« Nous sommes neutres dans cette affaire »

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Jusqu’à présent, les fabricants d’aliments du bétail ont gardé le silence alors que des militants anti-OGM médiatisaient le blocage symbolique de deux usines. Hervé Vasseur, président de l’AFAB prend ici la parole pour souligner qu’ils se trompent de cible.

Les Marchés : L’association des fabricants que vous présidez a-t-elle un argumentaire à opposer aux militants anti-OGM ?

Hervé Vasseur : Non. Nous sommes neutres dans cette affaire. Si nos clients (les producteurs de viandes NDLR) nous demandent de faire sans, on fait sans. Depuis deux ou trois ans nous les entendons plus fortement. Mais nous sommes fournisseurs de filières, dindes, porcs, poulettes, etc. et répondons uniquement à leur demande. Nos clients nous demandent parfois un soja garanti sans OGM. Tous les fabricants ont les deux, l’un importé du Brésil ou d’Argentine et qui contient probablement des OGM, l’autre parfaitement tracé et garanti avec moins de 0,9 % d’OGM, le seuil réglementaire. Au total, les fabricants importent près de 2 millions de tonnes de soja en Bretagne qu’ils incorporent à hauteur de 20 % en moyenne, chiffre très variable selon les espèces.

Les Marchés : Trouve-t-on facilement du soja garanti sans OGM sur le marché ?

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Hervé Vasseur : Le soja sans OGM se raréfie. En Argentine, troisième producteur mondial de soja mais premier exportateur, la quasi-totalité des surfaces de soja sont OGM. Au Brésil (second producteur derrière les Etats-Unis), c’est moins mais l’OGM progresse vite. Ils en plantent plus parce que c’est économiquement plus rentable. Si aujourd’hui le soja garanti sans OGM vaut 100 euros de plus qu’un soja standard (430 contre 330 euros la tonne), l’écart ne se situait jusqu’à présent qu’à 15 ou 30 euros la tonne. Insuffisant pour les planteurs. Pour une traçabilité parfaite, il faut ajouter aux frais de culture le coût des contrôles à chaque étape, stockage, trituration, transport. Mais à l’inverse, quand le prix du soja sans OGM est trop élevé, ce sont nos clients qui n’en veulent plus.

Les Marchés : A quel niveau se situe aujourd’hui la demande d’aliments garantis non-OGM ?

Hervé Vasseur : Pour ma propre entreprise, CECALIMENT (filiale de CECAB), 15 % de nos fabrications (470 000 tonnes) sont garantis sans OGM pour des filières tracées nationales comme Carrefour, qui fait en Bretagne l’essentiel des achats de viande nourrie avec de l’aliment garanti sans OGM (cochon, volaille de chair, etc.). Sur nos propres sacs « départ usine », nous indiquons à l’éleveur que l’aliment livré est susceptible de contenir du soja génétiquement modifié. Les industriels en revanche, n’ont pas le droit de mentionner l’absence d’OGM sur les barquettes. Il faudrait que l’Union européenne modifie la règle de l’étiquetage pour qu’on puisse voir si le consommateur y est sensible.

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