Poire : des pistes de recherche pour un verger performant
Si bien choisir son porte-greffe est essentiel pour conduire son verger à la performance, d’autres leviers sont en cours d’exploration.
Si bien choisir son porte-greffe est essentiel pour conduire son verger à la performance, d’autres leviers sont en cours d’exploration.
Comparer les modes de conduite
Le CTIFL expérimente actuellement dans le Sud-Ouest quatre formes de conduites sur trois variétés récentes : Qtee Celina (cov), Fred CH201 (cov), Harrow Sweet (cov). Les plantations ont été réalisées en 2021. Les formes de conduite de l’essai sont l’Aximum monoaxe, l’Aximum biaxe, le mur fruitier biaxe et le « Guyot Tree » (nouvelle forme multiaxes en deux dimensions). Chaque variété est étudiée sur deux types de porte-greffe, pyrus ou cognassier.
De son côté, la station de la Pugère compare quatre conduites sur des arbres de variété williams sur OHF 87 plantés en 2018 : axe, biaxe 2D (un seul plan de palissage), axe 3D (deux plants espacés de 0,75 m, tuteurés sur deux plants ouverts de 30 à 35°) et biaxe 3D. « Aucune conduite ne se détache significativement des autres pour l’instant, sauf peut-être les deux conduites 3D qui ont tendance à produire des fruits de plus gros calibre. Mais ça reste à valider et à mettre en perspective de l’investissement plus important avec le double palissage », indique Bernard Florens.
Densifier la plantation du verger
Des vergers de poiriers super-intensifs ont fait leur apparition en Italie, sous la forme de murs verticaux, où chaque arbre est conduit sur un axe principal avec des distances sur le rang entre 0,60 et 0,80 mètre et entre rangs de 3,5 à 4 mètres. Soit 4 000 à 4 500 arbres par hectare.
La station de La Pugère teste aussi différentes densités de plantation sur quatre conduites : axe, biaxe 2D (un seul plan de palissage), axe 3D (deux plants espacés de 0,75 mètre, tuteurés sur deux plants ouverts de 30 à 35 °) et biaxe 3D, sur la variété williams, « dans un contexte de parcelle très bien pollinisée », précise Bernard Florens. En 8e feuille, les densités intermédiaires, hors conduite en biaxe 3D, ne montrent pas d’écarts significatifs sur la production et les calibres cumulés depuis l’entrée en production. « En revanche, il y a une différence marquée entre les deux densités les plus extrêmes, 4 x 1,75 et 4 x 0,75, informe-t-il. Sur la densité la plus faible, la vigueur du porte-greffe OHF 87 amène l’arbre à occuper l’espace. Le nombre de fruits par arbre est beaucoup plus élevé mais avec davantage de petits calibres. » Alors qu’en haute densité, la quantité de fruits par arbre est forcément moins élevée mais avec une forte proportion de calibres supérieurs à 70 millimètres. L’essai reste toutefois à observer dans la durée. La gestion de la lumière sur les arbres « plantés serrés » sera l’un des points à surveiller plus précisément.
Améliorer la gestion du calibre
La gestion du calibre est plus ou moins facile selon les variétés mais c’est assurément un point clé pour la commercialisation. « Le calibre se travaille avec la maîtrise de la charge, la taille, l’éclaircissage, l’irrigation, la brumisation l’été en cas de forte chaleur. En Val de Loire où les producteurs sont généralement équipés d’aspersion contre le gel, on peut rafraîchir les arbres. Ça serait compliqué de ne pas pouvoir utiliser la brumisation et l’aspersion l’été. Aujourd’hui, en poire, sans accès à l’eau c’est impossible », pointe Claude Coureau, responsable pomme et poire au CTIFL.
Mieux positionner les traitements
Disposer d’outils pour bien positionner les traitements alternatifs est un enjeu majeur. « Dans les groupes techniques, le problème de tavelure ne remonte que pour les vergers en bio, et surtout sur williams, relève Claude Coureau. L’inoculum et les contaminations sont présents tout le temps. Nous avons peu de données biologiques car peu de personnes travaillent là-dessus. Le cuivre est un moyen de lutte mais le poirier n’aime pas ça. » Comprendre le cycle biologique de Venturia pirina (champignon responsable de la tavelure), notamment le mécanisme des contaminations secondaires, reste donc une des priorités. Des avancées pourraient être obtenues avec l’adaptation de l’appareil Marchi, créé par Michel Giraud du CTIFL et amélioré conjointement par le Ceta de Cavaillon et la station La Pugère. Cette nouvelle version du piège permet de mesurer la projection des ascospores in situ, avec toujours comme objectif d’élaborer des modèles prédictifs fiables. Pour rappel, williams est très sensible à la tavelure, alors que des variétés récentes comme Harrow Sweet, Elliot, Kiara, Qtee, présentent une sensibilité moindre.
Pour ce qui est du psylle, « il est favorisé en cas de temps humide et chaud. Dans le Sud-Est, ils gèrent avec de l’argile. En Val de Loire, ça ne suffit pas, expose Claude Coureau. Pour les traitements qui restent, le positionnement est essentiel. Pour repérer le début des pontes, nous récupérons les femelles. La dissection permet de voir si elles sont prêtes à pondre. » Le psylle sera l'un des sujets abordés lors de la journée Poire prévue le 4 juin 2026 à la Morinière.
Du côté du feu bactérien, Carine Mestre, chargée des expérimentations sur le volet bioagresseurs à la Pugère, a rappelé le 8 janvier lors d’une journée poire dans les Bouches-du-Rhône qu’en cas de grosse attaque, les producteurs sont aujourd’hui confrontés à une impasse. « Le Blossom Protect est autorisé sur poirier mais en association avec Buffer Protect, homologué en 2025 avec une Spe8, donc pas utilisable en période de floraison », a-t-elle indiqué.