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En Espagne
L'engraissement espagnol en souffrance

L’Espagne reste une destination privilégiée pour le maigre français. Les ateliers d’engraissement ibériques apprécient la génétique française et déplorent la baisse de rentabilité.

Santiago Tarazona, vétérinaire chez Setna, conseille Victor Barragan dans la conduite de l'alimentation des jeunes bovins. "Les élevages espagnols se sont beaucoup professionnalisés."
Santiago Tarazona, vétérinaire chez Setna, conseille Victor Barragan dans la conduite de l'alimentation des jeunes bovins. "Les élevages espagnols se sont beaucoup professionnalisés."
© F. Brethès

De Burgos à Léon, les routes de Castille laissent apparaître des champs de céréales à perte de vue. Une Beauce espagnole! A peine quelques villages sont visibles de temps à autre, avec leurs clochers et leurs stations-services. Au premier abord, toute activité d’élevage semble absente.Pourtant, cette région du Nord-Ouest de la péninsule ibérique abrite la majeure partie du cheptel allaitant espagnol. Elle présente également une importante densité d’ateliers d’engraissement. Nichée dans la bourgade de Laguna Dalga, la « ganadéria los toros » est une structure caractéristique des systèmes engraisseurs espagnols. Félicisimo Barragán et son fils Victor sont à sa tête. « Nous produisons deux types de jeunes bovins: des broutards allaitants et des veaux laitiers, croisés ou non avec des races à viande », explique Victor.


5000 TÊTES PAR AN

En plus de son propre atelier, la structure inclut également la production d’exploitations voisines, auxquelles elle fournit le bétail et l’alimentation, dans une forme d’intégration. Car la famille Baragan dispose aussi d’une activité de fabrication d’aliments, totalement indépendante de l’élevage. Au total, sa production annuelle s’élève à plus de 5000 têtes. Une taille fréquente dans cette région. Baptisés « pasteros », les jeunes bovins de races à viande représentent environ un tiers de la production totale. Mis à l’engraissement entre 200 et 250 kilos, la grande majorité d’entre eux sont importés.Avec environ 40 % des animaux, la France figure parmi les origines les plus représentées, devant l’Allemagne et l’Irlande. « Les broutards français sont reconnus pour leur très bonne qualité. Ils sont très appréciés, mais leur prix est généralement un peu plus élevé », indique l’éleveur. En ce premier semestre 2011, le prix d’achat moyen des broutards de races à viande, rendus exploitation, se situe autour de 1000 euros.

LA LIMOUSINE TRÈS APPRÉCIÉE

Les lots affichent des couleurs de robe variées. Les races Limousine (environ 30 % de l’effectif) et Blonde d’Aquitaine sont majoritaires. La Charolaise est un peu moins présente. Certaines races locales et des croisés assurent le complément. « Nous abattons les animaux relativement jeunes. C’est pourquoi, nous apprécions la Limousine, commente Victor. Elle permet d’obtenir des animaux mieux finis. La Blonde d’Aquitaine est un peu trop tardive… ». Les ateliers espagnols reposent sur des cycles très courts. Engraissés entre quatre et cinq mois, les jeunes bovins sont abattus au-delà de 500 kilos pour les mâles et entre 450 et 500 kilos pour les femelles. Mais ces paramètres sont variables en fonction des races et peuvent évoluer selon la conjoncture. Les ateliers d’engraissement espagnols s’adaptent en permanence à leurs débouchés. « Les Limousins et les races locales sont abattus un peu plus jeunes. Ce qui importe, c’est de produire la viande que demande le marché. Globalement, il est certain que nous abattons les animaux plus tôt qu’en France, avec une viande plus claire », confirme le jeune producteur. En ce printemps, ces animaux sont valorisés entre 3,3 € et 3,9 € par kilo de carcasse, selon le classement. La « ganadéria los toros » dispose d’équipements parfaitement représentatifs du système ibérique.Tous les bâtiments sont organisés avec une aire de couchage paillée couverte, associée à une aire d’exercice non couverte. Découpés en box, ils permettent d’alloter les animaux par groupes homogènes de vingt à trente individus. Des râteliers de distribution du fourrage, des nourrisseurs et des abreuvoirs sont disposés à l’avant de l’aire d’exercice.

RATIONS SÈCHES ET PAILLE

Les jeunes bovins laitiers, croisés ou non, constituent la production majoritaire de l’exploitation. Appelés « mamones », ils sont abattus entre 400 et 450 kilos. La plupart d’entre eux sont issus de vaches prim’holsteins provenant des pays de l’Est, notamment de Roumanie et de Pologne, avec une forte proportion de croisés Blanc Bleu Belge. Les veaux intègrent l’atelier autour de 90 kilos et reçoivent une alimentation lactée durant deux semaines. La phase d’engraissement proprement dite est similaire à celle des jeunes bovins allaitants, c’est-à-dire basée sur l’utilisation de rations sèches. Hormis quelques zones du nord de la péninsule, comme la Galice, où l’ensilage de maïs est courant, l’immense majorité des ateliers espagnols ont recours à une alimentation à base de paille et de concentrés. Santiago Tarazona est vétérinaire pour le fabricant d’aliments Setna, filiale du groupe InVivo. Il est en charge du suivi technique de l’exploitation. « En Espagne, plus de 90 % des élevages utilisent des rations sèches, distribuées à volonté », explique-t-il. La conduite des animaux se rapproche de celle des systèmes hexagonaux. « Durant la dernière décennie, les élevages se sont professionnalisés. Désormais, les producteurs sont très attentifs aux problématiques techniques et affichent des performances respectables », indique Santiago Tarazona. Ce phénomène se vérifie surtout dans le nord du pays. Après leur arrivée, les broutards subissent une phase d’adaptation de deux semaines, durant lesquelles les quantités de concentré sont progressivement augmentées. Ils reçoivent également un traitement anti-parasitaire, puis basculent dans un régime alimentaire à volonté.

Durant la phase d’engraissement, ils affichent des vitesses de croissance comprises entre 1500 et 1700 grammes par jour, pour les mâles, et des indices de consommation proches de 5. « L’acidose est le principal risque dans nos systèmes », annonce le vétérinaire. En fin d’engraissement, les niveaux de consommation se situent entre 8 et 9 kilos de concentré par jour.

RENTABILITÉ EN BERNE

Autant dire que la hausse des cours des matières premières pénalise fortement la rentabilité des ateliers ibériques. D’autant que l’Espagne est fortement tributaire des importations de maïs grain. « Nos rations contiennent entre 25 et 30 % de maïs, indique Santiago. Si la paille est produite localement, nous ne produisons qu’environ 30 % de nos besoins en maïs ». Entre les mois d’août 2010 et mai 2011, les coûts de revient des concentrés utilisés par la famille Barragán ont progressé en moyenne de 80 euros par tonne. « Lorsque l’aliment est cher, on diminue le poids d’abattage, cela permet d’avoir un meilleur indice de consommation », indique Victor. Malgré tout, ce phénomène affecte très sévèrement la production de viande au sein de la péninsule. Des ateliers d’engraissement ont cessé toute activité. La famille Barragán se plaint de l’absence de rentabilité. « En raison du contexte économique, les perspectives ne sont pas bonnes. Aujourd’hui, les prix des aliments sont sur une crête. Si la tendance se confirme, cela va vraiment devenir problématique. »

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