Désherbage antigraminées : quelles solutions chimiques reste-t-il en orge d’hiver ?
La lutte contre les graminées en orge d’hiver doit se faire avec moins de moyens qu’en blé. Les programmes herbicides doivent être finement étudiés et les positionnements des produits bien ajustés pour obtenir la meilleure efficacité tout en minimisant les risques de phytotoxicité.
L’orge d’hiver pâtit plus que le blé des solutions limitées en herbicides : il souffre d’une sélectivité moindre vis-à-vis des produits et de moins de souplesse sur la mise en place de leviers de lutte agronomique contre les adventices. Le flufénacet est disponible pour la dernière campagne cet automne. Et après ? « L’orge risque d’être le parent pauvre parmi les céréales en matière de possibilité de désherbage chimique, estime Constance Richard, responsable agronomique à la coopérative Lorca, en Lorraine. Sans le flufénacet et sans triallate depuis 2024, les surfaces en orge seront susceptibles de diminuer en l’absence de nouvelles molécules herbicides. » À l’automne 2027, sans innovation, il resterait alors cinq molécules montrant une action antigraminées plus ou moins forte : le prosulfocarbe, la pendiméthaline, l’aclonifen, le diflufénicanil et le chlortoluron.
Des précautions sont à prendre sur orge, du fait des risques de phytotoxicité sur cette culture. « Dès lors que des produits sont en mélange, le risque est élevé. C’est le cas avec l’aclonifen, signale Ludovic Bonin, spécialiste désherbage à Arvalis. L’orge est sélective de cette molécule quand elle est employée en solo. Mais si elle est en mélange ou en programme avec le prosulfocarbe, c’est beaucoup plus compliqué. La bonne sélectivité dépend de la dose employée et du type de sol. » Le mélange Aclonifen + Défi (prosulfocarbe) est à éviter. « Les deux molécules peuvent être envisagées en programme en modérant les doses et en prenant en compte le type de sol. Sur les sols de craie par exemple, les risques de phytotoxicité sont élevés », précise le spécialiste.
Respecter deux à trois semaines de délai entre prélevée et post-levée
Constance Richard prend en compte ces paramètres dans ses préconisations. « Des programmes associant l’aclonifen, diflufénicanil, prosulfocarbe et/ou pendiméthaline peuvent générer des phytotoxicités conséquentes. Certaines variétés d’orge se montrent plus sensibles que d’autres aux phénomènes de phytotoxicité, comme KWS Faro », ajoute-t-elle.
Face à des situations de forte infestation en graminées, il sera difficile de trouver un compromis entre gestion de la phytotoxicité et niveaux d'efficacité suffisants pour gérer de telles pressions. « Afin de réduire les manques de sélectivité, la qualité de semis est un critère essentiel. On mesure également dans nos essais un effet du délai entre la pré et la post levée : il faut idéalement respecter un délai de deux à trois semaines entre les applications. Si elles sont trop rapprochées, l’orge n’a pas le temps de détoxifier les matières actives, précise Constance Richard. Par ailleurs, le positionnement des herbicides est également important : pour des raisons de sélectivité, on réservera l’utilisation de certaines molécules (comme l’aclonifen ou le prosulfocarbe) à une application de prélevée sur orge d'hiver. »
Pour l’automne 2026, le flufénacet restant utilisable, la spécialiste son utilisation à 240 g/ha, notamment en parcelles sales en graminées. Elle considère d’ailleurs qu’en cas de volume limité, il faudra privilégier son emploi sur les orges, le blé bénéficiant de davantage de solutions herbicides contre les graminées et de souplesse sur la phytotoxicité sur les programmes sans flufénacet.
Le chlortoluron et quelques autres produits non utilisables en sol drainé
Les situations de sols drainés limitent le choix des produits. « Le chlortoluron y est interdit à l’automne, de même que quelques autres produits », souligne Ludovic Bonin. Il cite le cas de la nouveauté herbicide de Bayer, Mateno Duo (aclonifen + diflufénicanil), interdite en sols drainés, alors que Kuntao, nouveauté de Syngenta, est autorisée bien que contenant les mêmes matières actives (à des concentrations différentes). Divers produits restent utilisables en sols drainés : Défi, Prowl Expert, Trooper, les spécialités à base d’aclonifen solo…
Et sans flufénacet, que sera-t-il possible de faire en 2027 ? « Un traitement avec une base prosulfocarbe-pendiméthaline-diflufénicanil en prélevée avec une reprise à base de chlortoluron est possible, ou une association d’aclonifen et de diflufénicanil ou de pendiméthaline, molécule intéressante sur la cible vulpins en prélevée, avec ou sans reprise de traitement en post-levée, à raisonner selon le niveau de salissement et le risque de phytotoxicité, très conséquent et souvent non acceptable en orges », répond Constance Richard. Elle remarque que certaines de ces solutions ne sont pas toujours satisfaisantes en termes d’efficacité sur vulpin, la principale graminée adventice de sa région.
Ludovic Bonin note que l’association Bozeno (aclonifen) + Prowl Expert (pendiméthaline) suivi de Défi + diflufénicanil a permis d’obtenir des efficacités de 90 % sur vulpin et 92 % sur ray-grass. « Ce n’est pas si mal. On peut y arriver sans flufénacet. » Mais le risque de phytotoxicité est possible avec ce programme. Pour les agriculteurs, l’arrivée de molécules est espérée en 2027 comme le triallate (retour espéré) ou le bixlozone (nouveauté).
Come-back pour le triallate ?
Les produits à base de triallate (Avadex 480…) ne sont plus utilisables depuis 2024 en France. Ils faisaient partie des solutions anti-graminées sur céréales, utilisables en prélevée. Une demande d’autorisation de mise en marché est en cours d’examen pour le produit Avadex Factor (450 g/l de triallate) de la société Gowan. Une dérogation a même été demandée par la profession agricole en France pour ce produit sur orge où les solutions anti-graminées sont plus limitées qu’en blé. Mais ce devrait être trop juste pour cette campagne 2026-2027. L’AMM est fortement espérée pour l’an prochain. Avadex Factor est autorisé en Belgique... sur culture de betterave.