Aveyron : « Nous explorons de nouvelles pistes pour diminuer l'impact environnemental de nos 250 lacaunes laitières en sélection »
Sélectionner des lacaunes laitières en agriculture biologique, tout en diminuant son impact sur l’environnement. Un défi technique relevé par les associés du Gaec d’Egalières, en Aveyron, grâce aux diagnostics CAP’2ER.
Sélectionner des lacaunes laitières en agriculture biologique, tout en diminuant son impact sur l’environnement. Un défi technique relevé par les associés du Gaec d’Egalières, en Aveyron, grâce aux diagnostics CAP’2ER.
« Le plus important est de nourrir des personnes et de rémunérer les actifs », lance Laurent Reversat, éleveur-sélectionneur de 250 lacaunes laitières sur le plateau du Larzac, associé en Gaec avec son neveu et sa femme. Les éleveurs s’intéressent de près et depuis longtemps aux pratiques agroécologiques. Engagés depuis 2013 en agriculture biologique, ils sont contraints de renouveler leur troupeau pour des raisons sanitaires en 2021. Ils intègrent par la même occasion le schéma de sélection Lacaune lait. L’exploitation ne tardera pas à s’engager dans le projet Life Green Sheep en tant que ferme innovante et à se lancer dans la réalisation d’un diagnostic CAP’2ER avec Benoît Nougadère, du service élevage de la Confédération générale de roquefort. Pourquoi le choix d’un tel diagnostic ? « Pour voir si les actions mises en œuvre sur la ferme étaient cohérentes », explique l’éleveur, qui est toujours en quête de perfectionnement technique.
Il faut dire que leur système ovin laitier, en bio et en sélection demande un haut niveau de technicité. « Comme nous sommes en bio, nous ne pratiquons que la lutte naturelle. » Les agnelages sont en mars et la traite de mai à octobre, période estivale où les ressources fourragères sont mauvaises. « Nous sommes sur des terrains pauvres, très difficiles pour la production laitière, admet Laurent. Durant l’été, il est difficile de nourrir le troupeau à l’herbe, mais nous souhaitons tout de même garder ce système et valoriser nos surfaces pastorales. »
Combiner production et agroécologie
Le premier diagnostic, réalisé sur la campagne 2021, est déjà très positif : les 381 hectares de surfaces pastorales compensent les émissions de carbone de l’exploitation. L’autonomie fourragère est de 100 %. Mais Laurent et ses associés souhaitent aller plus loin, en cherchant à encore réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Ils pensent qu’il est possible d’augmenter l’efficience du troupeau en termes de production laitière, qui s’établit alors à 330 litres par brebis, et en matière sèche utile du lait.
Pour autant, Laurent reste convaincu que d’autres leviers d’action sont envisageables : « Le diagnostic CAP’2ER permet d’explorer d’autres pistes que l’augmentation de la production pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre par litre de lait. » Des leviers portant sur la gestion du troupeau, des effluents et la qualité des fourrages sont alors identifiés et actionnés dès 2022.
Limiter le nombre d’animaux improductifs
Pour améliorer les performances du troupeau, 110 agnelles sont désormais mises à la reproduction, contre 85 avant diagnostic. « Mettre plus d’effectifs à la reproduction permet d’assurer le renouvellement avec des animaux productifs, explique Laurent. Les agnelles non gestantes sont vendues à d’autres élevages et participent à la diffusion du schéma de sélection Lacaune lait. » Grâce à cette méthode, le Gaec compte mieux sélectionner ses animaux, et ainsi améliorer la quantité et qualité du lait produit.
Conserver l’azote à tout prix
Mais ce n’est pas tout. « L’équilibre minéral des fourrages n’était pas bon », admet Laurent. La gestion des effluents d’élevage a donc été revue : le fumier est désormais couvert pour être placé en condition anaérobie, c’est-à-dire privé d’oxygène. « Cette méthode permet de limiter les pertes d’azote sous forme de protoxyde d’azote, réduisant les pollutions dans l’environnement et permettant de conserver un maximum de matières fertilisantes », explique Benoît. La litière est aussi ensemencée avec un mélange de micro-organismes efficients (EM), ce qui limite les émissions d’ammoniaque, et empêche la montée en température du fumier.
Une stratégie qui s’est avérée payante. « La qualité des fourrages s’est améliorée et stabilisée », assure Laurent. Le rapport entre les entrées et les sorties d’azote, aussi appelé efficience de l’azote, est passé de 40 à 52 %. Pour l’instant, le fumier est couvert manuellement avec une bâche, mais les associés projettent de mécaniser le processus.
Des freins : le climat et la qualité des fourrages
Si les résultats sont très encourageants, Laurent souhaite poursuivre les efforts. Il estime que tous les leviers préconisés seront pleinement mis en place d’ici deux ans. « Nous faisons des diagnostics tous les ans pour suivre l’évolution. Nous constatons un effet important de l’année sur cette ferme. En effet, le climat influence fortement la qualité des fourrages et par extension les résultats zootechniques du troupeau », fait remarquer Benoît.
Bien que le taux de mortalité s’établisse à 3 %, les trois associés sont toujours plus exigeants. « La mortalité n’est pas tout à fait réglée », estime Laurent. Par ailleurs, la quantité de concentrés distribués a été diminuée de 12 %, tout en maintenant une production de 330 litres de lait par brebis. « Mais nous savons que nous ne pouvons pas aller plus loin en termes de production à cause de la qualité variable des fourrages. »
Et pas question de diminuer l’autonomie alimentaire en achetant plus. Elle s’établit pour l’instant à 90 %, mais « elle est artificiellement plombée », explique Laurent. « Suivant les années climatiques et la qualité des fourrages, nous vendons du fourrage de première coupe contre un fourrage de meilleure qualité à la place. » L’objectif reste d’atteindre les 100 % d’autonomie alimentaire.
Un futur séchage en grange
Justement, pour augmenter encore la qualité de ses fourrages et l’autonomie alimentaire de l’atelier, la ferme prévoit de se doter d’un séchage en grange en 2027. Coût estimé de l’investissement : 200 000 euros. « C’est de plus en plus compliqué de faire du foin. Depuis 2017-2018, les fourrages mûrissent plus tôt, en mai, et les fenêtres météo sont réduites. D’où le projet d’un séchage en grange. L’idée n’est pas de tout y sécher, mais de sécuriser un très bon foin pour les brebis en début de lactation. » Les éleveurs comme le technicien sont convaincus qu’un tel investissement permettra d’augmenter la production de lait, ainsi que sa matière sèche utile.
Changement de stratégie face à la prédation
La présence du loup sur le plateau du Larzac a obligé les associés à des changements de pratiques. « Autrefois, nous avions l’habitude de faire pâturer la totalité de nos surfaces pastorales. En 2022, nous avons eu plusieurs pertes sur notre troupeau du fait d’une attaque. Suite à cela et au vu de la multiplication des attaques sur la zone, nous avons fait le choix d’adopter une autre stratégie. » Aujourd’hui les associés valorisent les surfaces les plus lointaines par des chevaux plutôt que par les brebis afin de limiter le risque d’attaques. Ils ont également fortement réduit le pâturage nocturne.
Chiffres clés 2024
250 lacaunes laitières
330 l de lait par brebis
289 kg de concentrés par brebis
89 ha de SAU et 381 ha de surfaces pastorales
30 % de renouvellement