« Un collègue de l'Inra a créé, par sélection classique, un blé tendre sans gluten mais sans pain, affirme Pierre Barret, responsable de la plate-forme de transgénèse du blé à l'Inra. Panifier ce blé reviendrait à essayer de fabriquer du pain avec de la fécule de pomme de terre. » En revanche, il est possible de créer par la méthode Crispr/Cas « un blé tendre panifiable avec un gluten hypoallergénique pour une certaine catégorie de population allergène, à savoir les personnes atteintes de la maladie cœliaque », syndrome de malabsorption dû à une intolérance à une fraction du gluten. « Cette protéine de réserve peut de fait être légèrement modifiée sans altération, en changeant les acides aminés qui sont les épi-topes du déclenchement de la réaction immunitaire », explique le chercheur de l'Inra. Mais il est utopique de vouloir obtenir un blé tendre panifiable qui serait hypoaller-génique pour l'ensemble des personnes déclarées allergiques au gluten, dont 80 à 90 % des cas n'ont pas d'origine médicale avérée. « On peut de fait déclencher une réaction immunitaire en montrant à une personne allergique aux fleurs une simple photo de bouquet ! »
Une potentielle acceptabilité sociétale
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Mais ce blé hypoallergénique pour malade cœliaque, sur lequel travaille la société américaine Calyxt, sera-t-il accepté par la société ? Pourquoi pas. « Contrairement aux premiers OGM destinés aux agriculteurs (protection des cultures), cette variété issue des nouvelles biotechnologies [qui ne devrait pas être étiquetée OGM par les autorités états-uniennes (cf. encadré ci-dessus)] présente un intérêt direct pour le consommateur. » Cela suffira-t-il à sa popularité ? Rien n'est moins sûr.