Coop de France Les stratégies d’alliance sont un “mal nécessaire” pour survivre

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SELON UN SONDAGE paru dans la revue Agrodistribution, « 66 % des agriculteurs disent que la concentration ne sert à rien ». Quand on sait que ces dix dernières années, plus de 1.000 concentrations impliquant des coopératives ont eu lieu, on touche du doigt l’un des facteurs limitants auxquels la coopération française doit remédier : apprendre à communiquer avec ses adhérents pour leur faire comprendre les raisons vitales qui l’obligent à signer des alliances tous azimuts. C’est un des enseignements de l’étude “Quelles stratégies d’alliances et quel développement international pour les groupes coopératifs ?”, menée conjointement par la société de conseil Eurogroup Consulting et l’école de commerce Essec Business School. Sa présentation au public, co-organisée par Coop de France, a permis au “top ten” de la coopération française de faire part de son expérience en la matière.

Se donner les moyens de réussir
    Les adhérents des coopératives ont beaucoup de mal à souscrire à un projet de développement à l’étranger. « L’internationalisa-tion est considérée comme un “mal nécessaire” par les adhérents car elle induit dans leurs esprits à la fermeture de sites de production en France et de portes à l’exportation », indique René Mauget, professeur et chercheur à l’Essec Business School. Ainsi « depuis quarante ans, trente-cinq coopératives ont cherché à s’internationaliser. Aujourd’hui, il ne reste que dix groupes significatifs à l’international ». Ce qui prouve qu’il n’y a pas que des stratégies gagnantes, avec bénéfices, royalties ou leadership à la clef. L’échec existe malheureusement, par « manque d’expérience, par manque de moyens sur le long terme, par manque de connaissances des marchés locaux ou en raison d’un changement de partenaire stratégique », énumère le professeur.
    Des écueils dont Patrice Gollier, directeur général d’InVivo est bien conscient. « Ce n’est pas un problème de gouvernance ou de financement qui freine nos projets d’internationalisation. Il faut avoir atteint une excellence au niveau français pour partir ailleurs où l’on ne vous attend pas. Quand nous serons prêts, nous partirons », rassure-t-il, tout en ajoutant : « Il faut que le projet et les promesses soient claires et les mener à bon terme avec le retour escompté. L’important, c’est que les adhérents perçoivent les avancements et les résultats, la finalité sous l’angle financier mais aussi sous l’angle des engagements pris. »

Avoir un projet clair et commun
    Pour aboutir, une alliance doit être le fruit d’une longue réflexion sur les tenants et les aboutissants du projet. Il faut qu’il réponde à une véritable logique de développement. « Il ne s’agit pas de grossir mais de grandir », explique Hubert Garaud, le président de Terrena. Son objectif pour l’avenir est de « faire émerger un leader européen, en s’appuyant sur la production locale, pour trouver des leviers de compétitivité et profiter des relais de croissance du marché mondial ». La volonté de Maïsadour, qui a « de longue date un portefeuille de partenariats dans tous ses métiers », consiste à « ancrer son pôle agroalimentaire pour maîtriser la chaîne des valeurs jusqu’au bout en créant des marques fortes », indique, pour sa part, Thierry Blandinières, son directeur général.
    S’agissant de Siclaé, né en 2005 de la volonté de cinq coopératives du nord-est de la France de réunir au sein d’une même structure leurs intérêts dans le domaine de la transformation des productions végétales, l’objectif initial a été de « fédérer même les plus petites coopératives afin de les faire accéder à de grands projets », témoigne Pascal Prot, président de Champagne Céréales/ Siclaé. Car dans la coopération, « on a beaucoup d’ambition mais pas beaucoup de moyens, d’où la nécessité de réunir un maximum de forces. Et la manière la plus consensuelle pour y parvenir est la recherche ». Mais encore faut-il que les adhérents des coopératives concernées acceptent de recevoir moins d’argent pour pouvoir financer ce centre de recherche. Toute la difficulté pour faire aboutir ce type de projet est d’expliquer aux agriculteurs leur intérêt à adhérer à une telle démarche d’alliance. « La recherche est un véritable relais de croissance et les retours sur investissements reviendront aux agriculteurs ».
    C’est à ce prix que les groupes coopératifs réussiront leur développement à l’échelle française, européenne voire mondiale. Et les adhérents en retireront une grande fierté, à n’en pas douter.

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