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DOSSIER
Cultiver l’autonomie protéique

Achetées à l’extérieur, les protéines ne laissent guère de marge de manœuvre pour s’affranchir de la fluctuation de leur prix. Le principal palliatif réside dans la décision de conforter l’autonomie de l’exploitation en les produisant chez soi.

L’exploitation, en agriculture biologique, du lycée agricole de Tulle-Naves en Corrèze a construit son autonomie sur des prairies multi-espèces, des mélanges de céréales et protéagineux, la culture du soja (photo) et du pâturage bien conduit.
L’exploitation, en agriculture biologique, du lycée agricole de Tulle-Naves en Corrèze a construit son autonomie sur des prairies multi-espèces, des mélanges de céréales et protéagineux, la culture du soja (photo) et du pâturage bien conduit.
© Lycée agricole de Naves

Les protéines destinées à l’alimentation des bovins sont chères. Elles sont même devenues hors de prix, disent fréquemment les éleveurs. Et contrairement aux céréales, leur tarif ne s’est guère détendu ces derniers mois. Après un pic sur l’été 2012, le prix du tourteau de soja a baissé de septembre à décembre 2012, avant de reprendre sa progression au cours du premier semestre 2013. Mi-septembre, après une relative baisse cet été, la tendance était plutôt haussière eu égard au manque d’eau dans les principales zones de production d’Amérique du Nord. « Le temps chaud et sec qui règne aux États-Unis focalise l’attention des marchés et suscite l’inquiétude des opérateurs pour la récolte de maïs. Mais ce facteur pèsera davantage sur les cultures de soja, entrées dans leur phase de remplissage des gousses. C’est ce que nous appelons le ‘weather market’. Les graînes de colza évoluent aussi en hausse sur le marché à terme européen, tirées par ce soja américain », expliquait mi-septembre Michel Portier, dirigeant d’Agritel, une société d’analyse et de conseil sur les grandes cultures. Et à l’image du colza, les évolutions du prix des autres sources principales de protéines végétales évoluent peu ou prou parallèlement aux tarifs du soja.
Pour le secteur des ruminants, ces évolutions et les disponibilités croissantes en tourteaux issus de la trituration d’autres plantes que le soja se sont traduites, ces dernières années, par la hausse du niveau de l’incorporation des tourteaux d’oléagineux et principalement de colza. Une partie est intégrée dans les formules d’aliment du bétail et le reste vendu en l’état auprès des éleveurs qui les incorporent eux-mêmes directement dans leurs rations.


D’abord une bonne valorisation de l’herbe


En système allaitant, faire des économies sur le coût protéique des rations passe d’abord par une bonne valorisation des fourrages et en particulier de l’herbe pâturée. C’est le mode d’alimentation le plus économe pour un ruminant. Le calendrier et l’organisation des cycles de pâturage doivent permettre de laisser les animaux à l’herbe le plus longtemps possible sans complémentation extérieure.
Les techniciens rappellent ensuite que pour limiter les besoins en concentrés, le premier objectif doit être de produire des fourrages grossiers en quantité et en qualité. Et d’insister sur la nécessité de faire des fauches précoces, au bon stade. Certes ce discours n’est pas nouveau, mais il a fait ses preuves. Travailler sur la gestion du pâturage et la qualité des fourrages est le principal levier pour assurer l’autonomie en protéines des rations destinées au cheptel reproducteur et aux génisses de renouvellement.
Reste qu’en production de viande bovine, c’est principalement sur la partie engraissement que les éleveurs s’interrogent pour le volet protéique des rations. Limiter les besoins se traduit d’abord par la nécessité d’ajuster au strict nécessaire l’apport en compléments protéiques. « Les besoins en protéines des jeunes bovins (JB) à l’engrais sont de 100 grammes (g) de PDI/UFV pour des animaux de race à viande et un apport supplémentaire de protéines ne présente pas d’intérêt », précise l’Institut de l’élevage. Des essais réalisés par Arvalis sur des JB charolais engraissés avec un régime à base d’ensilage de maïs associé à du blé et du tourteau de soja ont montré qu’entre des rations à 100 g, 115 g et 130 g de PDI/UFV, il n’y avait aucun écart, ni sur les croissances, ni sur les indices de consommation. D’où l’intérêt d’ajuster la ration sur cette valeur de 100 g de PDI/UFV pour éviter toute surcomplémentation inutile en protéines. « Pour ce type de ration, passer de 115 g de PDI/UFV à 100 g de PDI/UFV permet une économie de 600 g de tourteau de soja par jour et par JB, soit 180 kg sur 300 jours d’engraissement. »
La réduction de la part de l’ensilage de maïs au profit de fourrages dotés d’un meilleur rapport UFV/PDI, tels que l’ensilage de méteil ou de luzerne apparaît aussi comme une voie intéressante pour faire évoluer la part des protéines apportée par les tourteaux. Attention cependant au risque de fausses économies. Vouloir modifier trop radicalement la composition d’une ration en substituant des produits par d’autres sans en avoir bien analysé au préalable toutes les conséquences présente le risque de se traduire par une baisse des performances des animaux. Mais en plus de la nécessité de contenir la hausse des coûts de production, réduire la part des protéines achetées résulte aussi, pour certains éleveurs, d’une volonté d’indépendance.

S’affranchir des soubresauts du marché


S’affranchir des soubresauts globalement haussiers du prix du soja constitue souvent, pour eux, une priorité. Elle fait même parfois partie de leur philosophie du métier. Le désir de s’épargner la distribution de soja OGM les aide aussi dans cet objectif de conforter l’autonomie protéique de leurs exploitations. Différentes alternatives sont envisageables et c’est probablement chez les bovins qu’il existe le plus de possibilités de substituer le tourteau de soja par d’autres sources de protéines. Luzerne en tête, les légumineuses constituent d’évidence une possibilité à analyser de près.
Les protéagineux comme la féverole, le lupin ou le pois sont d’autres éventualités, même si l’irrégularité des rendements obtenus dans des exploitations d’élevage lié au potentiel agronomique des sols s’est parfois soldé par quelques échecs. Il n’a pas toujours contribué à donner à ces plantes une bonne réputation. Le soja n’est pas non plus à négliger. Autre donnée à mettre dans la balance, toutes ces cultures ont un intérêt agronomique évident pour les céréales à paille qui les suivront dans la rotation.

Pour en savoir plus

 

voir dossier Réussir Bovins Viande d'octobre 2013. RBV n°208 p. 28 à 52.

Au sommaire :

p. 32 - « La prairie temporaire, un réservoir de protéines ».
Dans le Lot

p. 36 - La luzerne mieux que le soja.
Dans le Morbihan

p. 38 - De l’enrubannage de luzerne sous couvert d’orge
En Ille-et-Vilaine

p. 40 - Luzerne : de la naissance jusqu’à l’abattoir.
Dans l’Allier

p. 44 - Le lupin blanc : autonomie et tête d’assolement.
Dans le Maine-et-Loire

p. 46 - Légumineuses et protéagineux pour une autonomie quasi parfaite.
En Corrèze

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