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La gestion de l'herbe est un plus économique

Avant de faire pousser plus d’herbe, il faut d’abord bien utiliser celle qui est disponible. Évident ? Pas tant que cela à en croire les chercheurs de l’Inra de Toulouse qui travaillent sur la valorisation des prairies diversifiées.

L’herbe enfin traitée avec équité ! Le bilan de santé de la PAC rééquilibre les soutiens en faveur des systèmes herbagers avec l’instauration d’un DPU spécifique. Mais, au-delà du renforcement des aides, n’y a-t-il pas aussi de l’argent à gagner en tirant mieux parti des surfaces herbagères ? Faut-il le rappeler, l’herbe pâturée est le moyen le plus économique de produire des kilos de viande, à condition qu’elle soit de bonne qualité. Et, c’est bien là où les choses se compliquent.Valoriser l’herbe tout au long du printemps au stade le plus profitable pour les animaux n’est pas toujours simple. Les printemps se suivent, mais ne se ressemblent pas. Si, parfois, on peut se retrouver à court d’herbe, plus souvent, le risque est de se faire déborder par la pousse. La valeur alimentaire de l’herbe se dégrade alors très vite, les broutards deviennent plus assidus au nourrisseur et le girobroyeur est de sortie. Pourtant, de l’herbe, il en reste souvent beaucoup dans les prés, gaspillée. De « 30 à 80 % », a mesuré Jean- Pierre Theau, chercheur à l’Inra de Toulouse et spécialiste de la prairie permanente. « Le taux d’utilisation de l’herbe est extrêmement variable selon la pression animale. Avant de se dire : ‘il faut produire plus », il vaut mieux se demander si ce qui a été produit est utilisé. Ce n’est pas la peine de fertiliser si on laisse 50 % de l’herbe dans le pré. Les marges de progrès sur la quantité et la qualité de l’herbe récoltée sont au moins aussi importantes et moins onéreuses que sur la production », affirmait-il lors d’une récente journée technique organisée par la chambre d’agriculture de l’Aveyron. Plus intéressant encore, il a montré dans un essai réalisé dans les Pyrénées que le simple fait de réaliser un déprimage avant la fauche, sans rajouter d’engrais, permettait d’augmenter la quantité d’herbe produite de 17 %, lorsque le printemps est poussant. « Rien que par le simple jeu des pratiques, en essayant de mieux raisonner l’utilisation de ce qui est produit, on arrive à changer la production d’une prairie et c’est complètement gratuit. »

ALLER AU BON MOMENT SUR LA BONNE PARCELLE

La gestion des prairies permanentes a longtemps été le parent pauvre de la technique. Il existe des méthodes et des logiciels utilisables avec des prairies de composition simple (ray-grass, trèfle blanc) et dans des régions où la pousse de l’herbe est régulière, notamment dans l’Ouest. « Dès qu’on essaie d’utiliser ces outils dans d’autres régions, on se heurte au fait que les prairies sont très diversifiées », explique Jean-Pierre Theau. L’équipe prairies de l’Inra de Toulouse, dirigée par Michel Duru, s’est attaqué au problème de ces prairies diversifiées depuis de longues années et a mis au point des outils pour caractériser d’une part leur potentiel de production et d’autre part les pratiques fourragères des éleveurs. « Le rendement d’une prairie est surtout lié à la fertilité et non aux espèces présentes, c’est-à-dire à ce qu’elles vont trouver à manger dans le sol », rappelle le chercheur. Pour évaluer l’état nutritionnel d’une prairie, Claire Jouany de l’Inra a développé un outil aujourd’hui largement utilisé : les indices de nutrition des plantes. Mais, il y a un autre élément important et insuffisamment pris en compte selon Jean-Pierre Theau: « la saisonnalité. Le moment où on va exploiter l’herbe conditionne la quantité récoltée mais surtout la qualité de cette herbe. Or, les stades d’une prairie sont complètement liés aux espèces qui la composent et pas du tout à la fertilité. » A partir de ce constat, Pablo Cruz, qui appartientà la même équipe toulousaine, a bâti une méthode de classification des graminées pérennes aboutissant à quatre grands types (A, B, C, D) qui se singularisent notamment par des précocités différentes. Entre des prairies précoces (de types A et B) et des prairies tardives (types C et D), les stades peuvent être décalés de 20 à 30 jours. Des relevés botaniques réalisés dans la zone Aubrac (Aveyron) ont ainsi montré que certaines exploitations avaient 50 % de prairies précoces alors que d’autres, soumises aux mêmes conditions pédo-climatiques, avaient 90 % de prairies tardives. La diversité des prairies peut être aussi grande dans une même exploitation, ce qui peut s’avérer très intéressant pour leur valorisation. Pour Jean- Pierre Theau, connaître les caractéristiques agronomiques des prairies est indispensable pour pouvoir « aller au bon moment sur la bonne parcelle en fonction des graminées dominantes ».

FAIRE PÂTURER RAS POUR AVOIR DES REPOUSSES

Bien gérer l’herbe suppose de prendre les bonnes décisions au bon moment selon les conditions climatiques de l’année : date de mise à l’herbe, fin du déprimage, changement des animaux de parcelle, soustraction d’un parc pour la fauche… L’Inra de Toulouse a travaillé sur deux outils qui, associés à la typologie des prairies, donnent des repères facilitant ces prises de décisions : les hauteurs d’herbe et les sommes de températures. Deux outils qui répondent aux deux façons de gaspiller de l’herbe. L’une, bien connue, c’est de laisser des refus après la sortie des animaux. Pour avoir des repousses de qualité, il est indispensable de faire pâturer ras : il ne devrait pas rester plus de 5 à 6 centimètres d’herbe lorsque les animaux sortent d’une parcelle. Dix centimètres d’herbe résiduelle (4 cm de trop), ce sont 400 à 800 kilos de matière sèche gaspillés à l’hectare, soit environ 40 rations disponibles non utilisées. Les hauteurs d’herbe peuvent être mesurées à l’herbomètre, mais généralement les éleveurs se font leurs propres repères, avec la botte ou tout simplement à l’oeil. L’autre façon de perdre de l’herbe est moins visible. Il faut aller voir ce qui se passe sous le tapis vert pour découvrir que les premières feuilles qui ont poussé sont en train de se dessécher alors que la plante est encore en plein développement. Ce sont les pertes par vieillissement (la sénescence). Pour ne pas perdre ces feuilles, « il faut que les animaux entrent dans la parcelle avant que leprocessus de sénescence n’ait commencé », poursuit le chercheur. Or, chaque graminée a sa propre horloge interne. L’Inra a développé la méthode des sommes de températures qui permet de déterminer, pour chacun des types de graminées (A, B, C, D), les dates des différents stades de développement (épi à 10 cm, épiaison, floraison) en fonction du cumul quotidien des moyennes des températures à partir du 1er février (en degrés jour). Selon les graminées dominantes, la date d’exploitation optimale des prairies ne sera pas la même, tout comme elle variera d’une année à l’autre en fonction du cumul quotidien des températures. Cela, tous les éleveurs le savent intuitivement, mais l’intérêt de ces outils est de donner des repères précis.

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