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Le « fumier plaquette » équivaut au « fumier pailleux »

Le fumier de litières plaquette a des valeurs fertilisantes proches d’un fumier pailleux. Épandu sur prairies, les plaquettes se fondent rapidement sous la végétation.

La litière plaquette devient rapidement noire. Cette couleur rebute même si pour autant les animaux restent propres ce qui est visible avec les Charolais utilisés pour l’expérimentation ici en fin d’engraissement. © F. d'Alteroche
La litière plaquette devient rapidement noire. Cette couleur rebute même si pour autant les animaux restent propres ce qui est visible avec les Charolais utilisés pour l’expérimentation ici en fin d’engraissement.
© F. d'Alteroche

L’utilisation de plaquettes de bois aussi appelées plaquettes forestières donne de bons résultats pour la confection de litières pour bovins. Elles permettent de les substituer pour partie ou en totalité à de la paille de céréales. Ce procédé est d’autant plus intéressant en année sèche, quand la paille atteint des tarifs déraisonnables et qu’il y a abondance de bois disponible dans les bordures de parcelles. Ces litières plaquettes ont été testées à de multiples reprises avec différentes catégories de bovins et ont fait leurs preuves. Il est cependant nécessaire d’utiliser des plaquettes suffisamment sèches (plus de 75 % de MS) donc confectionnées bien en amont de leur utilisation, dans les délais préconisés par les promoteurs de cette technique. Idéalement coupe du bois en hiver, déchiquetage en cours de printemps, puis séchage en tas en été par exemple sous un hangar ou une stabulation pour avoir des plaquettes sèches à l’entrée de l’hiver.

Quand ces conditions sont respectées, les utilisateurs de ce sous-produit issu de la valorisation des haies ou des forêts sont rarement déçus. « Les craintes concernent davantage le fumier qui en résulte », précise Pascale Faure, responsable de l’équipe fourrage à la chambre d’agriculture du Puy-de-Dôme. La présence des plaquettes dans le fumier est-elle pénalisante ? Comment et dans quels délais vont-elles disparaître de la surface du sol ? Quelle est la valeur fertilisante de ce fumier ? Son utilisation est-elle en mesure de se traduire par des rendements similaires à un fumier pailleux ?

Fumier « plaquettes » et fumier « pailleux »

C’est pour répondre à ces questions qu’un essai vient d’être réalisé sur une prairie de l’Inra de Saint-Gènes-Champanelle dans le Puy-de-Dôme. Le fumier provenait de plusieurs cases de taurillons de la ferme de l’Inra, engraissés au cours de l’hiver 2017-2018. Pour les besoins d’une expérimentation relative au mode de rationnement, certains lots ne devaient pas pouvoir consommer de paille de litière. Ils avaient de ce fait été logés sur litière 100 % plaquettes tout au long de leur finition, avec en parallèle un lot témoin logé sur une litière 100 % paillée.

« Classiquement dans les élevages utilisant des plaquettes, ces dernières sont utilisées en association avec de la paille. Le plus souvent les éleveurs mettent une sous-couche d’environ 10 centimètres de plaquettes avant de rentrer les animaux puis rajoutent régulièrement de la paille ou une succession plaquettes puis paille de façon à réaliser une litière 'sandwich'". Le fait de pouvoir disposer de fumier issu de litière 100 % plaquettes était donc l’idéal pour faire une analyse comparée. En dehors de la possibilité de consommer de la paille de litière pour un des lots, l’alimentation des taurillons était en revanche identique.

Pour une des cases, les plaquettes utilisées étaient de petite dimension (30/50 mm) et pour l’autre de plus gros calibre (50/80 mm). Il s’agissait de plaquettes achetées, provenant majoritairement de feuillues sans connaître précisément la nature et la proportion de chaque essence. Les cases ont été curées en fin de printemps. Les fumiers sont ensuite restés à l’extérieur en tas tout au long de l’été et une partie de l’automne. Période au cours de laquelle, ils ont eu le temps d’évoluer. « Visuellement, le fumier plaquette ressemblait à du compost avec en particulier l’absence de jus et d’odeur. La température mesurée dans le tas est montée à 72 °C en avril dans les jours qui ont suivi le curage, ce qui est intéressant pour l’hygiénisation de l’effluent », précise Pascale Faure.

Épandu sur une prairie à 850 m d’altitude

Les trois catégories de fumier (pailleux, plaquette petit calibre et plaquette gros calibre) ont ensuite été épandues en novembre 2018 sur une même prairie en trois bandes parallèles de 25 m de large avec à chaque fois 10 tonnes/ha complétées par une bande témoin sur laquelle il n’y a eu aucun apport de fumure organique. La parcelle support est une belle prairie de fauche située sur le site de l’Inra de Saint-Gènes-Champanelle à un peu plus de 800 mètres d’altitude sur sols volcaniques profonds à bon potentiel.

Un apport d’azote (30 unités/ha) a été réalisé en fin d’hiver sur l’ensemble de la parcelle. Côté valeur fertilisante, les analyses réalisées après prélèvement sur la fumière en septembre 2018 font état d’une valeur fertilisante assez proche (voir tableau).

Des zones témoins ont été déterminées puis régulièrement photographiées pour analyser au fil des mois comment la matière organique est « avalée » par la végétation et le travail des vers de terre. « Les plaquettes se sont bien dégradées malgré une année peu pluvieuse, et surtout sans neige ou presque. Les plaquettes de grande taille mettent malgré tout davantage de temps pour disparaître. Précisons que le sol de la parcelle est profond, bien pourvu en vers de terre, et avec un C/N reflétant un bon fonctionnement microbien. Il est donc favorable à cette dégradation. Il serait intéressant de voir le comportement de ce type d’effluents sur des sols plus superficiels. » Il est donc évidemment préférable d’utiliser des plaquettes de petit calibre pour confectionner une litière.

Après un début de printemps globalement froid et sec, assez peu favorable à la pousse de la végétation, la prairie a ensuite été ensilée fin mai. Le rendement avait au préalable été mesuré en prélevant des placettes de dimension similaire avec une mini-tondeuse. Le rendement mesuré est de 4,21 TMS/ha sur la bande fertilisée avec le fumier paille, 3,4 TMS/ha sur la bande sans fumier, 4,6 TMS/ha pour la bande « fumier grosse plaquette » et 5,3 TMS/ha pour la bande « fumier petite plaquette ». « La production d’herbe a été satisfaisante sur toutes les bandes épandues. Sur ce type de prairie, le fumier de plaquettes, petites ou grandes, a été aussi efficace que le fumier de paille », en déduit Pascale Faure.

Les rendements sur la bande fertilisée avec le fumier petite plaquette sont légèrement supérieurs. La bande concernée est aussi une zone de la parcelle légèrement plus favorable où la pousse est classiquement un peu plus fournie.

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