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Prairies naturelles et temporaires
Le pâturage hivernal permet d'économiser des stocks

Allonger le pâturage en fin d’automne, sortir les animaux plus tôtau printemps, voire prolonger en plein hiver le pâturage permetde valoriser une herbe de qualité non négligeable.

En situation de manque de stocks, comme beaucoup d’élevages peuvent l’être cette année, il est certainement judicieux de faire pâturer des prairies naturelles ou temporaires en hiver, quand elles sont en période de croissance faible ou nulle. «Pour des catégories d’animaux à besoins modestes comme les génisses de deuxième année et les vaches taries, il n’y a pas de risque dans la mesure où un apport de fourrage grossier est maintenu»,estiment Jean-Pierre Farrié de l’Institut de l’élevage et Julien Renon de la chambre d’agriculture de Saône-et-Loire.

Quand il n’y a pas ou très peu de croissance, cette herbe est essentiellement constituée de stocks sur pied. «Leur valeur alimentaire n’est pas très bien connue et surtout elle varie beaucoup selon la hauteur d’herbe et la qualité du stock accumulé, préviennent les ingénieurs. Mais leur intérêt est bien réel. » Une pousse modeste et irrégulière, mais non négligeable, peut aussi être observée à différentes périodes au cours de l’hiver dans de nombreuses régions. Et il est probable qu’avec le changement climatique, cette opportunité de pâturage sera de plus en plus importante. Par exemple,une croissance de un centimètre de hauteur d’herbe peut représenter 200 à 300 kg MS par hectare. Il est dommage de laisser perdre ce fourrage...


Pour le valoriser, le pâturage peut être prolongé sur le début de l’hiver et/ou la mise à l’herbe peut être avançée en deçà des pratiques locales habituelles. Il est aussi possible dans certaines conditions de maintenir les animaux au pâturage tout le long de l’hiver,mais es références pour maîtriser ce type de pratiques avec des bovins sont peu nombreuses et doivent être complétées.

Faire pâturer plus bas en hiver

Un certain nombre de points peuvent cependant déjà être précisés.«Pour être appétente, il faut que l’herbe d’hiver soit d’aspect vert.Pour l’instant et en l’absence de références, nous conseillons de ne pas trop stocker d’herbe sur pied qui se dégraderait au cours de l’hiver, indique Éric Pottier de l’Institut de l’élevage. Avec ce préalable, allonger la période de pâturage en hiver revient à descendre plus bas que d’habitude, mais sans passer en dessous de trois à quatre centimètres de hauteur d’herbe pour les bovins.»

Plusieurs essais,conduits de 1996 à très récemment, ont montré que le pâturage d’hiver d’une prairie a peu de conséquences sur la production d’herbe de l’année suivante. «Pour une prairie destinée à une récolte en foin, une compensation s’opère si les conditions climatiques du prin- temps sont normales. Pour une prairie destinée au pâturage, la production considérée sur l’année entière est équivalente qu’elle ait été pâturée ou non en hiver, et ce quelle que soit la période d’utilisation en hiver», résume Éric Pottier. En particulier, un essai a montré qu’un pâturage de fin d’hiver (fin février ou début mars par exemple en Limousin) n’a pas plus d’effet dépressif qu’un pâturage réalisé plus tôt dans l’hiver.

«En élevage bovin, le point essentiel est de respecter la portance des sols.Le pâturage hivernal des prairies humides est à proscrire, mais beaucoup de types de parcelles peuvent se prêter à cette pratique», explique Éric Pottier.Les prairies naturelles ont globalement une assez bonne capacité à porter en hiver.

Le spécialiste conseille de prévoir un pâturage tournant lent, avec un chargement d’environ 1 UGB par hectare. Un seul passage par parcelle pendant la période de pousse faible ou nulle, et un temps de séjour de huit à quinze jours maximum. La sortie des animaux devant intervenir à trois ou quatre centimètres de hauteur d’herbe.Il est aussi possible de faire pâturer en continu à très faible chargement.

Faible chargement et un seul passage

«Une enquête pluriannuelle réalisée dans les années 90 a montré que la dégradation des sols est une notion assez subjec- tive. Chaque éleveur a en quelque sorte son propre niveau de tolérance, son référentiel, par rapport à la dégradation des parcelles», remarque Éric Pottier. Plusieurs travaux conduits en Pays de la Loire ou en Limousin ont montré qu’en fait,les risques de dégra- dation des prairies sont limités. De façon quasi générale,la distribution de foin ou de paille en râtelier est maintenue durant la période. Certains éleveurs déplacent les râteliers tous les jours, d’autres préfèrent sacrifier une zone pour l’affourragement. «Il n’y a pas trop de différence d’impact sur les prairies entre ces pratiques.

Sur des terrains portants une pression au pâturage de 50 à 150 UGBxjours par hectare, ce qui représente par exemple une à trois vaches par hectare pendant cinquante jours sur l’ensemble de l’hiver permet de ne pas impacter trop fortement le sol. Il faut mettre à la disposition des animaux un peu de fourrage, des pierres à lécher et de l’eau. «Les bovins boivent beaucoup quand il fait froid car leur métabolisme s’accélère », remarque Éric Pottier.

Une solution de logement de repli est aussi à prévoir pour mettre les animaux à l’abri en cas de longue période de pluie ou de neige.

Essais en cours

Une technique qui fonctionne

Les essais de pâturage hivernal conduits actuellement à l’Inra de Laqueuille (Puy-de-Dôme), à la ferme expérimentale de Jalogny (Sâone-et-Loire) et au lycée des Vaseix (Haute-Vienne) avec l'Institut de l'Elevage montrent d’ores et déjà que la technique, associée à un parc d’hivernage stabilisé, fonctionne. Des résultats sur le niveau des performances, la santé, le bien-être des animaux et sur l’aspectenvironnemental de la technique serontpubliés en 2013. Le pâturage hivernal permet de réduire les besoins en stocks fourragers, d’économiser de la paille de litière, mais aussi de gagner du temps de travail (moins d’aliments à distribuer, moins de fumier à racler età épandre).

En contre- partie, il faut prévoir du temps pour conduire le pâturage des animaux : cette pratique exige de la surveillance par tous les temps en extérieur (abreuvement hors gel, affourragement), ainsi que de bonne clôtures. Il faut aussi tolérer une moins bonne connaissance des niveaux d'alimentation qu'en stabulation.

Les chargements recommandés restent à préciser. Mais il ne sera en général possible de mettre en œuvre cette pratique que pour une partie du troupeau, selon les surfaces etla nature des sols dont on dispose. Un programme de recherches est également conduit sur la capacité des différentes espèces fourragères à se maintenir sur pied en hiver tantsur le plan quantitatif que qualitatif.

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