À Polminhac, Daniel Dauzet, ancien éleveur bovins lait et viande, témoigne qu’une transmission bien préparée est gage de sécurité et tranquillité pour un futur retraité comme pour le jeune qui reprend.
En 2018, quand Gérard Vigier, conseiller transmission à la Chambre d’agriculture du Cantal, est venu lui parler de transmission, Daniel Dauzet, qui pouvait alors prétendre à une retraite à 60 ans suite à une carrière longue, l’a poliment remercié et éconduit. “On venait d’acheter un tracteur, et de toute façon la retraite n’était alors pas dans les tuyaux”, relate l’ancien exploitant de Polminhac. Lui et son épouse, associés en Gaec (bovins lait et viande), avaient alors décidé “d’aller jusqu’à 65 ans”. Des échéances de prêts souscrits en 2007 lors de la reprise de la ferme d’Esmons couraient aussi encore.
Transmission : pas d’improvisation
Des évènements familiaux en ont décidé autrement : dans un premier temps, les Dauzet se séparent d’une majorité du cheptel allaitant (40 des 50 salers). Avant qu’un souci de santé (“une épaule laissée dans la stabulation”) n’acte la décision de céder. “J’ai contacté Gérard Vigier pour lui dire que cette fois j’étais mûr”, sourit le jeune retraité. On est alors fin 2021, l’exploitation est inscrite au répertoire départ-installation (RDI). Audit de l’exploitation, estimation, volets juridiques, fonciers... aucun aspect n’est laissé au hasard dans le parcours d’accompagnement de la Chambre d’agriculture, que Daniel Dauzet salue. Et très vite, la vidéo de présentation postée sur les réseaux sociaux attirent de nombreux candidats, “même des Hollandais”. Le bouche-à-oreille fait son œuvre et c’est finalement avec un quasi local de l’étape, Théo Gardes, que le projet de transmission se concrétise. “On n’était qu’à 4 kilomètres, je ne le connaissais pas personnellement mais je connaissais bien ses parents, ça compte. Et entre nous, ça a matché”, confie le cédant.
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Six mois après les premiers contacts, en mai 2025, un bail à long terme de 25 ans est signé au bénéfice du jeune agriculteur, sur les 80 ha de la ferme. Le bâtiment d’Esmons est également loué. Théo Gardes rachète le matériel et une partie du cheptel (les salers et quelques laitières) dans le cadre de son installation en Gaec avec ses parents et son oncle (Gaec de Vézac(1)). Des conditions idéales pour démarrer une carrière d’éleveur, d’autant que Daniel Dauzet a pris soin de le présenter au propriétaire de quelques hectares loués. Une étape abordée non sans appréhension côté cédants : “Au niveau psychologique, c’est dur, parce que c’est la fin d’une carrière”, d’une relation avec ses animaux..., confie Daniel, encore ému. Mais pour le couple, c’est aussi le début d’une nouvelle vie et la concrétisation de projets, malgré la faiblesse des pensions agricoles : un voyage à New York, des visites plus fréquentes chez leurs filles installées dans l’Ain et l’Indre. Ce qui n’empêche pas l’ancien éleveur de venir donner un coup de main à Théo si besoin.
"Journées Demain je transmets"
À l’heure de témoigner sur son parcours, Daniel Dauzet insiste sur la nécessité d’anticiper ce passage de témoin : “La retraite, la transmission, ça ne se décide pas en un claquement de doigts, ça se prépare et il faut vraiment être accompagné. Si on est livré à soi-même, on passe à côté de certaines choses, on peut faire des impairs.” Un message en forme de leitmotiv depuis plusieurs décennies déjà pour les Jeunes agriculteurs, à l’initiative des Journées “Demain, je transmets”, et de la Chambre d’agriculture : “Dans tous les cas, à un moment, il faut céder son exploitation : soit on s’y prépare et on maîtrise les éléments, soit on le fait en catastrophe et on les subit”, résume Mathieu Izabel, élu à la Chambre d’agriculture en charge de l’installation.
(1) Gaec à quatre associés, bovins lait avec transformation, fromagère et troupeau salers.