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Viande et environnement
Jean-Paul Besset, député européen Europe Ecologie : "Les éleveurs à l’herbe n’y sont pour rien"

L’ancien porte-parole de la Fondation Nicolas-Hulot appelle à une baisse de la consommation de viande, l’élevage étant pour lui trop consommateur d’espace au détriment des cultures vivrières.

l'appel à la grève de la viande était symbolique pour alerter l'opinion que nous sommes en train de dépasser des limites. Etaient visés les régimes alimentaires des individus.
l'appel à la grève de la viande était symbolique pour alerter l'opinion que nous sommes en train de dépasser des limites. Etaient visés les régimes alimentaires des individus.
© Marie-Lan Nguyen

Vous faites partie des signataires de « l’appel des 10 »(1) qui, lors du Sommet de Copenhague, ont appelé à une grève de la viande et exigé « dès aujourd’hui en France desmesures énergiques pour faire baisser la consommation de viande et un moratoire sur l’élevage intensif ». Quelles en sont les raisons ?

Jean-Paul Besset - J’emploierai une comparaison. Les pêcheurs sont confrontés à une baisse dramatique des réserves halieutiques. Si demain, il n’y a plus de poisson, il n’y aura plus de pêcheurs. Les emplois et les activités économiques des différentes catégories professionnelles, en particulier en agriculture, sont liées à la ressource naturelle. Le modèle alimentaire basé sur la viande et ses dérivés a des conséquences extrêmement néfastes sur la ressource terre. A l’échelle planétaire, 30 % des terres cultivables sont utilisées pour nourrir le bétail au détriment des cultures pour nourrir les hommes, alors que la population mondiale est en train d’augmenter et va atteindre entre neuf et dix milliards d’habitants d’ici moins de deux générations. Il ne s’agit pas de dire qu’il faut arrêter de manger de la viande. La viande, j’en suis personnellement un amoureux depuis longtemps, mais il faut être raisonnable et trouver des régulations qui permettent à la fois de maintenir l’activité économique des éleveurs et en même temps des équilibres naturels compatibles avec l’avenir de l’humanité.

Ne pensez-vous pas que ce qui est vrai au niveau mondial doit être nuancé à l’échelle de pays comme la France où la viande de boeuf, qui est sans doute la plus remise en question dans le débat actuel, est produite à partir d’herbe ?

- Oui, mais en même temps, à l’échelle européenne, nous importons des millions de tonnes de soja pour nourrir l’ensemble du bétail ; les porcs et la volaille principalement. Nous encourageons ainsi d’autres pays à consacrer leurs terres agricoles à faire pousser du soja pour le bétail au détriment des cultures vivrières.

 

Vous êtes l’élu d’une grande région d’élevage bovin, le Massif Central, où sans les troupeaux allaitants, il n’y aurait pas d’agriculture. Que ditesvous à ces éleveurs ?

J.-P. B. - Les éleveurs du Massif central n’y sont pour rien dans cette affaire-là. Cet acte de grève de la viande était symbolique pour alerter modestement l’opinion que nous sommes en train de dépasser des limites, comme dans d’autres domaines. Si l’élevage veut continuer à se développer, il doit le faire de manière équilibrée et non pas à tout va. Encore une fois, ce n’était pas les éleveurs à l’herbe, en France et en Europe, qui étaient visés mais les régimes alimentaires des individus.

Ne faudrait-il pas dire clairement que les éleveurs à l’herbe n’y sont pour rien parce que, lorsque le message est globalisé, on met toutes les productions, tous les modes de production dans le même sac ?

J.-P. B. - Oui, bien sûr. Il faut essayer de discuter tranquillement de cette question. Mais, j’en reviens à ma comparaison avec les pêcheurs. Si les éleveurs demain – je ne parle pas de ceux du Massif central mais des éleveurs à l’échelle mondiale – mettent des pâturages un peu partout au détriment des forêts et des terres arables, il y aura un retour de bâton et ils seront obligés de changer de métier. Encore une fois, mon argumentaire, il est fondamentalement sur la consommation d’espace. L’effet de serre est un des aspects mais ce n’est pas la question dominante. Gagner des prairies sur l’Amazonie, au Brésil, pour faire des hamburgers pour les États-Unis, c’est une folie. Aussi bien pour les Brésiliens que pour les Américains et le reste du monde parce que nous avons besoin de laisser la nature, les forêts en particulier, jouer tout leur rôle dans les équilibres naturels.

(1) voir le site internet : www.viande.info

 

 

Identité

Journaliste (La Croix, Libération…), Jean- Paul Besset a été rédacteur en chef pendant dix ans au journal Le Monde. Il milite pour la décroissance. Proche de Nicolas Hulot, il fut le porte-parole de sa fondation jusqu’à ce qu’il entre en politique. En juin dernier, il a conduit la liste d’Europe Ecologie pour la circonscription Massif central Centre et a été élu au Parlement européen.

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