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Dominique Guineheux, président de France Viande Export
« La Chine présente un réel potentiel »

L’export sur les pays tiers représentait l’an dernier 4% des exportations françaises de viande bovine. De nouvelles opportunités existent en Asie et plus particulièrement en Chine.

L’acquisition en mai dernier par la France du statut de « pays à risque négligeable » vis-à-vis de l’ESB s’est-il traduit par de nouvelles perspectives en matière d’exportations ?
Dominique Guineheux - "Oui, cela nous a ouvert des portes. Pour pouvoir exporter sur les pays tiers, il faut remplir plusieurs conditions. La première est d’avoir le statut sanitaire requis. La seconde est que ces pays aient des besoins ! La troisième est d’avoir un produit correspondant à ces besoins tant sur le plan de la qualité que des volumes. Il faut ensuite disposer d’outils d’abattage habilités. Pour cela, il faut passer par des audits et cela prend forcément un peu de temps. Enfin, dernier point qui n’est pas le moindre, il faut que le prix corresponde. Mais ouvrir le marché demeure la première et la plus difficile des étapes. En plus des aspects sanitaires, il y a aussi souvent des barrières politiques."
Quels pays laissent présager des perspectives intéressantes ?
D. G. - "La Chine présente un réel potentiel, avec la possibilité de faire des volumes. On parle beaucoup de ce pays depuis deux ans. Mais mi-décembre, ses frontières ne sont toujours pas ouvertes à la viande bovine française. Les démarches visant à le permettre s’accélèrent. Elles devraient pouvoir aboutir rapidement.

On exporte déjà de la viande de porc en Chine. On sait que ce pays a aussi des besoins en viande bovine et surtout des besoins qui vont croissant. Le nombre d’habitants a forcément un impact. Ce pays importe actuellement 1,8 million de tonnes équivalent carcasse par an, soit un peu plus que ce qui est produit en France en un an (1,505 million de tec). Pour l’instant, la consommation chinoise de viande bovine est assez faible (6,3 kgec/habitant/an en 2014 d’après l’Institut de l’élevage). Si cette consommation progresse ne serait-ce que de 500 g/habitant/an, cela représentera vite des tonnages conséquents compte tenu de l’importance de la population. On ne pourra pas aller partout dans ce pays. Il faudra cibler quelques provinces ou grandes villes et se focaliser sur ces objectifs. Rien n’est pour autant acquis. Les produits français devront aussi correspondre aux exigences chinoises sur les volets qualités et prix.

Les frontières de l’Arabie Saoudite et du Vietnam se sont récemment ouvertes à la viande française. Elles laissent entrevoir des opportunités mais avec des perspectives de volumes sans commune mesure avec la Chine. Il y a ensuite des pays comme la Turquie et la Malaisie. Ils procèdent par appels d’offre.

Certains des pays visés ont des exigences particulières pour l’agrément hallal des outils d’abattage. Ils souhaitent souvent des sites dédiés où 100% des animaux sont abattus selon ce rite. Ce sont autant de restrictions difficiles à respecter pour lesquelles on ne fait pas évoluer la situation d’un claquement de doigts."

Quels sont les atouts du produit français et comment le mettre en avant par rapport à l’offre proposée par nos concurrents ?
D. G. - "Il ne faut pas positionner notre offre comme un produit standard, similaire à ce que proposent de gros exportateurs comme l’Australie ou le Brésil. Quelle que soit la destination, si on mise uniquement sur le prix, c’est d’avance compromis.

Il faut miser sur des créneaux plus haut de gamme en mettant en avant la diversité de nos races et de nos terroirs. Le mode d’alimentation de nos animaux et leurs conditions d’élevage, comme par exemple l’aspect bien-être animal — très différent en particulier des systèmes d’élevage nord et sud-américains —, gagnent également à être mis en avant. La bonne réputation de notre gastronomie est un argument supplémentaire.

Ces débouchés sur pays tiers peuvent-ils à terme représenter des tonnages importants ?
D. G. - "La France a exporté 231 000 tec de gros bovins en 2014. 96% de ces tonnages ont été vendus vers des pays membres de l’Union européenne. Les 4% restant ont été répartis dans différents pays (Liban, Turquie, Iran, Tunisie, Algérie, Japon…) avec forcément des tonnages bien modestes ramenés à chacun d’entre eux. Le débouché russe est malheureusement fermé depuis août 2014. Il pourra redevenir intéressant pour les produits français si l’embargo finit par être levé.

La consommation française et européenne est en baisse. Soit on croit en ces nouveaux débouchés et on cherche à les développer pour y exporter une partie de notre production. Soit on n’y croit pas et il faut réduire notre potentiel de production pour l’ajuster à nos habituels débouchés. Je suis convaincu que la première possibilité est la bonne et qu’il est possible d’ouvrir de nouveaux marchés. Même si cet argument n’a rien de bien nouveau, les évolutions de la démographie mondiale et la hausse des besoins dans certains pays vont mécaniquement faire progresser la demande. À nous de nous positionner pour en bénéficier."

L’actuelle hausse du prix des bovins à la production au États-Unis peut-elle faire évoluer la situation en notre faveur ?
D. G. - "Oui. Le prix du produit reste le nerf de la guerre. Il résulte d’une confrontation entre l’offre et la demande. Accroître la demande permet de contracter l’offre et contribue à tendre les prix. C’est vieux comme le monde."
Quelles catégories de bovins peuvent être concernées par des exportations de viande sur pays tiers ?

D. G. - "Les caractéristiques de la production et de la consommation française font que l’essentiel de nos disponibilités reposent sur les races à viande, qu’il s’agisse de jeunes bovins ou de femelles. Après, les exigences de certains marchés font que certaines catégories peuvent être plus ou moins adaptées. Par exemple, la Turquie et le Vietnam cantonnent leurs achats aux seules viandes issues de bovins de moins de 30 mois, limitant de ce fait les possibilités d’achat aux seuls jeunes bovins."

Faut-il faire évoluer certains des itinéraires techniques de production pour avoir des animaux plus en phase avec les attentes de ces clients potentiels ?
D. G. - "Il faut être très prudent avant d’envisager toute éventuelle évolution des systèmes de production. Tout particulièrement avec des pays comme la Turquie qui fonctionnent par appels d’offre et pour lesquels il est très difficile d’avoir une visibilité sur les tonnages demandés.

La Chine me semble pouvoir être un marché moins volatil. Sur ce débouché, on espère pouvoir aboutir à un flux d’affaire plus stable et régulier."

Les habitudes alimentaires de ces nouveaux clients potentiels sont à la fois variées et contrastées. En quoi cela constitue-t-il un atout ?
D. G. - "Certains muscles prisés sur le marché français le sont moins dans d’autres pays. C’est lié aux habitudes de consommation, avec des modes de préparation de la viande pouvant être assez différents d’un pays à l’autre. C’est également vrai pour certains abats, globalement peu prisés en France mais plébiscités chez certains de ces nouveaux clients potentiels. Or, un bovin c’est une multitude de muscles et d’abats. De ce fait, plus nous diversifierons notre portefeuille client et plus nous aurons des opportunités pour écouler et valoriser l’ensemble des morceaux présents sur un animal."

Trente-trois entreprises réunies sous la même bannière

La plateforme collective France Viande Export a été constituée sous forme de SAS en octobre dernier. Elle regroupe actuellement trente-trois entreprises d’abattage de dimension très variable. Son objectif est de regrouper les professionnels français du secteur intéressés pour élargir leurs débouchés en dehors des pays de l’Union européenne. Cette SAS est présidée par Dominique Guineheux, directeur des achats bovins pour le groupe Bigard. 

Pas question de faire des volumes au détriment du prix

Union France Limousin (UFL) est un des trente-trois partenaires de la SAS France Viande Export. Spécialisée dans l’abattage et l’exportation de carcasses de JB à raison de 250 à 300 têtes par semaine, c’est une filiale de deux coopératives (Celmar et Corali) dont les zones d’activité sont situées dans le Centre-Ouest de la France. En faisant partie de France Viande Export, UFL démontre que cette plate-forme ne se cantonne pas aux seuls poids lourds du secteur de l'abattage, tels Bigard, SVA ou Elivia.

« Pour la viande finie, notre activité export est réalisée depuis l’abattoir de Montmorillon, dans la Vienne. Actuellement, elle concerne principalement des taurillons limousins de 12 à 15 mois exportés en carcasse et essentiellement vendus sur le Sud de l’Italie et en Grèce », précise Hervé Gaborit, son directeur commercial. Une activité pour partie complétée par des JB plus âgés et plus lourds, et dans ce dernier cas majoritairement exportés sur les Pays-Bas. « En 2015, nous n’avons rien vendu sur les pays tiers. Le choix de rejoindre la plate-forme France Viande Export vise à élargir nos débouchés au-delà des frontières de l’UE à compter de 2016. Exporter sur ces pays n’est pas une fin en soi. On va chercher à se positionner sur de nouveaux débouchés. Si on le fait, ce n’est bien entendu pas pour le seul plaisir d’exporter et faire à tous prix des volumes. C’est pour mieux valoriser la viande produite par nos adhérents », explique Jean-Baptiste Moreau, président de Celmar et de UFL. « Qu’il s’agisse de viande de mâles ou de femelles, notre ambition est de profiter de certaines niches sur lesquelles nos viandes pourraient être correctement valorisées. Notre Limousine, c’est un peu le « Chanel » de la viande bovine. Pas question de brader notre produit », souligne Caroline Surleau, directrice de Celmar.

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