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Faux semis : les cinq conseils pour les réaliser dans des conditions optimales

Les faux semis ne s’improvisent pas. Pour favoriser les levées de ray-grass ou de vulpin avant l’implantation d’une culture d’automne, tout se joue sur le bon positionnement et les bonnes conditions d’intervention.

<em class="placeholder">Tracteur équipé d&#039;un rouleau pour rappuyer le sol.</em>
Il est indispensable de passer un rouleau pour rappuyer le sol après un faux semis.
© Agro-Transfert

Le faux semis fait partie des leviers mobilisables pour réduire la pression des graminées adventices dans les cultures d’automne. Pour être efficace, il doit toutefois être positionné au bon moment. « Le faux semis se réalise idéalement en fin d’été, explique Marie Flament, responsable du programme gestion des adventices chez Agro-Transfert Ressources et Territoires. L’objectif est de faire lever le maximum de graminées automnales, ray-grass et vulpin, avant le semis de la culture ». Et pour optimiser ses chances de réussite, il est important de « cibler les adventices qui risquent de lever dans la culture suivante et non l’ensemble du stock semencier », ajoute David Pasquier, ingénieur Arvalis.

Attendre d’avoir un sol humide

« On va tout d’abord rechercher une humidité résiduelle dans le sol, peu de temps après une pluie par exemple », indique Marie Flament. Cette fraîcheur va permettre de faire lever les dormances des graines d’adventices, condition indispensable pour qu’elles germent ensuite. Le deuxième facteur de réussite est d’avoir une « vraie » pluie dans les jours qui suivent le faux semis. « La pluie permet de faire germer les graines adventices, car elles ont besoin d’une bonne imbibition. » 

Les deux conditions réunies augmentent le potentiel de graines d’adventices capables de germer. « Sans humidité résiduelle au moment du faux semis, seules les graines non dormantes vont germer quand surviendra la pluie », précise Marie Flament. En septembre, les conditions météo permettent généralement de satisfaire ces deux conditions.

Selon le type de sols, « la conservation de l’humidité sera plus ou moins facile », indique de son côté Guillaume Fremont, conseiller à la chambre d’agriculture de l’Yonne. Les sols limoneux sont les plus favorables, même s’il faut rester vigilant vis-à-vis de la battance. Sur sols argileux, le faux semis peut favoriser la formation de mottes et assécher les premiers centimètres du profil. Quant aux sols sableux ou argilo-calcaires, les levées sont rapides mais l’intervention doit être positionnée au plus près des pluies, car ce sont des sols qui sèchent vite.

Laisser aux adventices le temps de lever

Une fois le faux semis réalisé et les pluies intervenues, reste à laisser du temps aux adventices pour lever. « Il faut attendre suffisamment de temps pour semer, sinon les adventices vont lever dans la culture », précise Marie Flament. « Après la pluie, on laisse environ trois semaines avant de semer. Avec un faux semis début septembre, on est normalement bon pour des semis entre le 15 et le 25 octobre. » Si les pluies n’arrivent pas tout de suite, il faudra décaler d’autant la date de semis.

Réaliser un travail peu profond

« Un bon faux semis c’est un travail très superficiel, entre 3 et 5 cm de profondeur, énonce Jérôme Labreuche, ingénieur de recherche chez Arvalis. Cela correspond à la profondeur optimale de germination des graines. » Marie Flament précise que « les graines visées sont présentes dans les deux à trois premiers centimètres », et ajoute qu’un faux semis superficiel implique que le semis le soit aussi pour éviter de faire remonter des graines plus profondes. « Dans l’Yonne, certains agriculteurs s’y sont essayés à des profondeurs trop importantes avec des échecs derrière. D’où un manque d’intérêt ensuite pour la pratique. », observe Guillaume Fremont.

Passer un rouleau pour rappuyer le sol

En matière d’outils, Jérôme Labreuche conseille « un outil à disques type déchaumeur à disques indépendants pour un premier passage, puis d’un outil à dents type vibro déchaumeur voire vibroculteur, pour les passages suivants », mais il est possible d’utiliser également des herses (étrille, rotative, ou de déchaumage). 

Dans tous les cas, il faut ajouter le passage d’un rouleau lourd pour rappuyer le sol. « Nous avons obtenu nos meilleurs résultats dans nos essais avec un faux semis décomposé, explique Marie Flament. Un passage de vibroculteur à forte vitesse puis un rouleau plein pour rappuyer derrière, permettant un bon contact terre graine pour la germination. »

Guillaume Fremont précise que si un passage de rouleau est idéal, dans la pratique il est très peu réalisé, car c’est du temps et du carburant supplémentaire. Il ajoute aussi que les agriculteurs ne sont pas toujours équipés des outils cités précédemment, ce qui est aussi un frein pour la pratique du faux semis.

Réaliser plusieurs faux semis si les conditions le permettent

« Chez Agro-Transfert, nous préférons un seul faux semis réalisé dans de bonnes conditions que plusieurs dans des conditions qui ne sont pas optimales, énonce Marie Flament. C’est plus efficace et moins coûteux. » Guillaume Fremont constate de son côté l’intérêt de réaliser deux faux semis couplés à un décalage de la date de semis. « On fera par exemple un faux semis fin août, une destruction des levées d’adventices fin septembre avec un second faux semis dans la foulée, puis enfin un semis décalé au 5 novembre (vs 15 octobre). »

Jérôme Labreuche considère quant à lui qu’il faut s’adapter aux conditions de l’année et conseille de renouveler l’opération « à chaque fois que ça va lever. » Pour lui, un seul faux semis ne fait lever qu’une toute petite partie du stock semencier superficiel (moins de 10 %). De plus, il indique que les adventices se caractérisent par des dormances plus importantes que les espèces domestiquées, avec des levées échelonnées. « Il sera souvent nécessaire de faire beaucoup de faux semis pour tout déstocker. »

Comment détruire les adventices levées ?

La destruction des adventices levées va se faire de façon mécanique ou chimique. « La meilleure stratégie est un faux semis suivi d’un passage de glyphosate puis d’un semis direct, explique Marie Flament, mais on reste dépendant du glyphosate. » En cas de destruction mécanique, avec une herse étrille par exemple, « il faut le faire rapidement après le faux semis, car si les graminées adventices sont trop implantées on ne pourra pas les détruire. » De manière générale, il faut repasser tous les 7 à 10 jours après le faux semis et dans de bonnes conditions, « ce qui n’est toujours pas facile. »

Et si la destruction se fait à la herse rotative (en vue de préparer le semis), on va retravailler le sol, avec le risque de faire lever de nouvelles adventives dans la culture. Guillaume Fremont indique qu’une erreur fréquente est celle de se précipiter pour refaire un faux semis après le passage de la herse étrille. « Il faut attendre une bonne levée partout, ce qui survient après 5 à 6 jours de conditions sèches. »

Le faux semis déconseillé avant un colza

« Avant colza, le faux semis n’est pas conseillé car on va chercher à conserver le peu de fraîcheur résiduelle pour le semis », indique Fanny Vuillemin de Terres Inovia. « Il faut travailler le sol le moins possible pour ne pas assécher le profil. » Par contre celle-ci explique que le travail du sol (souvent deux passages) qui est fait juste après la récolte du précédent pour préparer le lit de semence va faire lever des repousses de céréales et avoir « un effet faux semis ». 

Ces repousses devront ensuite être détruites au glyphosate, environ quinze jours avant le semis, ou seulement deux jours avant lorsqu’un passage de disques a été réalisé.

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