Aller au contenu principal

Bruno Dufayet, Fédération nationale bovine : « Des signaux de marché au vert, les prix doivent sortir du rouge »

A quelques jours du Sommet de l’Elevage, le président de la Fédération nationale bovine estime que toutes les planètes sont alignées pour aller chercher de la valeur durablement. Du jamais vu, selon lui, depuis 2012.

Bruno Dufayet, président de la Fédération Nationale Bovine
Bruno Dufayet : « Une fois que le contrat sera obligatoire, il sera assorti d’une mécanique de prix prédéfinis et pas uniquement bâtie sur des volumes ».
© S.Chatenet

En quoi la conjoncture en viande bovine est-elle plus favorable aujourd’hui qu’elle ne l’a été ces dernières années ?

Bruno Dufayet : Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène. La consommation de viande bovine se tient. Le marché à l’export est très dynamique en viande comme en maigre : +5 à 6 % sur l’Italie, et en positive sur l’Espagne, nos deux plus gros marchés. Dans un contexte où l’offre est réduite, les effets de décapitalisation à l’œuvre depuis 2017 se font sentir.

Tout cela dans un contexte planétaire qui est favorable puisque la plupart des pays d’Europe ont vu leur production baisser, notamment en Espagne. Le prix du JB a progressé de 11% en Italie par rapport à 2020. Les pays du Mercosur sont très peu présents à l’export sur l’Europe. Ils réservent leur production aux chinois, tandis que l’Argentine n’exporte plus pour contenir les prix sur son marché intérieur.

Tous ces éléments constituent des arguments solides et tangibles pour aller chercher de la valeur. C’est une situation rêvée pour les commerciaux français. Des signaux de marché sont au vert, les prix doivent sortir du rouge.

 

Les éleveurs bénéficient-ils de cette embellie ?

B.D. : Nous sommes en droit d’espérer une ré-augmentation très forte des prix. Depuis deux mois, la tendance est à la hausse sur les vaches et les jeunes bovins, mais pas encore sur les broutards et les petits veaux laitiers. On sait que finalement, les opérateurs limitent cette hausse. Ils jouent la montre…C’est exaspérant, c’est d’ailleurs ce type d’attitude qui a motivé la décision de la FNB de ne plus siéger à Interbev.

Le discours d’une meilleure rémunération impossible à l’éleveur au titre de la préservation du pouvoir d’achat des consommateurs n’est plus crédible. Les chiffres sont têtus. En viande bovine, la consommation se tient alors même que les prix à la consommation augmentent de +3% par an depuis 25 ans. Il est temps de sortir de cette posture, qui ne poursuit qu’un objectif : essayer de moins payer les producteurs.

 

graph prix moyen gros bovin indice prix viande consommatio et ipampa

 

Malgré tout, j’ai envie d’être optimiste parce que le marché est favorable, et qu’une orientation politique qui va dans le sens de la rémunération des producteurs est en passe d’aboutir. Mais l’optimisme on l’a connu en 2012-2013 avec la Turquie, mais après tout s’est ébranlé. Il est donc essentiel de ne pas s’assoir sur cette conjoncture favorable. Nous devons en profiter pour bâtir une stratégie avec de vrais engagements de filière. Que chacun s’empare de cette opportunité-là.

 

Justement le second volet de la loi Egalim porté par le député Besson-Moreau semble plus opérante dans la volonté de redonner du pouvoir de négociation aux producteurs. Qu’en attendez-vous ?

B.D. : Le contexte législatif est plutôt favorable. Nous attendons de la loi qu’elle ne vienne pas détricoter le principe de contractualisation obligatoire, et qu’elle redonne à l’éleveur sa capacité de négociation en fonction d’indicateurs de marché tangibles. Si la loi en tant que telle ne va pas tout révolutionner, elle offre des outils qui donnent des perspectives avec des vrais engagements de chacun, ce qui est assez inédit.

Notre métier ne peut se nourrir que de passion. Tout le monde nous aime, tout le monde veut nous aider, mais on ne gagne pas notre vie. Il est temps que les choses changent. C’est pourquoi, nous demandons à l’aval de construire un vrai projet de filière intégrant la rémunération des producteurs. On ne lâchera pas là-dessus. C’est essentiel pour donner des perspectives, installer des jeunes, renouveler les générations. On sait très bien que demain on n’installera pas des agriculteurs en élevage s’il n’y a pas de retour de valeur dans les fermes. Il est temps de passer à la vitesse supérieure pour se rapprocher du coût de production.

 

Pour autant, on entend dire que les éleveurs ne seraient pas prêts à contractualiser…

B.D. : Dans le contexte de revenu dans lequel nous sommes, les seuls contrats que nous avons connu jusqu’à présent , ce sont des contrats de ramassage. Mais une fois que le contrat sera obligatoire par la loi, il sera assorti d’une mécanique de prix prédéfinis et pas uniquement bâtie sur des volumes. Quand on parle avec des jeunes éleveurs, tout le monde est favorable au contrat. Sur cette loi, nous avons mené un gros travail sur la nécessité de mieux rémunérer les producteurs, et d’autres on fait un gros travail pour que rien ne change. Ce qui prouve que pour certains acteurs, la situation ne va pas si mal que ça.

 

Sur la PAC, les récents arbitrages du ministre de l’Agriculture français sont plutôt défavorables à l’élevage allaitant. Est-ce un dossier sur lequel vous souhaitez l’interpeller à l’occasion de sa venue au Sommet de l’élevage¹ ?

B.D. : Avec la réforme du système de couplage, nous sommes effectivement dans un contexte de renégociation de la PAC globalement défavorable à l’élevage bovin. D’où la nécessité de construire un vrai projet de filière. Néanmoins, même si nous subissons des prélèvements, nous nous sommes battus pour que l’élevage puisse accéder aux aides protéines, ce qui constitue un vrai enjeu pour tendre vers l’autonomie alimentaire de nos troupeaux.

Par ailleurs, sur les éco-régimes, le monde de l’élevage est globalement en capacité d’y accéder, ce qui atteste, si besoin était, de la durabilité de nos systèmes, de nos performances environnementales qui sont le fruit de nos exploitations à taille humaine.

 

En quoi cette stratégie de durabilité exigée par l’Europe l’engage selon vous notamment au titre de la concurrence déloyale ? 

B.D. : Nous pouvons trouver toute notre place dans cette volonté européenne de tendre vers plus de durabilité. Mais l’Europe ne peut pas défendre un modèle durable, orienter la PAC en ce sens, et laisser entrer des produits qui ne répondent pas aux mêmes normes de production. Dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne (1er janvier au 30 juin 2022), nous attendons un signe fort sur ce dossier-là. A l’occasion du Sommet de l’Elevage, nous demanderons au ministre de l’Agriculture quelles mesures très concrètes, il compte engager avec ses homologues européens pour sortir de ces incohérences.

 

Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture est attendu au Sommet de l’Elevage, le mardi 5 octobre, premier jour du salon.

Lire aussi : ELVEA France : Profiter d’une conjoncture plus favorable à la viande bovine pour bâtir un vrai projet de filière

Lire aussi : FNB : une baisse des soutiens couplés aux bovins viande de 10 à 18 % entre 2023 et 2027

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout Réussir Bovins Viande.

Les plus lus

Olivier Mevel "Le monde agricole n’a pas à supporter le train de vie du distributeur"
Olivier Mevel : "Le monde agricole n’a pas à supporter le train de vie du distributeur"
Maître de conférences à l’université de Brest, Olivier Mevel n’est pas tendre avec le travail mené par l’observatoire de la…
Julien Denormandie sommet de l'elevage
FNB : "Un contrat écrit obligatoire pour toutes les catégories de bovins d'ici fin 2022"
Selon un communiqué de la FNB, Julien Denormandie a annoncé lors de sa visite au Sommet de l'Elevage qu'au 1er janvier 2022,…
vaches blondes au pâturage
[PAC 2023] Ce que l’on sait de l’aide couplée bovine pour les troupeaux allaitants
L’Institut de l’Elevage a présenté lors d’une conférence au Sommet de l’Elevage les informations disponibles sur la future aide…
Déchargement de broutards français dans un atelier italien - En Italie, la conjoncture actuelle est favorable avec des niveaux de prix nettement plus élevés que ce qui est habituellement pratiqué à cette période de l’année.
Trop peu valorisés, les broutards sont moins nombreux
Le prix du maigre a gagné quelques centimes en fin d’été mais ne progresse pas dans les mêmes proportions que les femelles finies…
Le parc d’attente est un demi-cercle à barrière poussante sécurisée permettant au choix d’orienter les animaux vers un parc, vers le quai de chargement ou vers l’entrée du couloir de contention. Le sol est un béton strié et il a été coulée après avoir bien vérifié que tout fonctionnait. Il est couvert d'un peu de sciure pour ne pas glisser.
[Contention des bovins] Une installation faite maison de haut niveau
Depuis dix ans, le Gaec des Reclous est équipé d’une belle installation associant bois et métal, complétée par un quai de…
Or rouge cv plainemaison Record
Des records battus pour la vente aux enchères des journées limousines Or Rouge de Plainemaison
Les journées limousines Or Rouge organisées l'entreprise Beauvallet- CV.Plainemaison du 15 au 18 octobre 2021 se sont soldées par…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 100€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site bovins viande
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière bovins viande
Consultez les revues bovins viande au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière bovins viande