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La filière bovine en quête d’une stratégie pour conquérir les nouveaux marchés

Colloque Interbev. Comment dépasser l’effet d’aubaine de certains marchés sur pays tiers pour structurer des relations commerciales sur la durée ? C’est le grand chantier qui attend la filière bovine.

Joseph Daul, député européen.
« La filière doit s’organiser 
pour reconquérir nos marchés 
sur le grand bassin européen. »
Joseph Daul, député européen.
« La filière doit s’organiser
pour reconquérir nos marchés
sur le grand bassin européen. »
© F. d'Alteroche

Il y a deux ans, dans le même cadre du Sommet de l’élevage, Interbev intitulait son colloque annuel : « L’export : une stratégie et non une opportunité ». Nous étions en pleine euphorie de l’ouverture du marché turc. Cette année, le propos était moins affirmatif. « Au-delà des marchés historiques, quels débouchés pour les broutards français ? », se sont interrogés les responsables de la filière et opérateurs commerciaux. La Turquie n’est plus là et les marchés des pays tiers paraissent toujours aussi insaisissables, quand bien même on pressent qu’ils recèlent un potentiel immense. Entre-temps aussi, l’aval a été fortement secoué par la pénurie d’animaux liée à l’accroissement des exportations, mais également à la baisse du cheptel. Si les constats sont relativement aisés à établir, les stratégies sont beaucoup plus complexes à imaginer. Le colloque a amené peu d’éléments nouveaux. Dominique Langlois, président d’Interbev, a néanmoins engagé l’interprofession à travailler à « un plan stratégique qui nous permette de relever les défis de demain ».
En préambule, Joseph Daul, député européen, s’est alarmé de ne voir « passer par Bruxelles aucun dossier viande » en provenance de la France, alors que d’autres filières et pays se préparent, avec l’aide de l’Europe, à investir les nouveaux marchés. « La filière doit s’organiser pour reconquérir nos marchés sur le grand bassin méditerranéen, ce qui veut dire, pour les producteurs, produire pour un marché, et pour les entreprises, faire des contrats à moyen et long terme. Il y a là un grand marché de proximité, j’espère qu’il sera pour les Européens », a-t-il martelé.


Les engraisseurs italiens affectés par la réforme de la PAC


Pourquoi la question des débouchés ? La France, grande consommatrice de viande de femelles, exporte plus de 30 % des veaux nés du cheptel allaitant : 85 % sont destinés à l’Italie. Mais, les volumes importés par nos voisins italiens ne cessent de diminuer (- 8 % sur les sept premiers mois de 2013). L’engraissement de jeunes bovins a reculé de 20 % depuis cinq ans. Tout a déjà été dit sur les causes de ce marasme italien. Mais, la réforme de la PAC, en l’occurrence la convergence des aides, pourrait être un nouvel élément déstabilisant pour les engraisseurs italiens. Les montants de leurs DPU (souvent de l’ordre de 800 à 900 €/ha) sont nettement supérieurs à la moyenne nationale (250 €). Les discussions sur les modalités d’application de la PAC ont démarré, mais sont encore peu avancées. L’Italie a également réduit ses importations de viande. À court terme, aucun rebond de la consommation n’est attendu. La péninsule italienne restera malgré tout le grand débouché des animaux et de la viande française. « On ne va pas gommer un marché de 40 ans, a dit Philippe Dumas, président du groupe Sicarev. Nous devons être capables d’améliorer encore les relations entre nos deux pays. » Mais, on n’y exportera plus jamais un million de têtes par an.
La France est aujourd’hui devant une alternative. Comme l’a posée Marc Feunteun, directeur export chez SVA - Jean Rozé : adopter soit « une stratégie au fil de l’eau », soit « une stratégie offensive ». Dans le premier cas, le cheptel se réduira au fur et à mesure de l’érosion des marchés traditionnels et la France sera de plus en plus importatrice nette. Dans l’autre, il s’agit de savoir saisir les nouvelles opportunités de marché. À ses yeux, la France, outre la qualité de ses productions, a un atout majeur, la fraîcheur : « Des villes comme Moscou, Ankara, Alger, Tunis, Meknès sont à cinq jours de camion. On peut livrer des bouchers à ces distances avec des carcasses fraîches de races allaitantes sur lesquelles on a peu de concurrents. » À dix jours de camion, on peut atteindre, avec de la viande sous vide, Téhéran, Le Caire, Tripoli…
D’ici dix ans, il faudra trouver l’équivalent de la production brésilienne actuelle pour satisfaire la demande croissante des pays émergents, a chiffré Philippe Chotteau de l’Institut de l’élevage. Sur l’ensemble du bassin méditerranéen et le Proche-Orient, les importations sont en expansion. Dans la plupart de ces pays, hormis l’Egypte, « la demande est prévue en forte hausse ». Mais, la concurrence s’annonce rude. Les importations de bétail vif — broutards et animaux finis — devraient également se pérenniser. Un marché qui sera moins concurrencé où la France peut occuper « une place prépondérante ».

« Construire une filière européenne »


La concurrence internationale devrait inciter à « choisir des marchés prioritaires » et construire « une stratégie partagée » pour les conquérir, prévient-il. « Nous devons dépasser nos corporatismes pour élaborer tous ensemble, producteurs, commerçants, coopératives, industriels, un véritable plan stratégique et travailler avec les pays européens qui sont dans le même contexte que nous, pour construire une filière européenne qui se tournera vers les marchés extérieurs », a lancé Pierre Chevalier, président de la FNB. « Nous devons structurer les nouveaux marchés comme nous avons été capables de le faire pour la filière italienne », a applaudi Philippe Dumas.
Mais, ce qui préoccupe aujourd’hui tous les acteurs de la filière, c’est la décroissance de la production française. Sans production, pas de commerce. Qu’est-ce qui pourrait remotiver les producteurs ? La nouvelle PAC ? La conquête de ces nouveaux marchés, qui redonnerait de la vigueur aux prix à la production ? Davantage de visibilité sur l’avenir de leur métier ? Une dernière question qui ne pourra rester sans réponse.

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