Un chenillard Rotair conçu pour traiter les vignes en complète autonomie

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En option, le pulvérisateur Jaquerod bénéficie d'un vérin permettant d'orienter la tourelle en fonction de la pente. Crédits : © Jaquerod
Le chenillard Rotair peut assurer la pulvérisation seul, mais aussi d'autres travaux comme la tonte ou le travail du sol. Crédits : © Jaquerod

Robotiser en série un chenillard Rotair pour lui faire traiter les vignes en totale autonomie, tel est le pari d’un duo d’entreprises suisses. La phase de commercialisation débute.

En Suisse, les chenillards autonomes Vineatrac de l’entreprise STEV-Motion font tourner la pulvérisation en routine depuis 2023. Et la solution devrait connaître un nouvel élan, suite au rapprochement avec les établissements Jaquerod et fils, à Ollon, distributeur des machines Rotair pour la Suisse. « Trouver du personnel pour mener les pulvérisateurs dans les fortes pentes est de plus en plus compliqué, constate Frédéric Jaquerod, et rien ne garantit que ce soit encore autorisé à l’avenir. Nous souhaitons prendre les devants. » Ainsi, les deux entreprises se sont affairées à marier le système d’autonomisation de STEV-Motion, jusqu’ici monté sur des engins cousus main, avec des machines de série.

Le premier chenillard Rotair R70.3 D13 autonome, équipé de son pulvérisateur Jaquerod, a enchaîné les tests au printemps et commencé les démonstrations cet l’été. « Le faire avancer, reculer, tourner est facile, pour ainsi dire. Mais avoir un engin stable et linéaire est plus compliqué, glisse le concessionnaire. Il avait par exemple tendance à vaciller au point de bascule pour entrer dans la pente, ce qui nous a causé des problèmes. C’est aujourd’hui résolu et la machine est fin prête. »

Une centrale à inertie pour se diriger dans les pentes

Côté guidage, le chenillard bénéficie de la technologie montée sur les engins Vineatrac, développés depuis 2018 et déjà bien éprouvés chez plusieurs clients de STEV-Motion. Le système s’appuie sur deux antennes GPS RTK à la précision centimétrique, donnant la position et l’orientation de la machine au degré près. Elles sont couplées à une centrale à inertie, précisant l’inclinaison, utile dans les dévers et demi-tours en pente. « J’ai pris le parti d’être minimaliste sur les équipements de guidage pour plus de fiabilité, commente Marc Stevenin, fondateur de STEV-Motion. Dans les vignes les composants sont mis à rude épreuve. » Un capteur Lidar complète la panoplie en guise de sécurité, et permet de repérer une présence anormale dans l’environnement de la machine.

Lors de l’acquisition de l’automate, les parcelles doivent être balisées à l’aide d’une canne d’arpentage. L’appareil apprend alors sa trajectoire. « Il sait réaliser un demi-tour type, mais tout est paramétrable : s’il y a un mur ou un pylône à tel endroit, on peut renseigner une manœuvre spéciale », précise l’ingénieur. Une fois l’engin paramétré, il n’y a plus qu’à le placer dans la parcelle, choisir la tâche et le parcours (rangs pairs, impairs, tous les rangs…) et à lancer le travail. La machine sait quel régime moteur adopter pour soutenir la pulvérisation, quel débit hydraulique est requis pour la traction et à quels moments ouvrir et fermer les buses pour mener à bien l’opération.

Il n’y a pas de liaison internet ni d’abonnement requis

Toutes les informations sont stockées dans un boîtier sur l’engin. C’est la seule partie électronique du système. Il n’y a pas de communication 4G, ni de cloud, ni d’application pour suivre les statistiques de la machine sur son Smartphone. La télécommande fonctionne par communication radio. « Ainsi il n’y a pas de question de couverture réseau à se poser, ni de cybersécurité. Ici encore la simplicité est un choix, le but est avant tout d’avoir un outil fonctionnel », explique Marc Stevenin.

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Côté machine, la plupart des composants du chenillard Rotair sont gardés, certains subissent une légère modification afin de s’adapter à l’automatisation. Il s’agit principalement d’ajouter des électrovannes sur le réseau hydraulique. La pompe est changée, par exemple, pour un modèle Hansa à double commande électrique et mécanique. De même pour le bloc de distributeurs qui gère les mouvements d’outils. « Ces commandes doubles permettent d’utiliser l’engin aussi bien en manuel, avec le pilotage au joystick, qu’en automate », relate Frédéric Jaquerod. Le chenillard peut donc être utilisé selon trois modes de conduite : un mode standard non automatisé, comme n’importe quel chenillard classique, un mode avec pilotage à distance, télécommandé, et un mode entièrement autonome.

L’engin peut être utilisé avec d’autres outils, comme une tondeuse

En ce qui concerne le pulvérisateur, le montage de base comprend un aéroconvecteur à jet porté Jaquerod avec une turbine de 500 millimètres, une cuve de 175 litres et, en option, la tourelle montée sur vérin pour adapter l’angle à la pente des terrasses. Mais n’importe quel pulvérisateur de taille similaire peut s’adapter, puisque le chenillard est capable d’accueillir tous les matériels standards, au même titre que sur une machine Rotair normale. La polyvalence est un atout de plus de l’engin. « Il peut être utilisé également en autonomie pour d’autres travaux que la pulvérisation : la tonte, le broyage, le travail du sol… il n’y a que le rognage et la prétaille pour lequel nous déconseillons », précise Frédéric Jaquerod.

Maintenant que l’homologation est passée et la norme CE acquise, le modèle Rotair R70.3 D13 autonome entre en phase de commercialisation par l’entreprise Jaquerod. Une unité est déjà en commande pour la Suisse, et une autre pour le concessionnaire champenois PMH industrie, avec des montes de chenilles en 68 cm de large. En ce qui concerne le tarif, il faut compter presque le double du modèle de base, soit près de 65 000 euros HT. « Le surcoût est dû au développement de la technologie et aux pièces supplémentaires, justifie Frédéric Jaquerod. Peut-être qu’à l’avenir il pourrait être réduit si Rotair accepte de monter directement ces pièces à l’usine. » Le concessionnaire ne s’interdit pas de s’attaquer plus tard à d’autres modèles de la marque italienne, comme le récent R70.4 de 44 chevaux. Les Vineatrac de STEV-Motion, quant à eux, ne seront plus produits que pour des demandes très spécifiques auxquelles le modèle Rotair ne peut pas répondre.

Les plus

Polyvalence des travaux (tonte, travail du sol…)
Électronique réduite au maximum
Mode manuel possible
Une base de série déjà éprouvée

Les moins

Peu adapté aux vignes larges
Un coût optimisable

fiche technique

Alimentation thermique
Motorisation diesel 24 ch
Type de monte chenilles agraires en largeur 78 ou 68 cm
Architecture interrang
Dimensions 1,76 m x 0,78 m x 1,29 m
Technologie de pulvérisation aéroconvecteur à jet porté
Capacité de la cuve 175 l
Vitesse de travail maximale 6 km/h
Mode de guidage manuel, télécommandé ou autonome
Coût environ 65 000 euros HT
 

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