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Elevage bovins viande : S’organiser pour se libérer du temps, « on se rapproche du reste de la société »

Certains éleveurs ont réorganisé leur travail pour se rapprocher des rythmes du reste de la société. Ils réservent des temps quotidiens à leurs proches, prennent plusieurs semaines de congés par an et s’autorisent des activités sociales en dehors de la ferme.

« On a tous vu nos parents ne pas avoir de vacances et avoir des journées très longues. Aujourd’hui, les qualités de vie ne sont plus les mêmes. On se rapproche du reste de la société, on vit comme tout le monde », affirme Guillaume Cornuaille, éleveur-engraisseur de blondes d’Aquitaine en Loire-Atlantique. Associé du Gaec Les Bambous depuis 2015 avec trois autres agriculteurs, installés respectivement en bovin lait, volailles et céréales, il s’est imposé des temps quotidiens avec sa famille : il réserve chaque matin une heure à son enfant, notamment pour l’emmener à l’école, et termine sa journée de travail à la ferme aux alentours de 18 h 30 en hiver et 19 h 30 en été, lui laissant la soirée libre pour profiter de sa famille.

Prendre du temps chaque jour avec sa famille

L’amplitude horaire est la même pour Benjamin Cabirou. Naisseur-engraisseur de charolaises installé en Gaec à La Ferme du clocher avec sa conjointe, il s’est organisé dès son installation pour passer un maximum de temps avec son fils. « J’en ai entendu beaucoup regretter de ne pas avoir vu leurs enfants grandir parce qu’ils n’arrêtaient pas de bosser. Moi, mon petit a 5 ans, j’aime profiter de lui, j’aime le matin et le soir être à la maison. »

Éleveur-naisseur de blondes d’Aquitaine et père de trois enfants, Pascal Cabon prend lui aussi un temps chaque matin en famille avant de faire le tour de sa ferme. Double actif, il travaille en journée comme inséminateur pour la coopérative Innoval jusqu’aux environs de 16 heures (il effectue une trentaine d’heures par semaine), à la suite de quoi il retourne sur la ferme jusqu’à 18 h 30. Comme Guillaume Cornuaille et Benjamin Cabirou, il consacre ses soirées à sa famille.

Des congés annuels périodiques

En plus des temps familiaux quotidiens, Guillaume Cornuaille et ses trois associés, dont les conjointes travaillent toutes en dehors de la ferme, sont parvenus à se dégager chacun trois semaines de congé par an. « On prend une semaine entre janvier et février et quinze jours pendant l’été. Si tout le monde veut prendre des congés au même moment, on tourne une année sur deux ou on décale, on arrive à jongler. »

Originaire de Lozère et installé à Tréflévénez dans le Finistère, Benjamin Cabirou retourne, pour sa part, voir ses parents trois à quatre fois par an. « On prend une semaine et demie de congé en août, voire deux. Et presque autant en décembre. » Même chose pour Pascal Cabon qui réussit lui aussi à libérer du temps durant le mois d’août, au moment des vacances de sa conjointe et de ses enfants.

Des systèmes d’entraide encore indispensables

Prendre des vacances régulières n’est toutefois possible que parce que l’exploitation peut être déléguée lors des périodes d’absences. Dans le cas de Benjamin Cabirou, ce sont ses beaux-parents, à qui il a repris la ferme, qui assurent la permanence : « on choisit les moments où il n’y a pas de vêlages, de mise à la reproduction ou de vente, et on simplifie le travail au maximum. Généralement, il n’y a qu’à faire tourner les animaux sur les paddocks et à recharger les râteliers quand ils sont vides. »

De son côté, Pascal Cabon délègue son exploitation à un agriculteur retraité qui vient occasionnellement couper du bois sur sa ferme. « Quand je suis absent, il est capable de me remplacer. Il sait alimenter, pailler, changer de place la tonne à eau, etc. C’est une mine d’or. »

Guillaume Cornuaille fait exception : les associés du Gaec Les Bambous travaillent uniquement tous les quatre et ne ressentent pas le besoin de recourir à une aide supplémentaire, hormis celle d’un stagiaire présent chaque année sur l’exploitation.

Un impératif : la rigueur organisationnelle

Si ces éleveurs sont parvenus à se dégager du temps, c’est aussi grâce à une organisation rigoureuse et à un certain nombre d’ajustements technico-économiques. Pascal Cabon a choisi de se limiter à une soixantaine d’animaux, de faire vêler ses vaches à 30 mois et de répartir les mises bas sur deux périodes : 40 % de ses vêlages se font entre septembre et octobre, 60 % entre mars et avril. « J’insémine un maximum de femelles pour chaque période. Je commence vers le 11 novembre, et par rapport à la durée de gestation de la race blonde, je suis sûr de ne pas avoir de veaux en août. Comme ça, s’il y a des sorties, je peux en profiter. »

Coté alimentation, son système est aujourd’hui intégralement à l’herbe : « À l’époque, j’étais en maïs ensilage, ensilage d’herbe, céréales, et j’achetais du concentré à l’extérieur. En passant en 100 % herbe, le système a été simplifié au maximum. » Pascal Cabon bénéficie en outre d’un bâtiment fonctionnel et d’un matériel performant, lui permettant de faciliter la surveillance et la conduite du troupeau. Âgé de 50 ans, l’éleveur se dit satisfait du chemin parcouru et envisage la suite avec une relative sérénité. « J’ai réussi à monter le troupeau, à construire le bâtiment, à aménager le parcellaire et à participer à la vie familiale, que ce soit le matin ou le soir. Le plus dur est fait. »

Du côté du Gaec Des Bambous, la première force est celle du collectif. « On est dans la même tranche d’âge, on a les mêmes besoins au niveau des enfants et on a la même façon de voir les choses. C’est pour ça que cette organisation est possible », rapporte Guillaume Cornuaille. Les quatre associés travaillent en binôme selon des systèmes de rotation minutieusement planifiés. « Tout le monde touche à tout. Je vais aussi bien sur le lait que dans les champs. Chacun pilote son atelier, mais tout le monde participe et se donne des coups de main. » Qu’il s’agisse de la traite, de l’alimentation, de la surveillance, des semis ou de la récolte, les quatre associés se répartissent et alternent les tâches dans les différentes productions. « Pour les vêlages, on a une nuit de permanence chacun et on appelle notre binôme en cas de besoin. Pour le lait, on a un système de rotation une semaine sur trois. C’est le même qui va faire les logettes, laver les robots, faire boire les veaux, etc. Et on tourne. »

Concernant la conduite du troupeau, Guillaume Cornuaille a choisi lui aussi de faire vêler ses 80 vaches sur deux périodes : la première va du 1er décembre au 15 février, la seconde de mi-juin à mi-août. « Au départ, on avait des vêlages tout le mois d’août, ça traînait. Maintenant les vaches qui sont en retard, soit elles changent de période, soit elles sont réformées. C’est une question de facilité de travail et de congés. »

Séparer les temps personnels des temps professionnels

À l’instar de Pascal Cabon, nombre d’éleveurs sont passés par le salariat avant de s’installer : « travailler à l’extérieur, ça vous ouvre l’esprit. Je voyais mes parents qui faisaient 70 heures par semaine, alors qu’au boulot certains finissaient leur semaine le vendredi midi et gagnaient plus qu’eux. » C’est aussi le cas de trois des associés du Gaec Les Bambous, dont Guillaume Cornuaille, qui a été employé dans une fabrique d’aliments puis en centre d’insémination avant de reprendre la ferme familiale en 2012.

Avoir connu d’autres horizons professionnels renforce la volonté de distinguer le temps de vie personnelle du temps de travail. Pour éviter que le second ne prenne le pas sur le premier, certains éleveurs tentent de délimiter rigoureusement les activités et les espaces de vie. « Je ne vois pas pourquoi on devrait bosser jusqu’à 22 heures alors que les autres rentrent à 19 heures et ont leur vie de famille tranquille. Tout ce qui est administratif, il y en a qui le font le soir après être rentrés du boulot, nous, on se prend une après-midi papier. Le soir, quand on rentre à 19 heures, on parle de l’école avec le petit, on regarde la télé, on invite les voisins à boire un coup. Quand il est 19 heures, la ferme, c’est terminé, on passe à autre chose », témoigne Benjamin Cabirou.

Allier responsabilités professionnelles et loisirs

Guillaume Cornuaille et Pascal Cabon se réservent des créneaux pour diverses activités sociales en dehors de la ferme. Outre qu’ils s’investissent tous les deux dans une Cuma de leur département, le premier est membre actif du Syndicat d’éleveur de blonde d’Aquitaine de la Loire-Atlantique (SEBA 44), le second se rend tous les lundis soir à la piscine avec un groupe d’amis depuis quinze ans.

Planifier les congés comme en entreprise

Les associés du Gaec Les Bambous planifient les temps sur l’exploitation comme en dehors : « les congés sont posés six mois à l’avance comme dans une entreprise, et les week-ends sont planifiés à l’année. Quand on sort des congés d’été, on cale les congés d’hiver, et quand on sort des congés d’hiver on cale les congés d’été. » Les quatre agriculteurs se retrouvent également chaque matin autour d’un café pour se répartir les tâches de la journée, organisent des micro-réunions périodiques et notent dans un tableau commun leurs rendez-vous respectifs.

Fiche élevage

EARL de Kerdeniel

65 ha d’herbe
65 vêlages de blondes d’Aquitaine avec vente de vaches maigres et de broutards
1 UMO

Fiche élevage

Gaec Les Bambous

320 ha de SAU dont 100 ha de pâturage, 220 ha de maïs, blé, orge et colza
80 vêlages de blondes d’Aquitaine avec vente de jeunes bovins de moins de1 an et de vaches finies en Bœuf de Vendée Label rouge
130 vaches laitières, poulailler de 400 m² poulets fermier d’Ancenis Label rouge
4 UMO

Fiche élevage

Gaec La Ferme du Clocher

80 ha de SAU dont 10 ha de prairies permanentes et 30 ha de prairies temporaires, 40 ha de colza, maïs, orge, méteil et triticale.
100 UGB, 45 vêlages de charolaises avec vente de vaches et génisses finies en GMS et de jeunes bovins finis en marché aux bestiaux
Atelier de porc à façon (380 places)
2 UMO
Rédaction Réussir

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