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De l’eau propre pour abreuver les bovins sans salir les ruisseaux

L’aménagement de points d’eau en pâture diminue le salissement des ruisseaux et les atteintes à l’environnement en permettant aux animaux d’avoir accès à une eau de meilleure qualité.

Même si les évolutions du climat peuvent contrarier ce type de pratique, bon nombre de cheptels s’abreuvent à partir de ruisseaux traversants ou longeant leurs pâtures. La problématique habituelle des cheptels qui ont libre accès au lit du cours d’eau réside dans l’affaissement des berges.

Sous l’effet du piétinement, la ripisylve est progressivement dégradée alors qu’elle joue un rôle important pour réguler la vie aquatique en limitant le réchauffement estival de l’eau, en réduisant l’impact des crues et en permettant à la faune piscicole de disposer de caches pour s’abriter.

Marc Cladière, technicien rivière au parc naturel régional du Livradois Forez.

« Cette dégradation progressive est aggravée par l’impact des crues saisonnières. Faute de végétation suffisante pour retenir les berges, le lit du ruisseau s’élargit et ampute d’autant les surfaces pouvant être pâturées », explique Marc Cladière, technicien rivière au parc naturel régional du Livradois Forez. Qui plus est, l’accès direct des animaux dans le lit du ruisseau contribue à l’altération physico-chimique des eaux et pénalise les activités des autres usagers (pêcheurs, baigneurs, canoéiste). 

Le piétinement dans l’eau des bovins associé aux inévitables bouses favorise la mise en suspension de particules fines, lesquelles tendent à colmater puis envaser les zones sableuses des fonds de ruisseau qui sont aussi les zones de fraye de certains poissons.

Le goût et l’odeur

« Or les bovins sont sensibles au goût et à l’odeur de l’eau et une mauvaise qualité va rapidement limiter leur consommation », souligne le docteur Boris Boubet, directeur du GDS de la Creuse. « Dès 2,5 g/l de bouse, la consommation en eau est affectée, et à partir de 5 g/I, l’ingestion de matière sèche est également réduite. Cette information prend tout son sens quand on sait que plus d’un quart des animaux venant s’abreuver dans un point d’eau y défèquent. »

Les bovins patouillant dans le lit d’un ruisseau le transforment peu à peu en bourbier et ont un risque sérieusement accru de contracter des parasites internes comme la grande douve et le paramphistome. « En piétinant les berges, les animaux créent des zones boueuses qui favorisent la prolifération des hôtes intermédiaires, les limnées, qui excrètent ensuite ces parasites qui viennent se fixer sur les végétaux aquatiques environnants. Lorsque les animaux accèdent directement aux points d’eau, ils ingèrent ces végétaux et se contaminent. »

La meilleure façon de pallier tout problème sanitaire tout en protégeant les milieux aquatiques consiste à éviter le contact des animaux avec le cours d’eau en mettant la berge en défens et en installant des systèmes d’abreuvement en retrait pour permettre aux animaux d’y boire sans pour autant y patauger.

Des descentes aménagées

Ce type d’abreuvoir permet aux animaux de boire sans descendre dans le lit du cours d’eau. Avec cependant quelques consignes à respecter.

]]> Lors du terrassement, il est nécessaire d’empierrer pour stabiliser la berge en la talutant pour avoir une pente de 15 % maximum ;

]]> Pour maintenir l’empierrement, un madrier non traité doit être installé au pied de l’abreuvoir ;

]]> Deux lisses en bois (châtaignier, acacia ou chêne) sont fixées en parallèle du cours d’eau sur des pieux d’acacia enfoncés d’au moins 70 cm pour empêcher les animaux d’y descendre ;

]]> Il est conseillé de prévoir au moins 4,50 m de large pour l’abreuvoir ;

]]> Un entretien régulier est nécessaire après les crues pour remettre en place l’empierrement et évacuer les dépôts et embâcles ;

]]> La durée de vie de ce type d’ouvrage est limitée et un remplacement au bout de quelques années est à prévoir.

]]> Il est possible d’y adjoindre un épi déflecteur (pieux, rochers) qui renvoie le courant vers l’abreuvoir.

Ce que dit la loi

Chaque propriétaire possède la berge et la moitié du lit du cours d’eau, mais l’eau est bien commun de la nation. Pour autant, la réglementation n’interdit pas l’abreuvement direct du bétail dans les cours d’eau hors installation classée pour la protection de l’environnement. Les riverains ont le droit d’utiliser l’eau du cours d’eau passant sur leur propriété, à des fins privées, sous réserve que ce prélèvement ne dépasse pas 2 % du débit moyen mensuel d’étiage.

Les travaux sur les berges ou dans le lit des cours d’eau nécessitent une demande préalable aux services de la police de l’eau en contactant la Direction départementale des territoires. Le défaut de déclaration est une infraction passible d’une amende et le défaut d’autorisation est un délit relevant du tribunal correctionnel.

Rédaction Réussir

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