Dans l’Hérault : « Tout ce qui améliore les dix premiers centimètres de sol en vigne est bon à prendre »
Dans l’Hérault, Dominique Sarda relève le défi de maintenir ses rendements tout en transitant vers un système plus autonome et résilient, basé sur l’agroécologie. Biochar, compost, couverts végétaux… il explore tous azimuts.
Dans l’Hérault, Dominique Sarda relève le défi de maintenir ses rendements tout en transitant vers un système plus autonome et résilient, basé sur l’agroécologie. Biochar, compost, couverts végétaux… il explore tous azimuts.
En quelques années, Dominique Sarda, viticulteur à Puisserguier, dans l’Hérault, est passé d’un système où ses sols perdaient 600 kg de matière organique par hectare et par an, à un nouveau où ils en emmagasinent 700 kg. Comment ? Grâce à une gestion minutieuse des couverts végétaux.
Ce n’était pourtant pas gagné d’avance. « Quand j’ai commencé à m’intéresser aux couverts en 2017, les premiers techniciens que j’ai rencontrés me demandaient quel rendement j’étais prêt à perdre », se remémore-t-il. Coopérateur produisant des IGP, il était clair qu’il ne pouvait se permettre aucune baisse de production. C’est finalement une rencontre avec le spécialiste de l’agriculture de conservation Stéphane Aissaoui, organisée au sein de sa Cuma, qui a produit le déclic. « Il nous a expliqué l’agronomie, on est tombé de notre chaise, confie le viticulteur. On a compris que le végétal n’est pas un ennemi, c’est tout bonnement de la nourriture pour le sol. »
Dès 2018, la Cuma a décidé d’investir dans un semoir à semis direct. Un matériel qui n’est généralement pas recommandé aux débutants, mais qui a été, selon Dominique Sarda, le secret de la réussite dès les premières années. « Le disque ouvre le sol et une roue vient faire le rappui de côté, détaille-t-il. Ainsi la graine ne bouge pas, et lève quand elle doit lever. Contrairement à un semoir classique, où les graines peuvent germer à la moindre petite pluie et sécher s’il fait un temps sec ensuite. »
Alterner les cultures un an sur deux, et pas tous les rangs
Un autre élément de la réussite a été de ne jamais vouloir donner plus d’importance au couvert végétal qu’à la vigne. Pour lui, avoir une vision trop utopique de la pratique peut amener à un échec rapide. « La tentation est grande de se focaliser sur la biomasse. Mais il y a beaucoup de façons de gérer un couvert : avec des légumineuses, des graminées, en année humide, en conditions sèches… », enseigne le viticulteur. Il est donc primordial de réussir à s’adapter aux circonstances, notamment en ayant le matériel nécessaire. D’où l’avantage d’être en Cuma. « Cela étant dit, le matériel ne fait pas tout. L’émulation du GIEE Vignes vertes en Méditerranée créé en 2020 ainsi que les formations m’ont également beaucoup apporté », témoigne-t-il.
De son expérience, Dominique Sarda retire que l’implantation d’un couvert tous les rangs est trop impactant pour la vigne. Et qu’il est bon de réaliser une rotation de culture. Ainsi, le plus tôt possible après la vendange, il sème une année des légumineuses et l’autre année des graminées. Il choisit des semences paysannes, plus économiques, et des espèces faciles à gérer (avoine, féverole…), qu’il implante à faible densité (40 kg/ha) afin de laisser un peu de place aux pousses spontanées. À l’automne, il fertilise le couvert en apportant 1,5 à 2 tonnes par hectare de fientes de poules, qu’il récupère pour 40 euros la tonne chez un éleveur local. « Cette année je vais également essayer 100 tonnes de déchets verts de collectivité, que je paie 26 euros la tonne, et du marc de raisin », indique le viticulteur. Une de ses règles d’or est de rester « nickel » sur le rang, les végétaux étant de plus en plus impactant au fur et à mesure qu’ils se rapprochent du pied de vigne. Aussi le cavaillon est travaillé régulièrement.
Un scalpage ou un déchaumage selon l’humidité du sol
Au printemps, le viticulteur agit en fonction des conditions. S’il n’y a pas de risque de gel et qu’il y a assez d’eau, il joue les prolongations. C’est d’ailleurs le cas cette année, où une partie du couvert était toujours en place à la fin mai. Sa méthode de gestion diffère selon les espèces. Pour les légumineuses, il privilégie un scalpage au rotavator, en jouant avec les roues de terrage, si l’humidité le permet. Si le sol est trop sec, il réalise un déchaumage entre 5 et 8 centimètres de profondeur à l’aide d’un cover crop. Les graminées sont quant à elle préférentiellement gérées au rouleau, dans le but de créer un paillage. Le viticulteur s’est par ailleurs intéressé cette année à un nouvel outil imaginé par l’Atelier Paysan : une faucheuse frontale adaptée à un interrang de vigne. « Gérer les graminées avant épiaison n’est pas facile : quand on les roule elles se relèvent, et quand on les tond elles tallent, observe-t-il. Ce matériel permettrait de les rabattre entre deux rapidement si besoin, en cas de gel ou de sécheresse. »
Depuis peu, Dominique Sarda a également commencé à produire son propre biochar, avec les souches de vignes mortes. « Jusqu’ici c’était du carbone que je faisais partir en fumée », réalise-t-il. Il s’est procuré un four Kon-Tiki auprès de la société Rézomes, pour environ 3 000 euros. L’opération est assez simple, et demande deux à cinq heures pour réaliser une fournée d’un mètre cube, procurant 50 kg de biochar. Le viticulteur met ses souches à brûler dans le chaudron et sait que la pyrolyse s’enclenche lorsqu’il n’y a plus de fumée. Quand la braise atteint le cœur des ceps, il éteint le feu en ajoutant de l’eau lentement par le bas du chaudron. À titre d’indication, un hectare de vigne arraché représente 40 mètres cubes de souches, et permet de produire deux tonnes de biochar. « L’idée n’est pas tant de remonter le taux de matière organique que d’améliorer la réserve utile et la vie microbienne », précise le viticulteur. Ce biochar n’est pas assez abondant pour amender toutes les vignes, aussi il l’utilise de façon ponctuelle sur le rang. Il a d’ailleurs monté un petit essai sur une jeune vigne pour comparer des apports d’une, deux et quatre tonnes par hectare, sur lequel il n’a pas encore de recul.
Une capacité d’infiltration de 90 millimètres en 10 minutes
Si le biochar doit encore faire ses preuves sur le terrain, ce n’est pas le cas de toutes les autres actions qu’il a mises en place depuis 2018. Ses analyses de sol montrent que les parcelles gagnent en moyenne 0,1 point de matière organique par an. Mieux encore, les tests d’infiltration de l’eau réalisés par la chambre d’agriculture montrent une différence tout à fait flagrante. « Mes sols ont été capables d’absorber l’équivalent de 90 millimètres en 10 minutes, alors que la parcelle du voisin sature à 10 millimètres, assure-t-il. On le voit d’ailleurs en 2026, où il y a eu beaucoup de pluie en hiver, les sols ne décrochent pas malgré la demande hydrique qui s’est renforcée très tôt. » Un bilan positif, pour un investissement limité. Car selon ses calculs, les coûts de production diffèrent mais s’équilibrent à la fin.
Jamais à court d’idées, Dominique Sarda se lance maintenant avec un groupe de douze viticulteurs, à travers le programme Fabacée, dans l’analyse du redox et l’utilisation du Nutriscope de Senseen. « Chaque semaine nous relevons ces analyses dans des parcelles témoins pour faire un suivi, en parallèle de la traçabilité des pratiques. À la fin nous allons croiser les infos et tenter de décrypter l’impact des interventions sur tous ces paramètres », anticipe-t-il. Ainsi il pourra continuer à partager ses expériences et faire tache d’huile. « Grâce à cela j’ai gagné dix ans ! », s’exclame Jonathan Aguera, qui s’est installé en 2022 et a rejoint la Cuma de La grappe occitane. Espérons que de nombreux autres puissent en profiter.
Basalte et biochar favorisent la réserve utile
Pendant ses études en alternance, Chloé Deconinck a assuré l’animation du GIEE Vignes vertes en Méditerranée, dont fait partie Dominique Sarda. Elle a mené dans ce cadre une expérimentation sur l’introduction d’amendements susceptibles de compléter et renforcer les effets des couverts végétaux. L’étudiante a ainsi testé sur des parcelles d’essai l’application localisée de biochar (25, 50 et 100 tonnes par hectare), de basalte (0,7 et 0,9 tonne par hectare) ainsi que d’un mélange des deux (3,8 tonnes par hectare de basalte et 4,4 tonnes par hectare de biochar). « Les résultats mettent en évidence des tendances intéressantes : amélioration de la réserve utile des sols, stimulation de l’activité biologique… », conclut Chloé Deconinck. Plus particulièrement pour les modalités de biochar à 25 tonnes par hectare et basalte à 0,7 tonne par hectare. Elle précise que ces résultats, issus d’une seule année d’expérimentation, sont des tendances exploratoires qui nécessitent d’être confirmées par de nouvelles expérimentations.