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Anticiper dès à présent une année fourragère mal partie

Après un hiver très contrasté pour le niveau des précipitations, le brusque rafraichissement de la fin mars début avril a ralenti la croissance de la végétation. La Coordination Rurale demande dès à présent la mise en place de mesures face au déficit fourrager qui s’annonce.

Le changement climatique commence à se manifester de façon sensible. Les épisodes de canicule, connu en juin dernier, vont se répéter avec une augmentation probable des températures record.
© Claire Le Clève

Les années passent et tendent malheureusement à se ressembler sur le plan climatique. 2019 a été une piètre année fourragère dans bien des zones d’élevage. Même si les choses peuvent s’arranger en cours de printemps, 2020 est pour l’instant mal partie. Après la quasi-absence d’hiver, c’est désormais la quasi-absence de précipitations depuis le début du mois de mars associé aux gelées des premiers jours d’avril puis à un vent de Nord-Est persistant qui vient hypothéquer la pousse de l’herbe. Cette situation concerne tout particulièrement la moitié sud de la France où le niveau des précipitations hivernales a été bien en deçà de ce qui est habituellement constaté. La grande moitié Est du Massif Central est à cet égard la plus concernée.

Cette situation est préoccupante dans la mesure où les récoltes fourragères 2019 avaient été bien modestes et ont surtout commencé à être entamées très tôt en saison avec de ce fait des granges et des silos actuellement vides dans la plupart des exploitations. Cela conduit dès à présent la Coordination Rurale à solliciter de premières mesures. Elle a donc demandé au ministre de l’Agriculture « d’obtenir rapidement l’autorisation de l’Union européenne pour les éleveurs d’utiliser leurs surfaces en jachère pour faire pâturer leurs troupeaux, et aussi pour les céréaliers de les mettre à disposition des éleveurs, tant pour la pâture que pour un fauchage ultérieur. » Et de souligner qu’il « serait tout à fait appréciable que cette demande n’aboutisse pas tardivement, lorsque les jachères n’auront plus aucune valeur alimentaire… »

La crainte de tensions sur le marché de la paille

Ce syndicat rappelle d’autre part que les disponibilités en paille risquent d’être plus modestes cette année. Les surfaces semées en céréales à l’automne dernier sont en recul de 4,1% et cette moindre disponibilité risque d’être plus sensible dans un grand quart nord-ouest de la France. C’est dans cette grande zone d’élevage que l’abondance des précipitations automnales a le plus contrarié les semis. « De fortes tensions sur le marché de la paille sont à craindre. Si, comme l’an dernier, les utilisations non agricoles de paille sont importantes, les éleveurs n’auront pas de quoi satisfaire les besoins de leurs animaux. » redoute la Coordination rurale.

Des mesures ont également été demandées pour faciliter l’accès à la paille et à son transport : rendre le transport de fourrage prioritaire, réserver la paille à des utilisations agricoles, accorder la gratuité des péages aux transporteurs livrant les éleveurs, ouverture des accès aux bourses de transports pour faciliter les mises en contact entre transporteurs et agriculteurs…

L’actuel déficit hydrique préoccupe également la Confédération Paysanne, laquelle appelle à « la plus grande vigilance sur l’utilisation de fourrages dans les méthaniseurs. L’herbe doit être comptabilisée dans les 15% maximum d’apports en culture. » Et d’estimer qu’il faut « prioriser les ressources fourragères disponibles pour l’alimentation des animaux plutôt que pour la production énergétique et ce, afin d’assurer la pérennité des fermes d’élevages déjà fragilisées par les sécheresses à répétition. Il est primordial de préserver les stocks fourragers au regard de la sécheresse qui s’annonce. »

 

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