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Les accords UE-Canada déstructurants pour la filière

Les négociations bilatérales Union européenne - Canada viennent de se conclure. Les contingents d’importation UE-USA en dépendent. Les conséquences sur la production française pourraient être importantes.

L’accord de libre-échange Union européenne-Canada pourrait servir de modèle à celui en préparation avec les États-Unis. Sauf que ce pays souhaiterait 5 à 6 fois plus que le contingent canadien, ce qui pourrait être très déstructurant pour la viande bovine européenne.
L’accord de libre-échange Union européenne-Canada pourrait servir de modèle à celui en préparation avec les États-Unis. Sauf que ce pays souhaiterait 5 à 6 fois plus que le contingent canadien, ce qui pourrait être très déstructurant pour la viande bovine européenne.
© B. Delaloy

Les négociations entreprises avec le Canada en 2008 se sont achevées par la signature d’un accord de libre-échange entre les deux entités le 18 octobre dernier. Depuis plusieurs mois, les deux parties butaient sur des contentieux agricoles. Le dossier s’est débloqué quand le Canada a accepté de doubler le quota de fromages européens admis sans droits tarifaires, en échange d’un plus grand accès au marché européen pour les producteurs de bœufs canadiens. Ainsi, « un contingent compris entre 50 000 et 65 000 tonnes équivalent carcasse à droits de douanes nuls aurait été négocié, soit 15 % des importations toutes origines de l’UE », note Fabien Champion du département économique de l’Institut de l’élevage, avant de poursuivre, « cet accord pourrait d’autre part être un préambule dans les négociations engagées en juillet entre l’Europe et les États-Unis. » Cependant, les Américains ne se contenteraient pas d’un contingent identique à celui des Canadiens. On peut s’attendre, en termes de références, à une demande cinq à six fois plus importante concernant l’accès au marché pour les produits agricoles, soit environ 300 000 tonnes équivalent carcasse. « Ainsi, le cumul de ces deux contingents pourrait être très impactant et déstructurant pour la filière viande bovine française. »


Des systèmes, canadien et américain, très compétitifs


« Plusieurs raisons poussent à croire que ces contingents représentent un danger pour la filière bovins viande. Tout d’abord, les systèmes de production canadien et américain sont très compétitifs. Avec des droits de douanes nuls, ils pourront concurrencer nos produits européens et trouver des débouchés. Sur la période 2009-2011, les coûts de production de ces deux pays étaient de l’ordre d’1,5 à 2 €/kgéc inférieurs à ceux français, soit des coûts inférieurs de 40 % par rapport aux systèmes français. Même sans l’utilisation d’hormones, les exploitations américaines resteraient plus performantes. L’absence d’hormones stéroïdiennes ne réduirait que de 15 % l’avantage des ateliers d’engraissement américains par rapport aux ateliers français », remarque Fabien Champion.
D’autre part, les contraintes de production et de transformation des viandes bovines canadiennes et américaines ne sont en rien comparables à celles imposées par Bruxelles pour les viandes européennes, qu’il s’agisse des directives en termes de bien-être animal (pas d’abreuvement dans les camions, pas d’arrêts obligatoires quand les trajets sont trop longs) ou d’environnement, mais également sur l’utilisation des hormones, des antibiotiques et de la ractopamine comme facteurs de croissance. De plus, la traçabilité individuelle des animaux est optionnelle et très peu répandue. La valorisation du cinquième quartier est également possible dans les deux pays. Les économies d’échelle en milieu de filière et en aval sont également à considérer (par exemple, l’abattoir JBS est à 2000 têtes par jour dans le Michigan), sans oublier que l’interdiction de lavage à l’acide lactique des carcasses a été levée en février 2013.
Par ailleurs, l’offre américaine est susceptible de répondre à la demande européenne et pourrait leur permettre d’améliorer leur équilibre matière. En effet, les États-Unis importent principalement du minerai congelé à viande hachée et exportent principalement des découpes nobles issues d’arrières de bœufs et de génisses.


Un « effet seuil » pour une saturation plus forte des contingents


Certes aujourd’hui, les deux contingents dont disposent le Canada et les USA (Hilton et Panel hormones) n’atteignent que des niveaux faibles de saturation. Mais ils sont de moindre ampleur : 11 500 tonnes pour Hilton avec un taux de saturation de 20 % et 45 000 tonnes pour Panel hormones, à partager avec la Nouvelle-Zélande, l’Australie et l’Uruguay pour un taux de saturation de 50 % en 2012-2013. Ainsi, en 2012, les USA ont exporté vers l’Union européenne 21 400 téc soit moins de 2 % des exportations européennes et le Canada moins de 1 000 téc. « Les barrières tarifaires et non-tarifaires que les accords de libre-échange visent à abattre sont aujourd’hui limitantes. En effet, les exigences de l’Union européenne mises bout à bout, demandent de nombreux investissements aux industriels (création de filière sans hormones, agrément des abattoirs), qu’il ne sont pas prêts à consentir pour des contingents faibles. Par contre, un large contingent pourrait se révéler très incitatif à la réalisation de ces investissements, en créant un effet seuil et l’on pourrait se diriger alors vers une plus forte saturation des contingents », détaille Fabien Champion.

Chiffres clés

 

Canada
• cheptel : 10,5 millions de bovins
• production : 1,1 million de téc
• exportations : 0,33 million de téc
• importations : 0,29 million de téc


Union européenne
• cheptel : 86,2 millions de bovins (4e mondial)
• production : 7,76 millions de téc (3e mondial)
• exportations : 0,23 million de téc
• importations : 0,30 million de téc (6e)

 

États-Unis
• cheptel : 90,8 millions de bovins (3e mondial)
• production : 11,6 millions de téc (1er mondial)
• exportations : 1,12 millions de téc (4e), soit environ 85 % de la production française de gros bovins
• importations : 1,02 million de téc (2e mondial)

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