic sur une parcelle occupée par une prairie permanente constitue l´aboutissement de la formation dispensée par l´Institut de l´Elevage à la ferme de Jalogny en Saône et Loire.


Les techniciens stagiaires ont entre autres eu à plancher sur une pâture située sur les collines dominant Cluny, au lieu-dit « le verger ». Un nom qui laisse facilement deviner quelle devait être sa fonction d´origine d´autant qu´elle est bordée dans les jardins attenants de quelques pommiers et noyers.
Avant de regarder la parcelle, il convient d´abord de discuter avec l´éleveur pour en savoir un peu plus sur le fonctionnement de son exploitation et de son système fourrager. Quelles sont ses stratégies vis-à-vis de l´herbe ? Qu´attend-t- il de ses prairies ? Comment sont constitués ses stocks fourragers ? En un mot, comprendre d´abord ce qu´il fait avec ses parcelles, comment il le fait, et pourquoi il procède ainsi en cherchant dans un premier temps à avoir davantage de réponses sur le « comment » plus que sur le « pourquoi ».
©F. d´Alteroche

Faire le tour de la parcelle. Il s´agit de l´observer dans les grandes lignes. Quelle est sa topographie ? Comment est-elle orientée ? Que laisse présager une première observation rapide de son couvert végétal. Est-il suffisamment dense ? Est-il homogène sur l´ensemble de la parcelle ? Voit-on de grandes différences suivant l´inclinaison du terrain ? Une vision d´ensemble qui donne déjà beaucoup d´indications sur la qualité globale de la prairie et qui est indispensable avant de s´aventurer plus loin dans la lecture botanique de la station.
Ici, « Le verger » a été qualifié de parcelle hétérogène. Sa partie située sur le haut du coteau est manifestement plus sèche avec un sol superficiel et par endroits assez abîmé. Le couvert fourrager est alors maigre avec beaucoup de luzerne tachetée et de plantes à rosettes. Les graminées ont probablement souffert et perdu de l´importance suite aux deux sécheresses de 2003 et 2005. Après, sur la pente et dans le creux, il y a manifestement « beaucoup plus de camelote » et notamment de graminées. La question à se poser est alors : est-ce que ce sont des plantes intéressantes ? « Mieux vaut parfois avoir un peu moins de volume et de meilleure qualité que de gros tonnages d´une valeur fourragère médiocre. » Autre détail, la parcelle est en partie cernée de petits murets de pierres sèches de nature calcaire.
©F. d´Alteroche

Récolter des poignées. Après avoir planté un bâton dans une zone homogène et qui semble représentative entre les extrêmes constitués par le haut du coteau manifestement séchant et la partie basse où les graminées commencent à se coucher, il s´agit de faire tout autour un inventaire détaillé des espèces qui s´y trouvent. Pour cela, il faut « faire des poignées » du couvert végétal pour ensuite en identifier le contenu. Il faut prendre soin de ramasser les végétaux bien au ras du sol. Il est important d´avoir la base de la plante pour formellement l´identifier.
©F. d´Alteroche

Identifier une à une les espèces constitue une tâche au départ fastidieuse mais devient de plus en plus rapide au fur et à mesure que l´oeil s´habitue à trouver les petites subtilités facilitant la reconnaissance entre les différentes espèces. Ici, Jérôme Séquin (chambre de Côte-d´Or) et Daniel Platel (chambre de la Somme) sont en plein travail et utilisent pour la reconnaissance à la fois une méthode-clé de détermination des principales graminées prairiales mise au point par le Groupement national interprofessionnel des semences et plants et le « Guide pour un diagnostic Prairial ». Un document co-rédigé par François Hubert et Patrice Pierre et co-édité par les chambres d´agriculture du Maine-et-Loire et de la Mayenne avec le concours de la région Pays de la Loire, Advanta et RAGT.

Une poignée triée et identifiée. 34 espèces ont été répertoriées avec 10 graminées principales, 5 légumineuses et 6 divers complétées par quelques espèces dont la présence n´était que diffuse. En multipliant le nombre de poignées analysées, le diagnostic met en évidence une prairie composée en proportion de 50 % de bonnes graminées, 35 % de graminées de qualité moyenne, 5 % de légumineuses et la part restante d´espèces diverses.
D´après les espèces trouvées, « en résumé ça sent le calcaire, les petites terres, le sec, avec des parcelles qui ont déjà bien grillé lors des dernières sécheresses », pressent François Hubert. Le chiffre de 10 % de plantes diverses est important, mais ce ne sont pas des plantes très gênantes comme le chardon ou les rumex. Il s´agit essentiellement de pissenlit, « qui se mange très bien ! »
©F. d´Alteroche

Le rendu du diagnostic a ici été réalisé auprès de Jean-Marc Lapray, l´un des salariés de la ferme de Jalogny. L´occasion de discuter avec lui des modes d´utilisation de cette parcelle fauchée pour la dernière fois en 2002. Une surface « tampon » utilisée au printemps, suivant les années, et le niveau de la pousse de l´herbe pour la fauche ou la pâture. « Ce qu´il faut surtout éviter de faire et qui a manifestement été fait ces dernières années, c´est laisser surpâturer les animaux. La présence de ronds avec beaucoup de pissenlits et de trèfles est caractéristique d´un endroit qui a été raclé. Il est caractérisé sur la partie haute par la présence de plantes à rosettes typiques des conséquences du surpâturage en période sèche alors que la fétuque a malgré tout résisté. »
©F. d´Alteroche

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