Fraise dans le Lot-et-Garonne : « Nous couvrons 60 % de nos besoins en plants de fraise »
Stéphanie Girou, productrice de fraises dans le Lot-et-Garonne, a mis en place une pépinière pour produire 60 % de ses plants de fraise. Un travail supplémentaire mais qui la satisfait pleinement.
Stéphanie Girou, productrice de fraises dans le Lot-et-Garonne, a mis en place une pépinière pour produire 60 % de ses plants de fraise. Un travail supplémentaire mais qui la satisfait pleinement.
« J’aime bien maîtriser tout dans ce que je fais », lance Stéphanie Girou, productrice de fraises dans le Lot-et-Garonne, à propos de son choix de produire ses propres plants. L’exploitation qu’elle a reprise à Grézet-Cavagnan, en 2016, avait déjà une pépinière de 35 000 plants qu’elle a maintenue. Lorsqu’elle s’est agrandie en 2021, en s’associant avec son conjoint Olivier Minelli, ils ont ajouté une serre de 8 000 m2 mais aussi 3 000 m2 de pépinière. Aujourd’hui l'EARL La Courrège couvre 60 % de ses besoins en plants pour une production de fraises installée sur 2,4 hectares de serre et commercialisée par Rougeline.
La motivation économique se renforce depuis deux ou trois ans
« Produire ses plants permet d’être autonome, de gérer les dates de plantation sans dépendre d’un fournisseur. On sait ce qu’on a fait comme traitements et conduite. Le plant n’est pas forcément de meilleure qualité mais on sait à quoi s’attendre », résume Stéphanie Girou.
La motivation économique, au départ secondaire, s’est renforcée depuis deux ou trois ans. « Il y a beaucoup de coûts que l’on subit. La main-d’œuvre et les plants c’est ce qu’on arrive à maîtriser », développe la productrice. Elle estime que « sur les trois dernières années, selon le climat, les plants reviennent entre 42 et 50 centimes. Aujourd’hui chez un pépiniériste, on doit être à 60 centimes le plant de gariguette et 80 centimes pour une remontante ».
Il faut cependant être prêt à dépenser plus que prévu en coût de production si besoin, « car il faut aller chercher la qualité qui va assurer la future production. Économiser ne doit pas être la seule motivation », insiste-t-elle.
Équiper la pépinière de filets paragrêle est essentiel
En 2021, l’EARL a investi 25 000 euros pour l’installation de la pépinière de 3 000 m2. « Ce qui est primordial, c’est le bon terrassement : un sol plat mais avec la pente adéquate pour l’écoulement de l’eau », commente la productrice. La toile hors sol est l’élément le plus coûteux. Stéphanie Girou estime qu’il est essentiel d’investir dans des filets paragrêle pour protéger la pépinière. Il faut aussi prévoir l’irrigation par aspersion. La pépinière bénéficie de la station de fertilisation en place pour les fraises. Les plaques de culture coûtent 2 euros pièce, précise-t-elle, mais se gardent plus d’une dizaine d’années.
Bien préparer la pépinière pour l’arrivée des stolons
La production des plants s’étale de mai à octobre. Les stolons sont commandés aux pépiniéristes en mai. Il s’agit principalement de gariguette et d’une variété remontante. « J’essaye de panacher deux fournisseurs sur une même variété », indique Stéphanie Girou.
Avant l’arrivée des stolons, nettoyer tout autour de la pépinière pour éliminer l’herbe est essentiel pour limiter l’herbe au pied des plants, coûteuse en main-d’œuvre, et pour la pression sanitaire. Autre étape, le remplissage des plaques avec le terreau, début juillet.
« Pour le terreau, j’utilise un mélange de tourbe, fibres de coco et perlite. Il faut un substrat offrant un bon compromis entre drainage et rétention d’eau. Je fais ajouter du Prestop et du Trianum pour lutter contre le phytophthora et le pythium », décrit-elle. Un surcoût qu’elle évalue à environ 1 000 euros, soit une somme modique pour protéger 140 000 plants.
Une vigilance permanente pour des plants homogènes
Les plants sont repiqués autour du 14 juillet pour la gariguette, fin juillet-début août pour les remontantes. « Lors de la phase de reprise, il faut une surveillance constante, avec des petits arrosages courts et répétés car les plants ont des toutes petites racines. Ils ne doivent pas manquer d’eau. Il faut s’adapter au climat, à la température et au vent », détaille Stéphanie Girou. Les racines se développent en deux ou trois semaines. Un premier passage est réalisé pour « sortir l’herbe qui s’est installée au pied ». Lorsque le plant a bien repris, il est temps de couper les stolons qu’il produit en continu pour l’équilibrer. Pour les plants de gariguette, les stolons sont désormais coupés avec une débroussailleuse. Pour les remontantes, les plants sont repris à la main pour éliminer les hampes florales qu’elles produisent en plus des stolons et qui sont inaccessibles mécaniquement.
Bien gérer la fertilisation et l’irrigation pour arriver à un plant équilibré réclame de l’observation et de l’expérience. « Il faut bien quatre à cinq ans pour arriver à quelque chose de régulier, estime Stéphanie Girou. Trop d’engrais pose des problèmes d’induction florale. Si les plants sont trop stressés, pas assez vigoureux ce n’est pas mieux. » Le savoir-faire acquis permet une gestion fine en fonction des objectifs de production : précocité, étalement ou pas…
Sur le plan sanitaire, oïdium et les pucerons sont les menaces les plus importantes. « On a de moins en moins de produits possibles. Pourtant, il faut un plant sain au départ pour avoir un début de saison plus facile à gérer », alerte la productrice.
Préparer les plants pour la plantation en serre
Vers le 20 octobre, les plants de gariguette sortent de pépinière. « Là on opère un travail de nettoyage des plants, un par un. On effeuille les feuilles mortes, on élimine les stolons. On veut des plants nickel. On les met en caisse et on les apporte chez notre coopérative Valprim pour 750 heures de froid à 3 degrés », explique Stéphanie Girou. Ils sont récupérés la dernière semaine de novembre pour être plantés. Elle prévoit une marge de 5 % par rapport aux besoins lors de la plantation, mais la mortalité ne dépasse pas 2 %.
Organiser les besoins en main-d’œuvre
En termes de main-d’œuvre, Stéphanie Girou souligne que les besoins se font par à-coups. Remplir les plaques, repiquer les stolons demande deux à trois semaines puis il faut attendre plusieurs semaines pour l’étape d’arrachage de l’herbe et la gestion des hampes florales des remontantes. D’où l’importance d’avoir un atelier complémentaire. Dans le cas de l’EARL La Courrège, les fraises de variétés remontantes jouent ce rôle. Elles permettent de garder cinq à six personnes tout l’été qui gèrent les besoins sur la pépinière et la récolte des remontantes.
Améliorer encore la production de plants
Face à la pression sur les marges, l’heure est à l’optimisation. Cette année, l’exploitation se lance dans un essai de production de stolons à partir de pieds mère de gariguette et de Charlotte.
Surtout, la pépinière va s’agrandir avec un nouveau plateau de 2 000 m2 attenant à l’actuel pour arriver à 80 % d’autonomie. Par rapport à 2021, Stéphanie Girou constate que le coût de l’investissement au mètre carré est 30 % plus élevé.
Une remplisseuse de plaques de tray-plants est commandée et attendue pour juin. Un budget entre 30 000 et 40 000 euros mais qui devrait permettre une économie de 30 à 40 % sur le coût de remplissage des plaques.
La location d’une machine est envisagée pour désinfecter les tray-plants entre chaque saison. Cette étape prophylactique est encore plus cruciale dans le contexte de diminution des produits phytos autorisés.
Autre piste d’amélioration, progresser dans l’application des traitements, actuellement réalisés avec une lance. « Avec le biocontrôle, il faut une application plus précise qui permette d’atteindre toutes les parties du plant quand il est plus développé », constate-t-elle.
À plus long terme, Stéphanie Girou aimerait éviter le travail au sol. Elle observe avec curiosité les projets d’installation de pépinières en hauteur qui sont prévus dans les environs.
L’EARL n’a aucune volonté de vendre des plants mais espère que davantage de producteurs voisins vont se lancer pour pouvoir échanger sur les techniques, mutualiser des équipements ou encore grouper des commandes. « Chez Valprim, on n’est pour l’instant que deux à faire une partie de nos propres plants », souligne Stéphanie Girou.
La gariguette, vedette de la production
Gariguette est produite sur 1,9 ha, Charlotte sur 0,25 ha et Favori sur 0,25 ha. Les plants sont produits uniquement pour gariguette et Charlotte car il n’y a pas de stolons livrés pour Favori, variété hollandaise. La variété Murano n’a pas été reconduite en 2026 suite aux pertes générées par le pestalotiopsis en 2025. « Les plants de Murano étaient magnifiques quand on les a plantés en décembre mais fin janvier, les premiers symptômes de pestalotiopsis sont apparus. On a été au bout en culture mais nous avons eu beaucoup de pertes sur cette variété ».
Repères
Surface : 3000 m2 de pépinière, 2,4 ha de fraises sous abri
Production : 100 t de fraises par an
Plants : 140 000 par an
Effectif : 2 CDI + 6 personnes employées 6 à 8 mois + 3 sur 4 mois et saisonniers complémentaires en pic d’activité.