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Asperge en Gironde : « Face à la crise viticole, nous voulons redynamiser l’asperge »

Producteurs de vin, de plants de vigne et d’asperges en Gironde, Jean-Pierre Bouillac et Danielle Chambaraud ont choisi de redynamiser l’asperge, pour faire face à la crise viticole et répondre à la demande.

<em class="placeholder">Jean-Pierre Bouillac et Danielle Chambaraud, producteurs d&#039;asperges et de vin en Gironde.</em>
Jean-Pierre Bouillac et Danielle Chambaraud veulent optimiser le potentiel de production de leurs terres et réduire les coûts de production.
© V. Bargain

Dans le Blayais, au nord de la Gironde, la vigne et l’asperge sont des cultures emblématiques. « À quatorze ans, j’ai choisi de me lancer dans la production de plants de vigne, comme mon père et mon grand-père, explique Jean-Pierre Bouillac, associé avec sa femme Danielle Chambaraud, à Reignac (Gironde). Et comme la pépinière viticole demande beaucoup de saisonniers, nous avons décidé de nous lancer dans l’asperge il y a trente-cinq ans, pour optimiser la main-d’œuvre. Puis, en 1996, nous avons créé notre propre domaine viticole. »

L’exploitation compte aujourd’hui 100 hectares de vignes, 15 hectares de pépinières viticoles pour 4 millions de plants par an et 13 hectares d’aspergeraies permettant la commercialisation de 80 tonnes d’asperges. Elle emploie 45 ETP, dont 17 ou 18 permanents et de nombreux saisonniers. « Avoir une pluriactivité est plus sécurisant au niveau économique et nous donne de la souplesse pour la gestion du personnel », souligne Danielle Chambaraud.

Améliorer le potentiel de production et la qualité

L’asperge, produite et commercialisée par la SCEA Prim Blayais, représente 30 % du chiffre d’affaires de l’exploitation. La production est vendue en grande distribution, notamment à Carrefour, en vente directe, à des grossistes-revendeurs et dans une moindre mesure via Rougeline. « Cette diversification de nos débouchés permet de valoriser l’ensemble de la production, tout en répondant efficacement à la demande », soulignent les producteurs. 80 % des asperges sont labellisées IGP Asperges du Blayais, sous la marque Reine du Blayais et la marque Blandine, destinée aux restaurants gastronomiques.

« La demande est forte, notamment de la part de Carrefour, avec une bonne valorisation. Une partie de nos terres, constituée de sable humifère, est favorable à l’asperge. Face à la crise viticole, qui touche à la fois notre production de vin et la pépinière, nous voulons donc redynamiser l’asperge. » Conseillés par Gilles L’Évêque, de la chambre d’agriculture de Gironde, et par Christian Befve, consultant indépendant spécialiste de l’asperge, ils ont engagé des modifications pour optimiser le potentiel des terres, réduire les coûts de production et améliorer encore la qualité des asperges et leur valorisation.

<em class="placeholder">Plantation d&#039;asperges à Reignac en Gironde.</em>
3,5 ha d’asperges ont été plantés en 2024 et 2025 et 6 ha supplémentaires seront plantés en 2026. © V. Bargain

Le parcellaire optimisé pour alléger les coûts

Plusieurs aspergeraies ont été renouvelées, dont 3,5 hectares en 2024 et 2025. « Alors que notre rendement moyen jusqu’ici était de six à sept tonnes par hectare, les parcelles de Vitalim plantées en 2022 ont produit neuf tonnes par hectare d’asperges commercialisables en 2025 », indique Jean-Pierre Bouillac. Le parcellaire a été optimisé. Il était jusqu’ici très morcelé, ne permettant pas la mécanisation et entraînant des coûts de déplacement du personnel, mais les producteurs ont pu récemment créer de grandes parcelles, grâce notamment à des arrangements entre propriétaires. Six hectares seront ainsi plantés en 2026, une partie en renouvellement et une partie en extension de la surface d’asperges. « En 2026, nous allons investir entre 70 000 et 80 000 euros pour la plantation d’asperges et l’acquisition de matériels d’aide à la récolte, indique Danielle Chambaraud. Nous allons aussi modifier l’organisation du travail pour que les asperges se retrouvent plus vite au frais et améliorer ainsi leur conservation. »

Produire sous une serre photovoltaïque

<em class="placeholder">Serre photovoltaïque pour produire des asperges vertes en Gironde.</em>
La serre photovoltaïque servira notamment à produire de l’asperge verte pour répondre à une demande croissante. © V. Bargain

Les producteurs ont aussi créé en 2024 une serre photovoltaïque de 5 000 m² sous laquelle ils ont planté la variété Maxlim, avec le projet d’y produire des asperges vertes et blanches bien valorisées. « La consommation d’asperges vertes se développe, constatent-ils. Nous voulons nous adapter à cette évolution. » L’investissement a été réalisé par la société Urbasolar, la SCEA exploitant la serre avec un contrat de trente ans. La serre s’ouvre sur les quatre côtés pour une bonne aération et pour faire entrer la chaleur quand la température extérieure dépasse la température intérieure. « Un avantage de la serre est qu’il n’y a pas de vent, constate Jean-Pierre Bouillac. Les asperges toutefois y montent très haut, ce qui nous a amenés à les palisser des deux côtés. » En 2026, de l’irrigation en goutte à goutte sera aussi installée de chaque côté des rangs. « Il est encore trop tôt pour savoir si ça fonctionne, analysent les producteurs. Mais, pour l’instant, la végétation se développe bien. Les serres photovoltaïques entraînent souvent une baisse de rendement de 30 %. Pour compenser cette perte probable, nous voulons améliorer la valorisation des asperges, l’absence de vent permettant notamment de récolter une asperge droite plus qualitative. »

La production de vin casher atténue la crise

Vignobles Bouillac, qui assure l’activité viticole, cultive 100 hectares de cépages rouges et blancs en appellation blaye-côtes-de-bordeaux. Les cépages rouges sont vinifiés sur place. S’ils subissent la crise viticole, une opportunité qu’ils ont su saisir en 2018 les en protège en partie. « Des négociants juifs qui voulaient commercialiser du vin casher en France et à l’export nous ont proposé de leur en fournir, explique Jean-Pierre Bouillac. La particularité est que, du pressurage jusqu’à la mise en bouteille, tout doit être fait par des religieux. Les ingrédients œnologiques doivent également être casher. Nous avons fait un essai. Et comme il a bien fonctionné, nous avons continué. Aujourd’hui, ce débouché représente entre 40 et 50 % de notre production et nous aide à passer la crise. »

L’IGP Asperges du Blayais porteuse commercialement

L’indication géographique protégée Asperges du Blayais, obtenue en 2015, fédère trente producteurs cultivant 280 hectares d’asperges vendues surtout en asperge blanche, mais aussi en verte, au nord de la Gironde et au sud de la Charente-Maritime. « L’IGP apporte une garantie de qualité au consommateur et confirme une identité, souligne Danielle Chambaraud, qui préside l’Association de producteurs d’asperges du Blayais. Elle est indispensable pour la plupart de nos débouchés. » Son cahier des charges implique notamment un taux de sable dans le sol d’au moins 75 %. Beaucoup de producteurs sont des indépendants commercialisant leurs asperges en direct, sur les marchés et à la ferme, mais aussi en GMS et à des grossistes. Une partie adhère à la coopérative Tutiac qui vend les asperges de ses adhérents via Rougeline. Depuis quelques années, face à la crise viticole, plusieurs viticulteurs se sont reconvertis dans l’asperge. « En 2015, quand nous avons obtenu l’IGP, il n’y avait que 150 hectares d’asperges du Blayais, pour 280 hectares aujourd’hui, indique Danielle Chambaraud. Cinq à six producteurs supplémentaires s’y sont mis récemment avec des surfaces importantes. Techniquement, la production d’asperges est faisable dans la région qui dispose de beaucoup de sols sableux. L’asperge toutefois implique de gérer de la main-d’œuvre 300 jours par an. Elle nécessite aussi de l’eau. Et sa commercialisation ne s’improvise pas. »

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