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Fraise : comment se lancer dans la production de ses propres trayplants ?

Pour pallier le risque de difficulté d’approvisionnement auprès des pépiniéristes avec un objectif de maîtrise de l’itinéraire cultural pour une typologie de plant recherché, des fraisiculteurs se lancent dans l’élevage de leurs propres plants. Des étapes clés sont à maîtriser.

Face aux exigences croissantes en matière de qualité physiologique, d’état sanitaire et de traçabilité du matériel végétal introduit en production fruitière, de plus en plus de fraisiculteurs choisissent de produire eux-mêmes leurs trayplants. Objectif : maîtriser tout l’itinéraire technique de la fraise et connaître l’historique de conduite en pépinière pour adapter la conduite en production de fruits. Myriam Carmentran-Délias, conseillère fraise-fruits rouges de la chambre d’agriculture du Lot-et-Garonne, nous livre les clés pour bien démarrer son atelier pépinière.

Quels investissements matériels sont nécessaires pour démarrer un atelier ?

Myriam Carmentran-Délias - Pour produire un élevage de plants dans les bonnes conditions, il est très important de concevoir l’atelier dans son ensemble, du matériel végétal aux investissements dans la plateforme et de travailler le stockage et la prise de froid. Les producteurs qui se sont lancés se sont équipés de filets paragrêle fixés sur des poteaux en bois ou en béton pour résister aux aléas climatiques. Les structures actuelles sont assez ouvertes pour permettre une bonne ventilation de la pépinière, mais des filets « brise-vent » en guise de parois sont nécessaires pour éviter les dérives, les risques d’hétérogénéité d’irrigation et pour gérer les adventices. Les plaques de plants sont posées au sol, qui doit être très bien nivelé et drainé afin d’éviter les zones de stagnation d’eau pouvant se créer via les passages des machines, favorisant les risques de maladies. Des plaques rehaussées sont proposées depuis peu pour éviter le contact entre le chignon racinaire et les zones d’accumulation d’eau. Pour une reprise homogène, des pratiques uniformes doivent être assurées pour le tassement du substrat dans les mottes (s’équiper de rempoteuse est possible), le matériel végétal transplanté, l’irrigation, la fertilisation et la prise de froid qualitative et quantitative. Le coût de production d’un trayplant varie de 0,35 à 0,56 euro par plant. Les temps de travaux vont de 2000 à 4 000 heures, mise au froid comprise.

Comment est gérée la mise au froid des plants sortis de pépinière ?

M. C.-D. - Les producteurs peuvent investir dans des frigos mais je ne recommande pas si c’est leur seul usage, le coût est difficile à amortir. Ils peuvent cependant louer des structures de stockage de fruits ou utiliser les installations de leurs structures de commercialisation. Cela va beaucoup dépendre de l’accessibilité et de la disponibilité des structures partenaires. La stratégie peut aussi varier en fonction du type de mise à froid voulu (froid positif et/ou négatif), des itinéraires culturaux visés par type de plants ou de la variété et de ses besoins en froid. Tous ces éléments peuvent allonger ou raccourcir la période de besoins en froid.

Quels sont les points cruciaux pour bien dimensionner son atelier ?

M. C.-D. - Je conseillerais de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Souvent, les producteurs ne produisent pas 100 % de leurs plants et continuent à se fournir chez leurs pépiniéristes afin de diversifier leurs approvisionnements, au moins les premières saisons le temps de roder les pratiques. Dans la même stratégie, ne pas hésiter à prévoir 3 % à 5 % de plants en plus en plants mottes en cas de problème de reprise. Cela permet d’éliminer les plants les moins qualitatifs tout en s’assurant d’un nombre suffisant, toujours dans un objectif d’homogénéisation de la qualité des plants. La surface en fruits joue aussi dans l’intérêt de lancer son propre atelier de plants. Il faut minimum 2 à 3 hectares de serres pour que les ateliers s’équilibrent, en dessous, c’est plus pertinent de se fournir chez des pépiniéristes.

En pépinière, quels aspects de la gestion culturale sont primordiaux ?

M. C.-D. - Après la qualité du matériel végétal introduit, le premier point crucial dans l’itinéraire technique est la gestion de l’irrigation. Elle se fait par aspersion, avec un recoupement optimal des asperseurs. L’objectif est que les plants soient les plus homogènes possible. Une attention particulière doit être portée aux bordures : il ne faut pas hésiter à densifier le nombre d’asperseurs pour que les plants de cette zone reçoivent la bonne quantité d’eau pour pallier les risques de dérive. Les apports sont à adapter en fonction du stade de la plante. En tout début de pépinière, des bassinages sont préconisés (arrosages courts et fréquents) pour permettre aux stolons de s’enraciner et éviter qu’ils ne brûlent au soleil. Au fur et à mesure que le système racinaire se développe, on met en place un sevrage du plant pour le « fortifier », en allongeant la durée de l’aspersion et la durée entre deux irrigations. Pour la fertilisation, généralement, les producteurs utilisent des substrats fertilisés à la fabrication, alimentant les jeunes plants 10 à 15 jours, puis la fertirrigation est mise en place dans la continuité des apports. Ces deux aspects sont le b.a.-ba d’une bonne gestion de la reprise en pépinière. Si la reprise n’est pas bonne, des repiquages devront être réalisés le plus rapidement possible en gardant toujours en tête d’homogénéiser sa production.

Comment sont maîtrisés les bioagresseurs ?

M. C.-D. - Entre chaque pépinière, de la prophylaxie est à mettre en place comme le nettoyage et la désinfection des plaques, le désherbage de la structure et des abords pour éliminer les réservoirs de bioagresseurs et adventices. Autre élément à prendre en compte si cette activité se développe, éviter d’installer l’atelier pépinière trop près des serres de production fruitière, pour réduire le risque de transfert de bioagresseurs d’un atelier à l’autre.

En cours d’élevage, la protection phytosanitaire est un volet important pour produire des plants de qualité. Il arrive que des producteurs s’approvisionnant auprès de pépiniéristes étrangers soient confrontés à plusieurs problèmes comme la présence de résidus non conformes à certains cahiers des charges ou des plants porteurs de maladies difficiles à maîtriser avec les produits disponibles en France, notamment en raison de problèmes de résistance. Maîtriser la protection sanitaire par des produits spécifiques en pépinière par rapport à la phase de culture des fruits permet d’éviter ce phénomène. À noter que certains usages sont exclusifs à la pépinière comme l’abamectine et la milbemectine.

Comment se gère la main-d’œuvre entre les ateliers pépinière et de fruits ?

M. C.-D. - Les deux ateliers se complètent au niveau du calendrier. Pour les variétés de saison, la culture en pépinière d’élevage de plants est en place de juillet à octobre (la remise en route de l’aire d’élevage est à prévoir quelques mois avant), tandis que les parcelles de production de fruits à base de trayplants sont plantées d’octobre à décembre et récoltées jusqu’en juillet de l’année suivante. C’est plus délicat pour les variétés remontantes, puisque les travaux de récolte, du printemps à octobre, peuvent s’additionner à ceux de gestion de la pépinière d’août à la fin d’année. Mais ces travaux estivaux de récolte, en général moins intensifs, laissent de la disponibilité dans les équipes pour s’occuper des trayplants.

Il n’y a pas besoin de main-d’œuvre particulièrement qualifiée. Certaines tâches différentes de celles en production de fruits sont à maîtriser, comme le repiquage, le désherbage ou l’effleurage. Généralement, les contrats s’enchaînent de la fin d’année jusqu’au printemps, couvrant ainsi la période de production des fruits. À l’issue de leur contrat, les salariés sont ensuite affectés l’été sur les aires d’élevage, ou l’équipe est renouvelée.

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