Comment une coopérative agricole peut-elle vous aider ?
Les coopératives agricoles disposent d’outils pour soutenir leurs adhérents, victimes d’aléas climatiques et d’incidents sanitaires. En tant qu’associé coopérateur, que pouvez-vous demander à votre coopérative ?
Les coopératives agricoles disposent d’outils pour soutenir leurs adhérents, victimes d’aléas climatiques et d’incidents sanitaires. En tant qu’associé coopérateur, que pouvez-vous demander à votre coopérative ?
Depuis quelques années, les coopératives agricoles s’efforcent de soutenir leurs adhérents par d’autres moyens que les prix. Elles agissent ainsi selon leur principe fondateur : la mutualisation. Voici quelques-unes des mesures qu’elles peuvent intégrer à leur fonctionnement, dans le but de donner un coup de pouce lors de situations exceptionnelles. Si votre coopérative ne s’est pas équipée de l’une de ces caisses, vous pouvez lui suggérer sa mise en place à la prochaine assemblée générale.
La caisse une mutualisation des risques
Une caisse de solidarité peut être constituée. Selon les coopératives, son nom diffère : « caisse de risque », « caisse de mutualisation », « caisse de sinistre », caisse « coup dur »… Elle est alimentée par une retenue sur le prix dû à l’associé coopérateur, mais aussi sur les prix des prestations fournies par la coopérative. En effet, le procédé, n’est pas réservé aux coopératives de collecte de produits agricoles. De plus, des tiers : l’abattoir, le couvoir, les clients (grands comptes ou consommateurs), par exemple, peuvent également soutenir la filière en versant sporadiquement de l’argent. Suite à un épisode de grêle, d’incendie, d’épizootie, de l’argent est versé aux sinistrés, la même année ou pas.
Petites ou grandes, les coopératives bovines ne manquent pas de créativité.
Par exemple, la petite coopérative Axuria (Pyrénées-Atlantiques) a mis en place une telle caisse de solidarité, pour ses éleveurs ayant subi de la mortalité au-delà de 3 mois d’engraissement. Elle est alimentée par 1 % des sommes dues aux associés coopérateurs. « Le fait que la coopérative couvre 90 % de la valeur de l’animal en cas d’incident, sécurise l’éleveur dans sa démarche de finition. », résume Battita Baqué le directeur, « sinon certains ne prendraient pas le risque et vendraient toutes leurs têtes en maigre ».
Le règlement intérieur de la coopérative agricole devrait préciser les sinistres concernés et les conditions d’indemnisation. En pratique, les règlements intérieurs sont assez vagues, laissant des marges de manœuvre et de réactivité au conseil d’administration. C’est ce qu’a fait en 2023 ou 24 ? Bovineo (Cavac), qui a puisé 300 000 euros dans une caisse qu’elle a dénommée « caisse de sécurisation » pour aider l’ensemble de ses éleveurs à acheter de la paille et des concentrés, afin de remédier à un « enrubannage d’herbe en déficit de protéines », témoigne Fabien Droillard, naisseur-engraisseur de jeunes bovins à Bournezeau, en Vendée.
La coopérative anticipe un aléa
Nouveauté datant de 2023, lors de l’arrêté comptable, le conseil d’administration de la coopérative peut enregistrer une provision, c’est-à-dire mettre de l’argent de côté, pour le destiner ensuite à des associés coopérateurs affectés par un aléa. Cet aléa peut être sanitaire (FCO, DNC…), climatique (grêle, inondation) ou autre.
La coopérative Bovicoop (Auvergne) n’avait pas attendu ce feu vert législatif pour créer une « caisse de risque » par catégorie (d’animaux). « Les années bénéficiaires, nous abondons une ou plusieurs caisses pour soutenir des éleveurs qui feront face à des situations exceptionnelles, dont ils ne sont pas responsables. Nous étudions en conseil d’administration les demandes », explique Régis Favier, son président. Cette année, Bovicoop a indemnisé ses associés coopérateurs du cinquième quartier que l’abattoir ne payait plus en raison de la DNC. « 2024 n’avait pas été une bonne année, nous n’avions pas alimenté les caisses, 2025 a été meilleure, mais 2026 ne s’annonce pas favorable, le conseil d’administration propose à l’assemblée générale de voter XXXXX€ pour renflouer ces caisses de risque », annonce-t-il.
Un lissage de la rémunération
Une caisse de péréquation est une caisse d’abord alimentée par un prélèvement, réalisé par la coopérative sur le prix versé à l’exploitant quand les cours sont porteurs, par exemple au-dessus d’un seuil équivalent aux coûts de production, établi préalablement. Puis, quand les cours baissent, la caisse sert à maintenir un prix d’achat aux exploitants. La Cave des vignerons de Tursan a mis en place une caisse de ce type en 2018, qu’elle a utilisée en 2021, pour cause de gel, et en 2022, pour cause de grêle, en versant un prix au kilogramme beaucoup plus élevé qu’habituellement. « L’enjeu pour le conseil d’administration [qui est le décideur de cette caisse], c’est de trouver la rémunération optimale, entre le court terme : une rémunération suffisante, et le long terme : une rémunération assurant la durabilité des exploitations », explique Régis Laporte, directeur de la cave coopérative.
« L’inconvénient réside dans le fait que lorsque les cours sont hauts, le bénéfice fiscal déclaré correspond au prix perçu plus la somme en attente dans la caisse de compensation », alerte Tina Muriel, juriste à La Coopération agricole.
Le plus souvent le système est appliqué à tous les associés coopérateurs, comme à la Cave des vignerons de Tursan. Cependant, dans les coopératives de collecte-vente, rien n’empêche qu’il soit appliqué individuellement aux seuls coopérateurs qui optent pour ce mécanisme. « Dans les grosses coopératives, le suivi administratif serait rédhibitoire », explique Tina Muriel. Le règlement intérieur doit pour chacune de ses modalités préciser les conditions d’éligibilité, afin qu’elles soient transparentes et non discriminatoires.