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Cultures-élevage : des bénéfices réciproques

La spécialisation des systèmes de production est monnaie courante aujourd’hui. Pourtant, l’élevage bovin et la polyculture sont complémentaires agronomiquement parlant.

© S. Leitenberger

Plusieurs facteurs poussent à la spécialisation des systèmes de production et des territoires. D’un côté, le prix à un moment attractif des céréales, une diminution de la main-d’œuvre agricole, la recherche d’une moins grande pénibilité du travail et la volonté de réduire le travail d’astreinte (surtout le week-end) ont entraîné le recul de l’élevage dans les régions où il était possible d’accroître la part des grandes cultures au détriment des surfaces en herbe. De l’autre, le développement de productions à proximité des industries de transformation et un conseil technique de plus en plus pointu ont été favorables à la concentration de l’élevage dans certaines régions.
« En travaillant sur la complémentarité cultures-élevage, on s’est rendu compte de la limite de nos connaissances. On dispose, en effet, de peu de notions sur la faisabilité de systèmes de production associant production végétale et production animale à l’échelle de l’exploitation et des territoires. Ceci découle notamment de la spécialisation des Instituts et de la recherche (Institut de l’élevage, Itavi, Arvalis…) et donc de la création de références en productions spécialisées. De plus, nous ne bénéficions pas de résultats transférables sur la durabilité globale des exploitations, c’est-à-dire, sur l’environnement, l’économique et le social », a noté Christèle Pineau de l’Institut de l’élevage, lors de la journée Progrès viande, organisée par la chambre d’agriculture de l’Aisne.

 

Un système complémentaire et disposant d’atouts


L’élevage a tout d’abord un effet bénéfique agronomiquement. « La présence de cultures fourragères et leur intégration dans la rotation offre un moyen de maîtriser les problèmes sanitaires (réduction des risques de maladie tellurique), les adventices et certains ravageurs tout en limitant le recours aux pesticides et à la fertilisation chimique. La prairie temporaire a un effet nettoyant sur les adventices du blé. Le fumier permet d’augmenter la diversité et l’équilibre entre les espèces microbiennes et de réaliser des économies d’engrais minéraux. »
La meilleure autonomie alimentaire constitue un second avantage pour les exploitations de polyculture-élevage. Ainsi, en diminuant l’achat de concentrés, l’exploitation est plus indépendante et maîtrise mieux ses coûts. L’autonomie garantit également la traçabilité du produit si l’éleveur valorise ses céréales, « point important avec la modification de la demande du consommateur. Toutefois, changer de pratiques demande du temps, voire de l’investissement. »
Au niveau économique, la complémentarité des deux productions permet de lisser et de diversifier ses revenus, et de diminuer les impacts négatifs (aléas économiques et climatiques). Il faut toujours raisonner le système dans sa globalité, à l’échelle de la filière et du territoire (échange de paille contre fumier, échange de main-d’œuvre…). « En zone de polyculture, il existe également des enjeux collectifs à préserver l’élevage pour le secteur agricole et pour la société, notamment avec la création de valeur ajoutée, d’emplois et l’impact positif de l’élevage herbivore en matière de biodiversité et de stockage carbone », souligne Didier Deleau, ingénieur régional Fourrages Arvalis.
Dans le cadre d’un projet européen (Cantogether), une étude a été conduite afin d’évaluer l’impact des pratiques dans des fermes mixtes des réseaux. Les facteurs explicatifs et les fermes les plus performantes ont ensuite été identifiés. L’hypothèse suivante a été retenue : les fermes « mixtes » associant cultures et élevage ont des performances environnementales et économiques supérieures aux fermes spécialisées, même si d’autres travaux (de C. Perrault et P. Veysset, Inra) ont montré que sur le terrain ce n’était pas nécessairement vrai (peu d’effets sur la mécanisation, peu d’autoconsommation, peu de rotations longues) et même variable selon le type d’élevage associé.

 


Des bémols dans les exploitations  mixtes


« Ainsi, 622 fermes bovins viande et bovins lait ont été sélectionnées sur trois ans. Neuf indicateurs, techniques (bilan azote/phosphore, consommation d’éner- gie), environnementaux (pertes NO3, émissions NH3 et CO2) et économiques (EBE sur produit brut…) ont été retenus afin de hiérarchiser les différentes exploitations », explique Pierre Mischler de l’Institut de l’élevage.
Après tri, 58 fermes, 27 en agriculture biologique et 31 en conventionelle, sont considérées comme performantes économiquement et environnementalement. Les plus performantes ont une tendance plus herbagère avec présence de culture. Les exploitations en polyculture élevage ne ressortent pas aussi fortement que prévu. Seulement 10 % d’entre elles obtiennent une double performance alors qu’elles représentent 20 % des 622 fermes. « On peut alors se poser la question de la pertinence de la définition de la polyculture élevage actuellement basée sur la définition OTEX et le produit standard. Il ne faut pas oublier qu’elles demeurent le fondement de notre développement agricole et offrent de la richesse au niveau des territoires. On a des manques et nombreuses sont les interrogations », constate Christèle Pineau.

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Définition

Le système polyculture-élevage se caractérise par la présence à la fois de cultures de vente et d’un ou plusieurs ateliers d’élevage. Une exploitation est spécialisée dans un domaine si la production brute standard (potentiel de production hors subventions) de la ou des productions concernées dépasse deux tiers du total. Les exploitations non spécialisées sont qualifiées de polyculture ou poly-élevage. Ainsi, 12,6 % des fermes françaises rentrent dans ce cadre. Ce chiffre est plus important qu’au niveau de l’Europe. Définition officielle OTEX (orientation technico-économique)

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Pour en savoir plus

Voir dossier Réussir Bovins Viande de décembre 2014. RBV n°221, p. 24 à 35.

Au sommaire :

p. 28 - Engrais de ferme, des engrais complets
Les effluents d’élevage, un exemple de complémentarité cultures-élevage

p. 30 - « Produire du fumier pour améliorer les terres »
Eric Buysse agriculteur à la Hérie la Vieville dans l’Aisne

p. 31 - Un outil pour mettre en lien éleveurs et céréaliers
Les Civam des Deux-Sèvres et de la Vienne

p.32 - Dois-je arrêter l’élevage ?
Des simulations réalisées par la chambre d’agriculture de Meurthe-et-Moselle

p. 34 - Quand un céréalier investit dans l’engraissement
Dans les plaines céréalières de l’Indre, la SCEA Garcia

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