“Rassurer”, “dédramatiser” : c’est avec ce dessein, sur la base d’une analyse des “forces et faiblesses de l’agriculture française” que Lucien Bourgeois, sous-directeur de l’APCA (Assemblée permanente des chambres d’agriculture) est intervenu lundi 27 novembre devant la session de la Chambre d’agriculture du Cantal. Une dernière session de la mandature consacrée donc “à la réflexion et à la prospective”, résume Bernard Berthelier, directeur de l’établissement. Chargé des études économiques et des systèmes d’information à l’APCA, président de la Société française d’économie rurale, Lucien Bourgeois délivre une analyse qui tord le cou aux discours parfois alarmistes sur le devenir des politiques agricoles et de l’agriculture. Une analyse de nature aussi à enlever des complexes à des agriculteurs qui doutent de l’avenir de leur métier, voire de la légitimité des aides qu’ils reçoivent. “L’agriculture dans une situation plutôt favorable”
“Je suis toujours frappé de voir à quel point le milieu agricole a
tendance à prendre au pied de la lettre les discours alarmistes ou
fatalistes”, souligne Lucien Bourgeois, selon qui il faut bien admettre
que l’agriculture française se trouve au contraire aujourd’hui dans une
situation plutôt favorable après les “retournements de tendance de
2006”. Il évoque d’abord l’échec des négociations à l’OMC (Organisation
mondiale du commerce) en constatant que, même les Etats-Unis, chantre
du libre échange, ont jeté l’éponge face à la résistance de l’Union
européenne sur les questions agricoles. Ce qui lui paraît être un bon
signe. L’ouverture des frontières tant redoutée n’a donc pas eu lieu,
et les cours de la viande bovine sont restés bons tout au long de
l’année. Tandis que le prix des céréales s’est envolé de 60 % sous
l’effet d’une réduction de 5 % de la production mondiale, liée en
grande partie à la canicule sur l’Europe, qui reste le premier
producteur mondial de blé. “Il y aura toujours besoin d’une politique agricole”
Lucien Bourgeois se montre d’autre part rassurant sur l’avenir de la
Politique agricole commune et des soutiens publics : “Ce n’est pas
demain la veille qu’on pourra se passer d’une politique agricole. On
pourrait à la limite l’appeler autrement, mais on aura toujours besoin
au moins d’une politique alimentaire qui aura des incidences sur la
production agricole... Et qu’on ne nous raconte pas que le marché peut
résoudre tous les problèmes”. Car l’agriculture est un secteur sensible
aux aléas climatiques notamment, qui ne peut se passer d’une régulation
par les pouvoirs publics : “Je dis souvent que chacun d’entre nous
mange trois fois par jour et qu’il faut un an pour produire un grain de
blé... et c’est quelque chose qui n’est pas prêt de changer”. Pour des
raisons de sécurité dans l’approvisionnement alimentaire, les
gouvernements ne pourront donc jamais, selon lui, laisser tomber les
agriculteurs. “C’est pourquoi, quand on me demande dans les écoles si
l’agriculture est un secteur d’avenir, je n’ai aucune angoisse à
encourager un jeune à rentrer dans une formation agricole ou à
s’installer... Je n’en dirai pas autant si on me posait la question
pour des secteurs comme l’automobile, le textile ou la sidérurgie”,
remarque-t-il.
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