« L’épisode de la DNC a un effet délétère sur le maillage vétérinaire »
Le maillage vétérinaire repose depuis 2024 sur des cabinets ruraux « mixtes » dont l’activité principale sont les animaux de compagnie, selon les derniers chiffres de Chambres d'agriculture France et du Conseil national de l'Ordre des vétérinaires présentés le 22 avril. Mais cette activité rurale se marginalise et se fragilise, notamment avec la crise de la dermatose nodulaire contagieuse bovine (DNC).
Le maillage vétérinaire repose depuis 2024 sur des cabinets ruraux « mixtes » dont l’activité principale sont les animaux de compagnie, selon les derniers chiffres de Chambres d'agriculture France et du Conseil national de l'Ordre des vétérinaires présentés le 22 avril. Mais cette activité rurale se marginalise et se fragilise, notamment avec la crise de la dermatose nodulaire contagieuse bovine (DNC).
L'épisode de la dermatose nodulaire contagieuse bovine (DNC) a fortement marqué la profession vétérinaire et impacté négativement les efforts en matière de maillage vétérinaire en France. C'est ce qui ressort d'une journée coorganisée par Chambres d'agriculture France et le Conseil national de l'Ordre des vétérinaires, le 22 avril à Paris. Selon les chiffres de 2026 de l’activité vétérinaire en France, le maillage vétérinaire repose surtout sur les vétérinaires en activités mixtes, dont l’activité principale sont les animaux de compagnie.
Depuis 2024, ils représentent plus de 50 % des déclarations d’activités auprès des animaux de rente, et même plus de 56 % en 2026. Le nombre de vétérinaires dont l’activité principale sont les animaux de rente continue, lui, de diminuer, en recul continu depuis 2023. En 2026, ils représentent 43 % des déclarations d’activités auprès des animaux de rente, contre 53 % en 2023.
« Il y a un rôle essentiel et primordial des “mixtes animaux de compagnie” dans le maillage », affirme Matthieu Mourou, vice-président du Conseil national de l’Ordre des vétérinaires. Ces vétérinaires ont joué un rôle majeur pendant la crise de la dermatose nodulaire contagieuse bovine (DNC) notamment dans les Pyrénées-Orientales. Sur ce territoire, « la vaccination et le suivi sanitaire n'auraient pas pu être réalisés si on n'avait pas eu ces vétérinaires mixtes animaux de compagnie », soutient-il.
La lutte contre la DNC a représenté un coût économique pour les vétérinaires ruraux
Or participer à la lutte contre la DNC représente un coût économique pour ces vétérinaires, car cela signifie mettre de côté leur activité principale. « Certains n'ont pas hésité à mettre en cause une partie rentable de leur activité quotidienne, les mettant parfois en difficulté financière », souligne Matthieu Mourou. À cela s’ajoutent les conditions difficiles de réalisation des mesures de police sanitaire par les vétérinaires sur les exploitations agricoles. Certains ont même reçu des menaces de mort, rappelle vice-président de l’Ordre, qui dénonce des conditions « inacceptables » se poursuivant encore dans certaines campagnes de vaccination. Le Conseil national de l’Ordre des vétérinaires a d’ailleurs annoncé le 21 avril s’associer aux plaintes déposées par des vétérinaires sanitaires, après les menaces reçues sur une exploitation en Ariège dans le cadre d’une campagne de campagne de vaccination contre la DNC.
« Nous avons vacciné en un temps record au détriment de nos congés, de nos familles, voire pour certains de la pérennité économique de nos structures »
« La profession vétérinaire a toujours répondu présente, […] nous avons vacciné en un temps record au détriment de nos congés, de nos familles, voire pour certains de la pérennité économique de nos structures », s’indigne-t-il. Pour Matthieu Mourou, « l'épisode de DNC que nous traversons en ce moment a et aura un effet délétère sur le maillage ».
Des difficultés de recrutement pour les activités vétérinaires rurales
Le vice-président de l’Ordre alerte aussi sur le risque de marginalisation de ces cabinets vétérinaires mixtes, qui font face à des problèmes de recrutement. Car si le nombre d’étudiants a augmenté et la démographie des vétérinaires est positive en 2025 (+ 3,8 %), des difficultés persistent, notamment au niveau de l’attractivité. Le sous-effectif entraine un recentrage sur les activités « indispensables » pour les vétérinaires ruraux, comme la prophylaxie, les bilans sanitaires d’élevage ou les visites sanitaires obligatoires.
« La conséquence, c'est un sous-investissement technique et stratégique […] qui fait que vous perdez en attractivité et en profitabilité », explique Matthieu Mourou. Une concurrence peut même s’installer avec l’activité canine. Selon les récents chiffres, 39 % des cabinets mixtes animaux de compagnie sont composés de moins de 4 vétérinaires. En plus des questions d’attractivité, l’activité auprès des animaux de rente est donc faible et risque d’être arrêtée, explique le vice-président de l’Ordre national des vétérinaires. « On sait que quand on se retrouve à moins de 20 % d'activité, la bascule peut se faire très vite », avertit Matthieu Mourou. « Ça représente une fragilité du maillage dans sa pérennisation », soutient-il.
Lire aussi : Santé animale : comment maintenir des vétérinaires aux côtés des éleveurs
Une « task-force » sanitaire pour assurer un maillage en cas de crise ?
Ces cercles vicieux ont été observés notamment en Bretagne depuis 2024, et dans certains départements comme la Lozère qui fait face à d’importants dysfonctionnements sur 70 % de son territoire. Des alertes sur la prophylaxie ont aussi été récemment remontées dans l’Ardèche, la Gironde, la Haute-Vienne, en Charente-Maritime, ou encore dans l’Aube. Des accompagnements sont prévus, indique Matthieu Mourou, ainsi que la création de cellules opérationnelles territoriales pour le maillage vétérinaire.
Besoin d’appui pour assurer la prophylaxie
Des décrets sont encore attendus pour certaines innovations et expérimentations comme la contractualisation forfaitaire entre éleveurs et vétérinaires ou la télémédecine. Le vice-président de l’Ordre évoque aussi la mutualisation des services essentiels dans les territoires en situation dégradée. « Il y a un besoin d'appui auprès des vétérinaires sanitaires pour les aider à réaliser cette surveillance programmée », affirme-t-il. S’appuyant sur les crises de la grippe aviaire et de la DNC, où des vétérinaires retraités et l’armée sont venus aider, Matthieu Mourou évoque l’idée d’une « task-force » (ou « brigade d’intervention ») sanitaire. L’objectif serait d’avoir des vétérinaires habilités capables de venir en soutien, notamment pour les éleveurs sans vétérinaires sanitaires.
Lire aussi : Maillage vétérinaire : des initiatives en région