Aller au contenu principal

La conséquence d’un déficit énergétique en fin de gestation

Cette vache âgée a perdu beaucoup d’état en fin de gestation. Elle souffre d’une pathologie classique en élevage ovin mais moins fréquente en élevage bovin allaitant.

Le lecteur de glycémie donne directement les résultats dans la pâture.  © B. Gavage
Le lecteur de glycémie donne directement les résultats dans la pâture.
© B. Gavage

Un éleveur de Limousines contacte la clinique pour « une vieille vache qui ne se lève plus ». Nous nous rendons au chevet de l’animal. L’éleveur nous explique que cette vache a presque 15 ans, qu’elle est gestante, à terme très prochainement. Elle n’a pas d’antécédent particulier. L’éleveur nous indique que depuis quelques semaines, elle a perdu de l’état. « Elle a sûrement un gros veau ». nous dit son propriétaire.

Lorsque nous examinons l’animal couché en prairie, sa note d’état corporel est effectivement trop faible pour une vache proche du terme. L’examen clinique est quasi normal : pas de température, auscultation cardio-respiratoire normale. L’examen du pis ne révèle pas de mammite. Lors de la fouille par voie vaginale, le col est fermé et encore ferme ; le vêlage n’est pas pour les prochaines heures. Les matières fécales sont assez sèches. L’éleveur nous indique alors « elle ne veut rien manger et à peine boire ». Sur place, nous mesurons son taux de sucre dans le sang (glycémie) et son taux de corps cétonique sanguin (acétonémie). La glycémie est extrêmement faible (hypoglycémie, l’appareil indique « LO » pour « low », qui signifie bas en anglais) ; alors que l’acétonémie est trop élevée. Le diagnostic est posé. Cette vache souffre d’une toxémie de gestation.

Besoins alimentaires croissants mais capacité d’ingestion réduite

Cette pathologie est bien connue des éleveurs de brebis. Elle est due à un déficit énergétique en fin de gestation. Lors du dernier mois, la croissance du fœtus est très importante. Cela demande beaucoup d’énergie à la vache, mais son rumen et donc sa capacité d’ingestion diminue avec la croissance du fœtus. Ce phénomène est encore plus important si le fœtus est un très gros veau ou si la gestation est gémellaire, car l’utérus prend beaucoup de place dans l’abdomen au détriment du rumen. Au final, l’alimentation de la vache ne permet plus de couvrir plus sa dépense énergétique. Un déficit s’installe. Pour y faire face, la vache puise dans ses réserves lipidiques. Elle maigrit. La lipomobilisation excessive conduit à la libération massive d’acides gras qui sont à l’origine de la formation de corps cétoniques.

Le pronostic est engagé pour la vache comme pour le(s) fœtus. Pour les sauver, nous décidons de déclencher le vêlage et convenons de faire directement une césarienne le lendemain. Nous instaurons également un traitement symptomatique (drenchage, perfusion, anti-inflammatoire). La vache était gestante de jumeaux.

Toute vache qui maigrit en fin de gestation doit être examinée. Nous observons régulièrement des toxémies de gestation sur des vaches allaitantes âgées, souvent elles ont déjà eu une gestation gémellaire dans leur carrière et attendent à nouveau des jumeaux (voire des triplés). Mais l’amaigrissement peut aussi être dû à une tout autre cause : une boiterie, un mauvais accès à l’auge ou une erreur de rationnement par exemple. Ce sont des problèmes qu’il vaut mieux anticiper et surtout résoudre rapidement pour avoir une vache qui vêle en forme et soit en mesure d’élever son (ou ses) veau (x) sans soucis !

Le saviez-vous ?

La toxémie de gestation est une maladie métabolique qui associe une hypoglycémie et une cétose, elle est observée dans les deux à six semaines précédant la mise bas. Elle est la conséquence d’un déséquilibre entre l’apport et le besoin en énergie, qui peut être dû à une alimentation pauvre en énergie, un défaut d’absorption, et un besoin accru des fœtus. Elle est favorisée par le volume croissant pris par le(s) fœtus dans la cavité abdominale en fin de gestation.

 

Lire aussi : Des vaches bien préparées au vêlage

Les plus lus

<em class="placeholder">parcelle de teff grass le 31 août 2026</em>
Fourrages : « J’ai implanté du teff grass fin juin, je vais m’en sortir mieux qu’avec de l’herbe »

Matthieu Peyrat, éleveur de vaches Aubrac dans le Puy-de-Dôme a implanté du teff grass après orge. Malgré des craintes dues à…

sécheresse prairie temporaire Manche retour de la pluie août 2026
Prairies : Se préparer au retour des pluies

Il faudra au moins 30 mm de pluie et une dizaine de jours pour permettre de relancer la minéralisation ainsi que la pousse de…

Journée Charolaise : Une édition 2026 portée par la mobilisation des éleveurs

Le 2 septembre, la "journée Charolaise" a rassemblé pour le concours national des veaux 260 jeunes reproducteurs issus de 90…

<em class="placeholder">fréquentation de la zone d&#039;abreuvement boucles électroniques vaches Armoricaines Cirbeef à Mauron (Morbihan)</em>
Identification des bovins : Des boucles électroniques ultra haute fréquence pour surveiller la fréquentation des abreuvoirs au pré

L’Institut de l’élevage teste un cas d’usage des boucles électroniques ultra haute fréquence en élevage bovin allaitant :…

Limousine : Un taureau vendu aux enchères 67100 euros

Au Festival de l'élevage de Brive-la-Gaillarde, KBS Genetic organisait le 22 août sa 34ème "vente prestige" de reproducteurs…

<em class="placeholder">balle ronde de foin de prairie naturelle déroulée au sol en bâtiment bovins viande</em>
« Il n’y aura pas suffisamment de fourrages sur le marché pour tout le monde »
Avec la sécheresse et les canicules, les éleveurs manquent de foin. Le marché est tendu, avec une offre très restreinte, témoigne…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 108€/an​ TTC
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site bovins viande
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière bovins viande
Consultez les revues bovins viande au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière bovins viande