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Pierre Chevalier, Président de la Fédération Nationale Bovine
Le secteur bovin viande est en danger

Pérenniser la production de viande bovine passe par une revalorisation du prix par l’aval et un soutien accru pour les surfaces fourragères.

 

L’année 2012 s’est achevée par une baisse sensible des prix du maigre. Comment analysez vous la situation ?

Après un bel été, il était prévisible que le prix des broutards s’érode un peu en cours d’automne. Mais que les tarifs plongent de plus de 50 centimes en quelques semaines, soit un recul de quelque 200 €/tête alors même que le prix des JB en Italie demeure à un niveau correct, je voudrais que l’on m’explique ! Sur le terrain, les opérateurs ont toujours des arguments pour justifier et amplifier cette baisse : développement du biogaz en Italie, décalage entre l’importance de l’offre automnale française et la demande italienne à cette période, mise en place des délais de paiement à 60 jours en Italie …

Au-delà de la simple loi de l’offre et de la demande, on est en mesure de s’interroger sur la stratégie de certains opérateurs. Attention ! Les effectifs allaitants se sont déjà réduits l’an dernier. Si les prix ne sont pas un peu plus attractifs, il est bien évident que dans toutes les régions intermédiaires, des éleveurs vont continuer à réduire leur cheptel pour donner priorité aux productions végétales.

 

Quelle est votre stratégie pour favoriser une hausse du prix des bovins ?

Il faut d’abord mettre en place une contractualisation avec l’aval à des tarifs rémunérateurs pour les éleveurs en prenant en compte l’évolution des coûts de production et en particulier l’alimentation. Tous les moyens doivent être utilisés pour permettre une hausse des prix, tant pour le maigre que les animaux finis. Nous avons beaucoup oeuvré auprès des pouvoirs publics pour la négociation de certificats sanitaires ouvrant les nouveaux débouchés sur les pays tiers. C’est ce qui a permis d’aboutir à des résultats positifs depuis l’automne 2011. La FNB maintiendra ce cap et nous nous félicitons à ce titre de l’engagement actif de plusieurs entreprises, privées comme coopératives, pour l’export sur pays tiers. Pérenniser l’élevage allaitant et tous les acteurs de la filière passe d’abord par de réelles perspectives économiques pour les producteurs.

 

 

Compte tenu des aléas sanitaires ou diplomatiques, faut-il envisager les pays tiers comme des débouchés ponctuels ou pérennes ?

Pourquoi ces pays se sont tournés vers nos élevages ? Car ils sont confrontés à une raréfaction des disponibilités pour les animaux qu’ils importaient ces dernières années essentiellement d’Amérique Latine où le prix des bovins a beaucoup  progressé. Le bouvillon brésilien est passé de 1,5 €/kilo carcasse en janvier 2007 pour grimper à 3 € pratiquement tout au long de 2011 avant de redescendre à 2,5 € l’automne dernier. L’export vers le pourtour méditerranéen restera une dynamique de fond mais avec d’inévitables irrégularités dans les flux. C’est pour cela qu’il faut continuer à amplifier les actions engagées pour élargir l’éventail de nos débouchés.

Dans le même temps, les experts de la FAO et de l’OCDE s’accordent à dire que la demande mondiale en viande bovine va croître dans les années à venir du fait des hausses de consommation dans les pays en développement. Il y aura des tensions entre l’offre et la demande. Cela semble inévitable.

 

Que vous inspirent les évolutions de revenu annoncées en décembre par le Ministère de l’Agriculture ?

Au prix actuel des céréales, un éleveur du Cantal m’a dit en décembre dernier que même à 50 qx/ha, il était actuellement pour lui plus rentable d’utiliser ses rares parcelles labourables pour produire des céréales et non des fourrages. Quand même sur la planèze du Cantal, à 1000 mètres d’altitude, des hectares sont mieux valorisés par le grain que par les prairies temporaires destinées à nourrir des bovins, il y a quand même de quoi s’interroger !

Bien des indicateurs laissent à penser que cette tendance s’inscrit dans la durée. Certains opérateurs français du commerce du grain commencent à contractualiser la moisson  2015 à 220 € la tonne ! Dans ces conditions, si la rentabilité des  élevages de ruminants ne s’améliore pas, les surfaces en céréales ou oléagineux continueront à progresser aux dépend des prairies dans la plupart des zones intermédiaires.

 

 

La prochaine PAC devra donc poursuivre la réorientation des aides initiée en 2008 ?

 

Pour la prochaine PAC, il faudra d’abord obtenir le maintien d’une aide couplée de 200 € par tête bénéficiant à l’ensemble des vaches allaitantes présentes sur le territoire. Il faut une revalorisation des DPU pour les hectares de surface fourragère (prairies permanentes, temporaires, maïs fourrage,…) en procédant pour cela à un rééquilibrage avec les zones céréalières les plus favorisées. De toute façon, si on ne procède pas à cette réorientation des aides au profit des secteurs agricoles actuellement les moins favorisés par la conjoncture, on va faire exploser le système. Il ne sera tout simplement pas tenable aux yeux de l’opinion publique alors même que le contexte économique est difficile pour la plupart de nos concitoyens.

Il en va aussi de la pérennité du secteur bovin viande qui est véritablement en danger. Il y a actuellement plus de 50% des chefs d’exploitation de ce secteur qui ont plus de 50 ans. Il est urgent et indispensable de donner de vraies perspectives de revenu aux jeunes si on veut les inciter à s’installer.

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