Emploi : ce qui motive les apprentis qui choissent la filière fruits et légumes
Quels atouts des métiers de la production de fruits et légumes pourraient attirer les jeunes alors que la filière peine de plus en plus à recruter ? Le temps d’une matinée, une douzaine d’apprentis en BTSA métiers du végétal nous ont confié leur avis.
Quels atouts des métiers de la production de fruits et légumes pourraient attirer les jeunes alors que la filière peine de plus en plus à recruter ? Le temps d’une matinée, une douzaine d’apprentis en BTSA métiers du végétal nous ont confié leur avis.
Le manque d’attractivité de la filière fruits et légumes se mesure particulièrement dans le Lot-et-Garonne avec un paradoxe auquel est confronté Philippe Netto, directeur du CFA Agricole 47. Alors que le département concentre des entreprises arboricoles et maraîchères dynamiques, les jeunes motivés par ce secteur se font de plus en plus rares. Un problème majeur pour l’ensemble de l’AgroCampus 47 comme pour les professionnels de la filière.
« En BTSA métiers du végétal, nous avons une douzaine d’apprentis en deuxième année, mais nous n’en avons recruté que huit à la rentrée 2025. La filière horticole est en baisse depuis dix ans », déplore-t-il. Il constate à l’inverse que d’autres filières font le plein, comme le Bac pro conduite et gestion de l’entreprise agricole Grandes cultures ou Polyculture-élevage.
Pour comprendre ce qui attire les apprentis ayant fait le rare choix des filières maraîchères et arboricoles, le directeur nous a proposé de venir échanger avec la promo de deuxième année en BTSA métiers du végétal du CFAA de Sainte-Livrade-sur-Lot. Nous avons également recueilli l’avis de trois exploitations accueillant régulièrement des apprentis.
Valoriser la technicité des métiers de la filière
Pour les jeunes apprentis, la méconnaissance de la diversité des métiers de la filière est un frein majeur au recrutement d’étudiants. « C’est un métier ou il y a 100 déclinaisons », lance Simon Kraj, apprenti chez Hortival. Raphaël Campiglia, en reconversion après une dizaine d’années dans le secteur bancaire, reconnaît qu’il n’était pas conscient de cette diversité avant d’entamer son parcours alliant formation et travail dans une ferme maraîchère bio en Dordogne. « Avec cette formation, on peut être salarié agricole, exploitant agricole mais aussi technicien pour conseiller d’autres exploitations », illustre-t-il.
Les compétences techniques requises par cette filière sont à valoriser, selon eux. Pour Louise Chauvac, apprentie au Jardin d’Émile et Mélissa à Canohès dans les Pyrénées-Orientales, « les gens ne se rendent pas compte de la technicité qu’il peut y avoir et des études qu’il faut faire. Ils pensent que c’est simple, qu’il suffit d’avoir la force physique ». Un regret également exprimé par David Iachi, apprenti de la SCEA Demeter à Puch-d’Agenais, l’entreprise de sa famille. « Il y a de l’automatisation, des machines de conditionnement. On n’est plus au Moyen Âge. Même les petits agriculteurs qui s’installent arrivent à investir dans du matériel. Nous, on a automatisé le plus possible. Ça se sait par bouche-à-oreille et on arrive à recruter », lance-t-il.
Ces jeunes ont d’ailleurs à cœur de mettre en avant les moyens innovants engagés dans les exploitations où ils travaillent. Stéphane Lafon, conseiller de l’apprentissage au sein du CFA, confirme qu’il faut lutter contre une forme de caricature plaquée sur les métiers du végétal. « Lors d’un salon à Bordeaux, j’ai entendu l’Onisep présenter les métiers de l’agriculture. Pour l’élevage, c’était crédible mais sur le végétal c’était caricatural, avec des visuels présentant un agriculteur avec un chapeau de paille », raconte-t-il.
La diversité des entreprises permet de trouver sa place
Les apprenants insistent également sur la diversité des productions et des types de structure dans lesquelles on peut travailler. « Entre des infrastructures avec des centaines d’hectares et des dizaines de salariés et des échelles plus petites, ce sont des métiers totalement différents même s’il peut y avoir les mêmes produits », insiste Simon Kraj. Il relève aussi les différences entre conventionnel et bio : « il y a des similitudes au niveau des contraintes mais pas la même façon de les gérer ». « L’entreprise doit correspondre à l’éthique de chacun », relève Raphaël Campiglia.
Philippe Netto rappelle que la variété des modèles permet à chacun de trouver sa place selon ses aspirations.
De multiples compétences à développer
Gros point fort des métiers du végétal pour les apprentis, le côté multicasquette qu’ils peuvent offrir. Qu’ils se projettent dans le rôle d’agriculteur entrepreneur ou dans celui de paysan, tous perçoivent qu’il s’agit de gérer une entreprise. Autre fonction, jugée par tous comme difficile mais essentielle, le management.
Matthieu Laforgue, apprenti chez EARL de Gillard à Labastide-Saint-Pierre, dans le Tarn, pense que « le management peut motiver des personnes à venir dans la filière. C’est une fonction qui fait appel à d’autres compétences que celles de la terre ». Louise Chauvac insiste sur la crédibilité que donne la maîtrise technique : « il faut avoir une bonne connaissance de la pratique avant de vouloir commencer à faire du management et donner des consignes à des ouvriers, avec en plus la barrière de la langue ».
La diversité des tâches potentielles permet à un emploi d’être évolutif. Quentin Drapé, apprenti à la SCEA La Canopée à Sérignac-sur-Garonne, considère même que les possibilités d’évolution sont essentielles pour rester dans une entreprise. Elles tiennent aussi à la stratégie adoptée. Ainsi dans son exploitation familiale, suite à la reprise en main de la commercialisation des pommes, de nouveaux savoir-faire ont émergé. « On s’est équipé d’une calibreuse, on a appris à commercialiser, on a créé de nouveaux postes et on travaille avec des nouveaux métiers comme électricien ou transporteur », confie-t-il.
Le métier induit une liberté de choix stimulante
Sans nier les contraintes auxquels la filière doit faire face, les apprentis ont unanimement souligné le côté stimulant du métier. « Il faut toujours se creuser la tête pour trouver des solutions, des petites techniques pour limiter au maximum les problématiques qu’on a aujourd’hui, que ce soient les phytos, l’eau, le sol, le changement climatique », positive Matthieu Laforgue. Dans cette optique, il trouve inspirant de découvrir d’autres pratiques que celles en place dans son entreprise familiale arboricole, par exemple des techniques de maraîchage adaptables pour développer de la biodiversité en arboriculture conventionnelle.
« On nous apprend à étudier un problème, à trouver différentes solutions et pas d’y aller tête baissée. Surtout en arbo, on peut répondre différemment à un problème », abonde Quentin Drapé. Ce choix est pour Simon Kraj, synonyme de liberté. « Face à un même problème, nous sommes vraiment libres de choisir la solution en cohérence avec ce que nous voulons faire », estime-t-il.
Participe de cette ouverture le fait que les lieux d’apprentissage sont diversifiés, considère Yanis Garet, apprenti à l’EARL Frédéric Dauch à Montbeton, dans le Tarn-et-Garonne : « c’est très intéressant quand chacun raconte ce qu’il fait. On se complète ». Les coordinateurs pédagogiques soulignent de leur côté que le contenu des enseignements s’est adapté à l’agriculture bio et raisonnée et s’attache à mettre en valeur les alternatives.
Combattre les préjugés est une nécessité
« L’image de l’agriculteur n’est pas bonne en général, on parle toujours du négatif », regrette Raphaël Campiglia. Le postulat fait consensus. Temps de travail illimité, difficulté à en vivre, tensions avec les voisins lors des traitements phytos, sont notamment cités. Mais pour ces jeunes, il y a des solutions. Raphaël Campiglia mentionne l’importance de la formation, qui justement « va nous permettre de maîtriser au mieux notre exploitation ». Pour le temps de travail, plusieurs évoquent la possibilité de s’associer pour dégager du temps libre à tour de rôle. Quentin Drapé observe que la filière fruits et légumes permet plus d’équilibre entre vie personnelle et professionnelle, par rapport à l’élevage, par exemple.
Pour ce qui est des débouchés, Valentin Pastureau, apprenti à la SARL du Logis du Mortier en Charente, constate un fort attachement aux productions locales. Il le mesure par le succès de la vente directe proposée par son exploitation. « C’est notre rôle à notre échelle d’inverser la tendance et de promouvoir ce métier d’agriculteur, qui est beau et qui a du sens », encourage Raphaël Campiglia.
Deux formations spécifiques
Pour la filière végétale, l’AgroCampus 47 propose le BTSA métiers du végétal (MVAOE), au sein du CFAA de Sainte-Livrade-sur-Lot, mais aussi le Bac pro conduite de productions horticoles (CPH), au Lycée Fazanis à Tonneins. Pour le diplôme de BTSA, le taux de réussite était de 100 % en juin 2025. Le taux d’insertion dépasse 90 %.