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La production bovine française face à la croissance du marché mondial

Concurrence internationale, nouvelle PAC,
arrêt des quotas laitiers… vont être autant de défis
à relever pour la France si elle veut répondre elle aussi
à la demande mondiale croissante en viande bovine.

« La demande mondiale en viande bovine est toujours forte avec une demande dynamique dans les pays émergents. Les prix devraient rester élevés. Pour autant, la production française va probablement avoir du mal à suivre… », annonçait d’entrée de jeu Fabien Champion, du service Économie des filières de l’Institut de l’Élevage, lors des journées d’information sur la filière bovine, organisées par Coop de France, le 3 juillet dernier. Entre la forte concurrence internationale sur le marché intérieur, la hausse durable du prix de l’alimentation animale, la pénalisation de l’engraissement par la nouvelle PAC, la baisse de consommation de viande bovine en Europe consécutive à la crise économique ou encore l’arrêt des quotas laitiers en 2015, la France n’est pas la mieux placée pour se positionner sur les marchés mondiaux. « Ce ne sera pas évident ! », affirmait-il. Pourtant, cette hausse de la demande mondiale reste « une vraie opportunité ». À l’échelle de la planète, la consommation mondiale devrait passer de 6,6 kg équivalent carcasse (kgeC) par habitant à 6,8 kg en 2022. En neuf ans, cela représente une hausse d’environ 0,5 kgeC par habitant dans les pays en développement et les pays les moins avancés. « Le développement des classes moyennes et la démographie expliquent cette prévision de hausse de la consommation, avec une tendance au maintien des prix mondiaux à de hauts niveaux », continue Fabien Champion.

Des importations massives à bas prix

Face à des pays comme le Brésil ou les États-Unis où les coûts de production sont très bas, la France va peiner à rester concurrentielle. « Les systèmes brésiliens produisent beaucoup et à bas prix. Ils ont tout l’espace nécessaire. Par contre, ils restent très dépendants des conditions climatiques. Dès qu’ils décapitalisent, les prix mondiaux chutent. Aux États-Unis avec les feed-lots, la production est également très optimisée. En Europe, les coûts de production sont très élevés dans un contexte de réglementations contraignantes. Comment saisir des marchés à l’export, sachant que la production française sera plus chère ? », s’interroge-t-il.
Pour lui, il s’agira de faire jouer « une compétitivité coût » comme le transport d’animaux vivants sur le pourtour méditerranéen et « une compétitivité hors coût » comme le facteur sanitaire où la France est reconnue pour son savoir-faire. Il rappelle également que les Uruguayens ont reculé sur le marché turc car la qualité de leurs broutards n’était pas au rendez-vous. Dans tous les cas, le marché européen restera la destination privilégiée de bien des pays exportateurs, favorisant de ce fait des prix bas en accroissant la concurrence sur le marché intérieur. En 2013, les prix à l’import ont baissé de 11 % sur les viandes fraîches par rapport à 2012, un phénomène qui se poursuit en 2014.
« Le seul facteur qui limite les importations européennes, ce sont les barrières tarifaires », rappelle Fabien Champion qui souligne qu’un accord de libre-échange avec les États-Unis serait une catastrophe. Un accès sans droits de douane de 65 000 tonnes équivalent carcasse pour le Canada a déjà été négocié. Avec les États-Unis et le Mercosur, « les négociations sont toujours en cours pour un contingent largement supérieur à celui du Canada », précise-t-il. Un contingent de 12 000 tonnes a été négocié avec l’Ukraine, « mais elle ne pourra pas le remplir à moyen terme pour des raisons sanitaires ». Les exportations du Japon ou de l’Asie du Sud-Est vers l’Europe resteront marginales et concerneront surtout des marchés de niche. Quant à l’Inde, « toute exportation vers l’UE restera impossible pour des raisons sanitaires ». Côté exportation, « les marchés restent des marchés d’opportunités, très volatils comme celui de l’Algérie ».

Une arrivée à prévoir d’animaux sur le marché

Par ailleurs, la fin prochaine des quotas se traduit par une progression du cheptel laitier en France et dans d’autres pays de l’Union Européenne. Cela génère une hausse du nombre de veaux mâles, pour l’instant à l’engraissement, mais qui arriveront tôt ou tard sur le marché. « L’Union européenne avait exporté beaucoup de veaux laitiers les années précédentes », fait remarquer Fabien Champion. Or, la crise tend à réduire les niveaux de consommation de viande bovine en Europe : -4,5 % en France et au Royaume-Uni, -16 % en Grèce et en Italie, -8 % en Espagne, -1 % en Allemagne pour l’année 2013 par rapport à la période 2009 à 2011. Cela s’accompagne d’une descente en gamme du niveau qualitatif de la demande (plus de haché) accentuée par le phénomène de substitution avec des viandes d’autres espèces (porc, poulet). « En Allemagne, la vache est moins chère que le jeune bovin mais plus chère que le porc », observe Fabien Champion. Mâle ou femelle, la demande en viande bovine « décroche ». Actuellement, « ce qui nous sauve un peu, c’est le manque de femelles sur le marché européen. Environ 10 % de moins ont été abattues en 2013 par rapport à 2011 », analyse Fabien Champion. De plus, les éleveurs laitiers gardent leurs femelles (+1 % par an d’augmentation du cheptel laitier européen) du fait de la fin des quotas. Il faut donc s’attendre, en cas de retournement de conjoncture sur les marchés laitiers, à une hausse des disponibilités en laitières de réforme sur le marché français avec un inévitable impact sur les prix… Et ce d’autant plus qu’en France, dans le secteur allaitant, les éleveurs ont gardé leurs animaux dans l’attente des arbitrages PAC, une rétention qui perdure grâce à un été globalement favorable aux conditions de pâturage.

Du lait ou de l’engraissement ?

En outre la nouvelle PAC ne favorise pas l’engraissement. « En Italie, la restructuration des ateliers d’engraissement va s’accélérer. Ce sera la fin des petites unités opportunistes et le développement des ateliers de pointe associées à de la méthanisation… », commente Fabien Champion. En France, 53 % de la production de gros bovins est issue des exploitations laitières mixtes. Quelle sera la pérennité de cette production dans ce type d’élevage face à des surfaces herbagères non extensibles, un prix de l’aliment élevé et une bonne ambiance laitière. « Je développe le lait ou je conserve mon atelier d’engraissement ? », s’interrogent bien des éleveurs qui associent lait et taurillons. Pour Fabien Champion, l’autonomie alimentaire et la technicité des élevages feront la différence en termes de revenu et de pérennité des ateliers. Entre 2010 et 2013, l’écart de revenu entre les bons et les moins bons élevages s’est accrue du fait d’un différentiel de technicité. Cette dernière reste par conséquent un levier de compétitivité. La contractualisation pour la production de jeunes bovins doit aussi être une piste de réflexion, avec l’impérieuse nécessité de continuer à adapter l’offre à la demande (carcasses plus légères…).

Fabien Champion, de l’Institut de l’élevage :

« Savoir si la France retrouvera des parts de marché en Italie, en Grèce ou en Espagne reste une question délicate. »

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