Élevage bovin : quand le changement climatique bouscule les équilibres de vie des éleveurs
Une enquête conduite entre 2024 et 2025 en Bourgogne-Franche-Comté par des chercheuses d’Inrae montre que le changement climatique affecte le travail des éleveurs de bovins, au point de se répercuter sur leur vie personnelle.
Une enquête conduite entre 2024 et 2025 en Bourgogne-Franche-Comté par des chercheuses d’Inrae montre que le changement climatique affecte le travail des éleveurs de bovins, au point de se répercuter sur leur vie personnelle.
La Bourgogne-Franche-Comté fait partie des régions très touchées par la hausse moyenne des températures et les sécheresses. En Saône-et-Loire, la température a en effet augmenté de 2° entre 1959 et 2020, contre 1,6° sur l’ensemble du territoire. À l’échelle régionale, les sécheresses météorologiques surviennent une année sur deux entre 1991 et 2024. Quelles sont les conséquences de ce réchauffement sur le travail des éleveurs de bovins ?
Nouvelles astreintes et hypervigilance
En premier lieu, le changement climatique conduit à de nouvelles formes d’astreintes durant l’été. « Les éleveurs doivent apporter du fourrage et de l’eau aux animaux et accroître la surveillance des troupeaux, alors que la période estivale était généralement un temps de répit pour eux », rapporte Sandrine Petit, ingénieure de recherche à Inrae et coordinatrice du projet Traverser.
À l’absence de répit et l’allongement de l’amplitude horaire en été, s’ajoute une augmentation du stress, exprimée par une attitude d’hypervigilance et un sentiment d’intranquillité. L’incertitude météorologique contraint en effet les éleveurs à devoir anticiper en permanence les aléas. « Il ne faut pas se louper, il faut que le matériel soit prêt au bon moment, il ne faut pas qu’on ait de pannes, il faut qu’on soit au top », témoigne un éleveur de la Nièvre interrogé durant l’enquête.
Les éleveurs se disent particulièrement préoccupés par la gestion des stocks et des ressources fourragères, ce que constate également Nadège Mallet, conseillère en prévention des risques professionnels à la MSA d’Auvergne-Rhône-Alpes : « En 2024, on a eu un printemps très humide alors qu’il était sec les années précédentes. » Chaque année est différente et les repères n’existent plus vraiment.
Des répercussions sur la vie personnelle
Le réchauffement climatique contribue ainsi à une intensification du travail et à une augmentation de la charge mentale. « Quand on est déjà en surcharge, le changement climatique va pousser jusqu’à une limite proche de l’épuisement professionnel », constate Sandrine Petit. L’impact sur le travail se répercute inévitablement sur la vie personnelle. « Le climat nous enlève notre semaine de vacances », confiait un éleveur interrogé durant le projet Traverser. D’autres rapportent avoir manqué des événements familiaux et amicaux importants, à l’instar d’une éleveuse de Saône-et-Loire qui repoussait invariablement les sollicitations à cause des incertitudes liées aux foins.
Travail en élevage et ressources face à la sécheresse
Le projet Traverser (2023-2025) a été financé par la Caisse centrale MSA et piloté par Sandrine Petit, ingénieure de recherche à Inrae et Marie-Hélène Vergote, maître de conférences à l’Institut Agro Dijon. Il rend compte des impacts du changement climatique sur le travail et la santé mentale des éleveurs de bovins lait et allaitant en Bourgogne-Franche-Comté.
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