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Élevage bovins viande : « La récupération d’eau de pluie permet de couvrir 50 % du besoin en eau d’abreuvement de mes animaux »

Chez Pascal Blanquet, éleveur dans le Tarn-et-Garonne, l’eau ne se gaspille pas. En 2025, 1 500 m3 d’eau de pluie ont ainsi été captés via les toitures des bâtiments, stockés, traités et réutilisés pour l’abreuvement du troupeau allaitant.

Pascal Blanquet ne manque pas d’eau sur son exploitation. Même en période estivale, les abreuvoirs et les tonnes à eau sont pleins. Néanmoins, l’éleveur considère que l’eau est un bien précieux : « Toute cette eau de pluie que je voyais se perdre dans les chéneaux durant les épisodes pluvieux, cela me perturbait ! », explique l’éleveur de blondes d’Aquitaine installé à Caylus dans le Tarn-et-Garonne. Après une longue période de réflexion sur le dispositif à mettre en place pour collecter l’eau en provenance des toitures, le déclic se produit en 2023, avec l’arrêt de la production porcine sur l’exploitation. Il a pu transformer la fosse à lisier sous caillebotis de la porcherie en réservoir de stockage d’eau de pluie.

En 2024, Pascal Blanquet réalise ainsi les travaux pour collecter les eaux de pluie de 3 500 m² de toiture (trois bâtiments), créer un préfiltre en amont du réservoir de stockage, installer le dispositif de traitement de l’eau et raccorder le réseau de distribution d’eau traitée jusqu’aux abreuvoirs. Pour mener à bien son projet, l’éleveur a fait appel à la société Itren spécialisée dans le traitement et la réutilisation des eaux en agriculture.

Filtration, traitement aux UV et légère chloration

Chez Pascal Blanquet, l’eau de pluie subit un processus complet de traitements pour ne pas risquer une contamination bactériologique des bovins via l’abreuvement. L’eau collectée en toiture passe dans un préfiltre pour la clarifier en retenant les plus grosses particules de matières organiques (débris de paille, débris de feuille). Ensuite, l’eau s’écoule en gravitaire jusqu’à la fosse de stockage située dans l’ancienne porcherie. L’éleveur dispose d’une capacité de stockage de 220 m3, soit l’équivalent d’un mois de consommation d’eau par le cheptel bovin. À la demande, l’eau stockée dans la fosse est pompée et envoyée dans 3 cartouches filtrantes (filtration jusqu’à 25 microns). Ensuite, elle passe dans un réacteur UV pour être désinfectée et en sortie de réacteur, elle subit une légère chloration avant d’alimenter le réseau d’adduction des abreuvoirs. Des analyses d’eau avant et après traitements ont été réalisées. L’eau brute, avant traitement, présente des caractéristiques microbiologiques potentiellement à risque sur le plan sanitaire. En revanche, l’eau traitée présente un risque bactériologique parfaitement maîtrisé (coliformes, E. coli, Pseudomonas, etc).

Pour Pascal Blanquet, le volet sanitaire de l’eau d’abreuvement est primordial pour ne pas pénaliser la productivité et la santé de son troupeau. Enfin, en cas de longue période sans pluie, un système « by-pass » permet de basculer instantanément le remplissage des abreuvoirs sur le réseau d’eau potable.

Un investissement rentabilisé en moins de six ans

Les travaux pour canaliser l’eau de pluie vers la fosse de stockage et le dispositif complet de pompage et de traitement de l’eau représentent un investissement de 15 000 euros HT. Pascal Blanquet a bénéficié d’une aide de 3 000 euros de la région Occitanie. Le coût annuel de fonctionnement et d’entretien du dispositif est évalué à 200 euros HT.

Pour l’éleveur, l’opération est rentable : « L’eau du réseau d’adduction d’eau potable me coûte 1,60 euro par m3. Mes animaux consomment environ 8 m3 par jour. En 2025, l’eau de pluie m’a permis de réduire ma consommation d’eau potable de 1 500 m3, soit 2 400 euros d’économie. Mon projet sera rentabilisé en moins de six ans ! » Pour Pascal Blanquet, l’or bleu tombé du ciel n’est plus gaspillé.

Fiche élevage

230 ha de SAU
100 mères de race blonde d’Aquitaine avec production de veaux lourds pour l’export
1 associé + main-d’œuvre familiale

Les points clés pour la réutilisation de l’eau de pluie :

Pascal Blanquet a noté plusieurs points importants pour la réussite de son projet d’abreuvement des bovins avec l’eau récupérée sur des toitures :

1. Avoir une capacité de stockage suffisante et à moindre coût : l’investissement dans les ouvrages de stockage d’eau est souvent le facteur limitant.

2. Gérer la problématique des poussières dans les bâtiments d’élevage (paillage) qui viennent polluer l’eau de pluie collectée en toiture.

3. Avoir un préfiltre performant pour éliminer efficacement les débris de matière organique.

4. Traiter l’eau pour sécuriser la problématique sanitaire en élevage.

Patrick Sales de la chambre d’agriculture de l’Aveyron

« Écarter les premières eaux et s’astreindre à un nettoyage annuel »

 
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Patrick Sales de la chambre d'agriculture de l'Aveyron © P.Sales
 

«Pour avoir une eau de qualité, il faut pouvoir écarter les premières eaux de pluie très chargées en matières organiques du circuit de récupération, par un disconnecteur mécanique automatisé. Ensuite, il faut s’astreindre à un nettoyage annuel des circuits pour éliminer les éventuels dépôts dans les canalisations. Enfin, il faut procéder, a minima, à une filtration de l’eau avant utilisation pour sécuriser sa qualité. La chloration peut être employée, mais avec modération, car les micro-organismes du rumen sont très sensibles à l’action biocide du chlore.

Avec un prix de l’eau potable en forte augmentation (jusqu’à 4 €/m3 dans certaines zones) la récupération de l’eau de pluie ou le captage d’eau pour l’abreuvement des animaux vont intéresser de plus en plus d’éleveurs.

Avec le dérèglement climatique, certains territoires sont confrontés à des tensions dans l’approvisionnement en eau potable durant les périodes de sécheresse estivale. Dans l’Aveyron, plusieurs éleveurs ont été accompagnés par la région et l’agence de l’eau pour mettre en place des systèmes de récupération de l’eau de pluie sur leur exploitation. La région Occitanie accompagne les projets avec des aides pouvant atteindre 50 % du montant du projet, l’infrastructure de stockage de l’eau étant le poste le plus onéreux.»

En savoir plus

Le groupe des conseillers bâtiments d’élevage de la chambre d’agriculture d’Occitanie a produit une brochure d’information sur la récupération d’eau de pluie en toiture pour des usages en élevage de ruminants, actualisée en 2024. Disponible gratuitement sur le site internet.

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