Élevage bovins viande : quand le couple devient associé, s’accorder au travail et se retrouver en famille
Travailler en couple peut amener un niveau supplémentaire de complexité lorsqu’on cherche à équilibrer vie professionnelle et vie personnelle. Témoignage de deux éleveurs de Saône-et-Loire qui ont souhaité rester anonymes.
Travailler en couple peut amener un niveau supplémentaire de complexité lorsqu’on cherche à équilibrer vie professionnelle et vie personnelle. Témoignage de deux éleveurs de Saône-et-Loire qui ont souhaité rester anonymes.
Rémi (1) a travaillé huit ans comme salarié sur sa ferme avant d’être associé en Gaec avec son employeur pendant dix ans. Il reprend l’exploitation en novembre 2025 avec son épouse, après le départ à la retraite de son associé. De son côté, Philippe (1) s’est installé en Gaec avec son père de 2014 à 2018, date à laquelle sa conjointe a remplacé ce dernier en ajoutant sur la ferme un atelier de production et transformation de lait de chèvres.
Trouver sa place et la donner à l’autre
Les conjointes des deux éleveurs ont en commun d’avoir rejoint des exploitations sur lesquelles leurs compagnons travaillaient déjà depuis plusieurs années. Cette antériorité n’a pas été simple à gérer, en particulier dans les premiers temps. « Quand ma conjointe s’est installée, je n’étais pas prêt à ce qu’elle vienne sur mon atelier. On n’avait pas forcément la même conception de l’élevage, j’étais encore jeune et un peu borné. Aujourd’hui si elle venait m’aider plus souvent sur les vaches, je l’accepterais sans problème », confie Philippe.
Même chose pour Rémi, pour qui le dialogue a été difficile au démarrage : « Il faut trouver sa place, savoir dire les choses, et savoir les entendre aussi. Avec un associé, on a un peu plus de retenue que dans le couple où on met moins les formes. Et ce n’est pas bon », regrette-t-il.
Trouver sa place, c’est aussi penser une organisation du travail qui convienne à chacun. Les deux couples ont opté pour des configurations différentes en la matière. Du côté de Rémi, le choix a été fait de travailler ensemble : « Nous aimons tous les deux tout faire. Qu’il s’agisse de la moisson ou des foins l’été, ou de s’occuper des animaux et faire les soins aux veaux l’hiver. Et c’est moins rébarbatif pour nous deux. »
À l’inverse, Philippe a préféré délimiter les activités, bien qu’il tende aujourd’hui à lâcher du lest : « On se donne des coups de main, mais on a clairement chacun un atelier. Dans ma vision des choses au départ, c’était plus simple de dire : "on travaille sur la même exploitation, mais on ne fait pas le même boulot." En prenant du recul, on devient plus sage. Et on avait une salariée qui a démissionné parce qu’elle va être maman. Donc l’année prochaine, je retournerai plus souvent en fromagerie, et ça ne me dérange pas du tout. »
Mettre des garde-fous pour préserver la vie de famille
Travailler en couple sur la ferme implique également de penser l’organisation familiale de façon à distinguer les différents temps de vie, en particulier pour conserver des moments avec les enfants. « Quand on rentre, il faut qu’on soit capable de mettre notre tête en mode off. Le temps qui passe ne se rattrape pas, il faut faire le boulot au maximum en essayant malgré tout d’être avec les enfants. Pour moi, c’est le vrai point négatif de notre profession », rapporte Philippe.
S’imposer une coupure entre les moments professionnels et personnels est aussi un enjeu crucial pour Rémi et son épouse qui constatent que les préoccupations relatives à la ferme débordent facilement sur les temps et les espaces familiaux : « On essaie de se faire des petites réflexions quand on parle exploitation ou qu’on regarde des papiers le soir en rentrant à la maison. On essaie de se mettre une rigueur pour ne pas regarder ce qui est professionnel avec les enfants, pour qu’on puisse profiter d’eux pleinement. »
Une formation sur le travail en couple
La chambre d’agriculture de Saône-et-Loire a réalisé en décembre 2025 une formation intitulée « Travailler en couple », à destination des agriculteurs travaillant ensemble sur leur exploitation. Cinq couples ont répondu présents, dont deux ayant une activité d’élevage de bovins allaitants. La formation vise à fournir aux participants des outils, notamment de communication, pour distinguer l’entreprise du couple, élaborer une vision commune, prendre des décisions partagées et gérer les tensions sereinement lorsqu’elles surviennent.