Mal-être agricole : la Corrèze renforce ses réseaux d'écoute

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Face à l'accumulation des crises et à la fragilisation des exploitations, le comité plénier de prévention du mal-être agricole, réuni le 2 novembre en préfecture, a dressé un état des lieux préoccupant. Si les dispositifs d'écoute et d'accompagnement se développent, la priorité est désormais d'aller au-devant des agriculteurs en difficulté pour prévenir les situations les plus graves.

« Tout cela fait beaucoup de sources d'insécurité sur le plan économique et humain. » 

Le constat dressé par le préfet de la Corrèze, le 2 novembre, donne le ton. Sécheresse persistante depuis le mois de mai, inondations, pertes de récoltes, tensions sur la ressource en eau, dégâts de la faune sauvage, baisse des cours de la viande bovine depuis l'été et spéculation sur le fourrage : les difficultés se cumulent et fragilisent davantage encore les exploitations. Une situation qui suscite de fortes inquiétudes à l'approche de l'hiver, alors que les stocks fourragers sont parfois au plus bas. Le représentant de l'État a ainsi appelé à suivre « de très près » la capacité des exploitations à passer cette période.

Près de 5 millions d'euros mobilisés face à la sécheresse

Pour faire face à cette crise, plusieurs dispositifs de soutien ont été déployés en Corrèze : plan CASI, aides départementales pour les investissements liés à l'irrigation et à l'abreuvement, prise en charge de cotisations sociales, exonération de taxe sur le foncier non bâti (TFNB), prêts à taux zéro, … Au total, près de 5 millions d'euros ont été mobilisés pour accompagner les agriculteurs du département.

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Loup et sangliers : une pression supplémentaire 
sur les élevages

À ces difficultés économiques s'ajoute la pression persistante de la prédation lupine. Le préfet a confirmé que la meute installée sur le plateau de Millevaches demeure sédentaire et que des naissances ont été constatées cet été. Pour les participants, la prédation constitue « un élément de démoralisation » supplémentaire dans un contexte déjà particulièrement éprouvant. L'inquiétude est d'autant plus forte que le quota national de prélèvement approche de son épuisement, avec neuf spécimens restant à prélever, auxquels pourrait s'ajouter la réserve de 2 %. Une demande de déploiement des louvetiers a été adressée au préfet coordinateur, à l'approche d'une période traditionnellement plus exposée aux attaques.

Le régime des tirs de défense a par ailleurs été simplifié : une simple déclaration suffit désormais, sans autorisation préfectorale préalable, et le recours à la vision nocturne est possible après formation. Des évolutions qui ne font toutefois pas disparaître l'inquiétude des éleveurs, pour lesquels chaque nouvelle attaque représente une menace supplémentaire.

Les dégâts de sangliers constituent une autre source de tension. Le préfet a appelé à une mobilisation accrue des quelque 500 sociétés de chasse du département, les prélèvements restant très inégaux selon les communes. Prairies piétinées, maïs détruits, fourrages rendus inutilisables : autant de pertes qui viennent aggraver la situation d'exploitations déjà fragilisées.

Un réseau de sentinelles qui se renforce

Au-delà des réponses économiques et techniques, le cœur de la réunion a porté sur la prévention et l'accompagnement humain, autour de la feuille de route « humaniser, aller vers, prévenir et accompagner ». Le réseau de sentinelles poursuit son développement. Il compte désormais 235 personnes formées, contre 177 en avril 2025, auxquelles s'ajoutent 104 évaluateurs, 82 intervenants de crise et 316 personnes sensibilisées. Le Centre écoute et soutien, qui coordonne ce réseau, entend poursuivre son maillage territorial, notamment dans les secteurs encore peu couverts.

Pour 2027, plusieurs actions sont envisagées : présence de stands d'information sur les comices agricoles, mobilisation des coopératives et groupements, sensibilisation des vétérinaires et implication renforcée des organisations professionnelles agricoles. L'objectif est de multiplier les portes d'entrée pour repérer les situations de détresse et faciliter la prise de contact.

La nécessité de libérer la parole, notamment auprès des jeunes, a également été soulignée. La pièce de théâtre « Vacarme », consacrée à la santé mentale, a ainsi été jouée dans les lycées agricoles. Saluée comme un outil particulièrement pertinent, elle permet d'aborder le mal-être autrement et d'inciter les jeunes à échanger sur un sujet encore trop souvent tabou.

Des besoins d'accompagnement en hausse

La MSA du Limousin a également présenté le bilan de ses interventions. En 2025, 39 exploitants corréziens ont bénéficié d'une aide au répit et 20 ont eu recours à des séances de soutien psychologique. Les aides au remplacement, mobilisées en lien avec le Service de remplacement Corrèze, connaissent, elles aussi, une nette progression depuis juillet, révélatrice d'un épuisement professionnel croissant.

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Pour renforcer l'accès à l'écoute, la MSA du Limousin a ouvert, dès le 2 novembre, une ligne téléphonique dédiée aux crises agricoles : 05 55 93 42 99, accessible du lundi au vendredi, de 9h30 à 13h00. Elle doit permettre une première écoute et une orientation rapide vers les interlocuteurs adaptés.

Les groupes de parole consacrés à la prédation lupine, initiés par la MSA avec un pair aidant et un psychologue du Centre hospitalier du Pays d'Eygurande, seront également poursuivis et élargis aux éleveurs du plateau de Millevaches. Un accompagnement spécifique pour permettre aux éleveurs victimes d'attaques de partager leur expérience et de rompre leur isolement.

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Repérer les difficultés avant qu'il ne soit trop tard

La Chambre d'agriculture joue également un rôle essentiel dans le repérage et l'accompagnement des exploitations fragilisées. Ses équipes apportent notamment un appui technique pour établir des bilans fourragers, évaluer les stocks disponibles ou envisager des remises en culture. Une bourse au fourrage a par ailleurs été mise en ligne sur son site internet afin de mettre en relation les agriculteurs qui en recherchent avec ceux qui disposent de disponibilités.

Mais l'accompagnement humain reste souvent le plus complexe. « La problématique primaire, c'est le déni des exploitants eux-mêmes », explique Karine Demichel de la Chambre d'agriculture. Les agents de terrain, parfois en contact avec les mêmes exploitants depuis de nombreuses années, doivent alors engager un véritable travail de mise en confiance. Une démarche « extrêmement longue et chronophage », mais indispensable pour faire émerger les difficultés et éviter que les situations ne se dégradent davantage.

Marie-France Forest, vice-présidente de la Chambre d'agriculture, a insisté sur un autre enjeu : la nécessité de ne pas faire du maintien à tout prix des exploitations une priorité au détriment de la santé des personnes. « Il faut être en capacité d'accompagner les agriculteurs pour qu'ils puissent sortir dignement du métier quand cela devient nécessaire. Il ne faut pas garder coûte que coûte des structures au détriment de la santé de l'agriculteur. »

Dans cette logique de détection précoce, la Chambre d'agriculture, impliquée dans le groupe national dédié à cette problématique dans le cadre du Plan national de prévention du mal-être en agriculture, souhaite notamment relancer l'outil Espoir. Celui-ci permet de croiser des données sanitaires et techniques afin de repérer plus en amont les exploitations dont la situation se dégrade. Un outil dont la pertinence suppose toutefois un financement pérenne à l'échelle nationale.

Rester vigilant à l'approche de l'hiver

Les échanges ont enfin mis en évidence la nécessité de porter une attention particulière aux jeunes agriculteurs, chez qui le déni des difficultés peut être particulièrement marqué. Une fiche nationale recensant l'ensemble des dispositifs d'aide disponibles doit être largement diffusée pour faciliter leur identification et leur mobilisation.

Reste une inquiétude majeure : les conséquences de cette accumulation de crises sur la situation des exploitations à la sortie de l'hiver, avec notamment le risque d'une décapitalisation des cheptels. Le préfet a annoncé qu'un nouveau comité plénier se réunirait au début du premier trimestre 2027, une fois les données consolidées. « La situation risque d'être compliquée en sortie d'hiver. Nous la suivrons de très près. »

Si les réseaux d'écoute et les dispositifs d'accompagnement se structurent, le défi reste entier : faire en sorte qu'aucun agriculteur ne reste seul face à ses difficultés. Car derrière les chiffres et les enveloppes d'aides, c'est bien la capacité de la profession à préserver les femmes et les hommes qui la font vivre qui est en jeu.

« La problématique primaire, c'est le déni des exploitants eux-mêmes. » La priorité : aller au-devant des agriculteurs en difficulté, multiplier les portes d'entrée et renforcer le réseau de sentinelles pour qu'aucun agriculteur ne reste seul face à ses difficultés.

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